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Nouveaux investisseurs en Iran
Les États-Unis font enquête

Karine Roy-Déry
Les États-Unis ont sorti les armes, soit la loi d’Amato, pour empêcher les investissements en Iran. Les Français refusent de se soumettre à cette loi extra-territoriale.
Le 28 septembre, la compagnie française Total signait un contrat de 2 milliards$ avec la National Iranian Oil Company. Ce contrat contreviendrait à la loi américaine d’Amato. Cette loi votée en 1996 interdit tout investissement de plus de 40 millions$ la première année et de plus de 20 millions$ les années suivantes dans les hydrocarbures en Iran et en Libye. Les États-Unis ont imposé cette loi car ils soupçonnent ces deux pays de financer le terrorisme international.

Ce contrat prévoit le développement d’un gisement gazier, South Pars Field, dans le Golf Persique. Total est le septième pétrolier mondial et le South Pars Field est l’un des plus importants gisements au monde. La compagnie Total possède 40% de ce contrat et elle est associée à deux autres compagnies, la russe Gazprom (30%) et la malaise Petronas (30%). C’est le plus gros contrat iranien depuis la révolution islamique de 1978 qui avait causé la chute du Chah et porté Khomeini au pouvoir. L’Iran détient, à lui seul, environ 10% des réserves de pétrole et 20% des réserves de gaz. L’Iran est en plein essor, surtout depuis l’élection en mai de Mohammed Khatami qui valorise une plus grande liberté culturelle et personnelle.

La Loi d’Amato
Déjà en 1995, les États-Unis décrétaient un embargo commercial contre l’Iran. Le 5 août 1996, ils ont fait de cet embargo une loi: la loi d’Amato. Cette loi, qui n’a jamais été appliquée, permet présentement de mener une première enquête. Une compagnie qui serait reconnue coupable d’investir plus de 40 millions$ en Iran ou en Libye se verrait appliquer deux sanctions parmi une liste de six: interdiction de crédit, restriction d’importation de produits, suppression des licences sur des matériels technologiques sensibles, boycott de produits et services dans les marchés publics, etc.

Ces sanctions auraient peu d’effets sur Total qui n’a presque plus d’intérêts aux États-Unis. Sa filiale de distribution américaine vient de fusionner avec Ultramar Diamond Shamrock dont elle ne possède que 8% des actions. Selon le président de Total, Thierry Desmarest, dans une entrevue qu’il a accordée au quotidien français Le Monde, pas moins du tiers de la population mondiale serait, d’une manière ou d’une autre, sous embargo américain.

Plusieurs dirigeants s’étaient opposés à la loi d’Amato, notamment Jacques Chirac. Ces gens affirment que seul le Conseil de sécurité de l’ONU a le droit de poser de telles règles et qu’il ne l’a pas fait. Il existe dans la loi d’Amato une clause de désistement qui permet au président américain de renoncer à appliquer des sanctions s’il prouve au congrès que le pays contrevenant a pris des dispositions satisfaisantes contre l’Iran ou que ces sanctions sont contraires aux intérêts américains.

Conséquences
Les États-Unis se servent de leur important pouvoir de commerce comme d’une arme politique. Le président Clinton est reconnu comme l’un des présidents les plus durs envers l’Iran. À la suite de l’embargo de 1995, la compagnie américaine Conoco devait céder un important contrat de développement de champs de gaz à Total. Présentement, le géant pétrolier américain Amoco, qui était l’un des plus gros producteurs en Iran dans les années 70, affirme qu’il faut favoriser le dialogue. Son président, William Cowrie, dans un article du journal iranien Tehran Times, se dit jaloux du contrat que la compagnie Total vient de conclure. Selon un sondage de l’European-American Business Council, les sanctions américaines ont causé du tort à 94% des entreprises américaines et 58% ont perdu des opportunités d’affaires. De plus, ces sanctions ont aussi affecté d’autres pays.

M. Desmarest affirme que sa compagnie est parfaitement en droit d’investir en Iran et qu’elle respecte les règles françaises, européennes et internationales (ONU). Il mentionne qu’il possède l’appui de l’Union européenne. Cette dernière s’est également dotée d’un dispositif pour riposter aux lois extra- territoriales américaines. L’Europe croit que le maintien d’une coopération avec l’Iran obligerait ses dirigeants à davantage de transparence.

La compagnie russe Gazprom est également impliquée dans ce contrat. Les Russes entretiennent présentement des relations privilégiées avec l’Iran, notamment au niveau de l’énergie nucléaire, et seraient prêts à riposter à l’application de la loi d’Amato en faisant payer les compagnies américaines qui exploitent des hydrocarbures en Russie et dans la mer Caspienne.

Les Américains n’ont pourtant pas réagi à d’autres contrats que des compagnies italienne, chinoise et canadienne ont signés récemment avec l’Iran. C’est à se demander si les États-Unis choisissent leurs adversaires!

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