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| Traffic de diplômes falsifiés Sceaux sous garde incertaine Alexandre BENOIT 26.03.03 Il y a actuellement vingt sites Internet dans le monde où, avec un simple courriel, on peut se procurer en trois semaines un diplôme ou un relevé de notes universitaires qui s’acquièrent normalement par des études qui durent de trois à six ans. En Amérique du Nord, seules deux législations, celles de l’Illinois et du Dakota du Nord, peuvent pénaliser les détenteurs de fausses pièces justificatives. Bien que la majorité de ces sites n’offrent en réalité que des diplômes fictifs d’universités bidon, il reste que quelques-uns offrent des pièces (relevés et diplômes) falsifiées d’universités existant réellement. L’un des plus anciens, Backalley Press.com, une filiale de l’impression chinoise Shun Luen Co., œuvre dans le domaine depuis six ans. Moyennant des frais pouvant varier de 137 à 565 dollars américains, l’internaute peut se procurer une vaste gamme d’attestations, allant du simple baccalauréat aux combinés diplômes et relevés de notes de doctorat. Un problème américain, pensez-vous ? La seule visualisation des démonstrateurs de la compagnie sur le site montre des attestations accompagnées du sceau de la California State University… côtoyant des relevés de notes et des diplômes de l’Université du Nouveau-Brunswick et de l’Université d’Ottawa. On commence à légiférer Dans son édition du 7 février dernier, The Chronicle of Higher Education mentionnait le nom des deux premiers États, le Dakota du Nord et l’Illinois, déjà dotés de dispositifs pénaux permettant de prendre en défaut les détenteurs de faux. Et en plein cœur de la Silicon Valley, l’University of Southern California mène actuellement une campagne de lobbying auprès des autorités de l’État afin que ce dernier se dote moyens de sanctions similaires. L’enquête publiée dans ce périodique par Allen Ezell, un ancien agent de la CIA et l’American Association of Collegiate Registars and Admissions Officers permet de préciser le nombre des détenteurs de pièces falsifiées, soit 70 000 à l’échelle des États-Unis. Pourrait-on en faire autant au Québec et au Canada ? «Non, répond le sergent Gilles Mitchell, responsable des communications à la Sûreté du Québec, car chaque crime économique fait d’abord l’objet d’une enquête locale. La pièce falsifiée ici mettant en cause une université [donc de juridiction provinciale] ne permet pas la divulgation d’un résultat d’ensemble pour le Canada entier, la Sûreté du Québec s’accaparant le boulot que réalise la Gendarmerie Royale du Canada pour les autres provinces». Des preuves disparates L’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles du Québec mentionne deux cas de fraudes massives du genre. Le premier s’est produit à l’usine de l’American Biltrite de Sherbrooke où, à l’hiver 1998, quatre employés de la compagnie ont été congédiés, après la découverte des fausses attestations présentées lors de l’embauche. Un cas plus grave s’est produit au printemps 1997. Le congédiement de 20 employés d’un abattoir du groupe Olymel de Vallée-Jonction en Beauce a été l’élément déclencheur d’une enquête qui a abouti au démantelement d’un réseau local de petits trafiquants de d’attestations d’études et de relevés de notes d’études secondaires, dont le coût variait entre cinquante et cent dollars. Cependant, les dégâts déjà constatés ne permettent pas de se rendre compte des dommages similaires dans le cadre d’études post-secondaire et la puissance du Web comme élément de transmission pour les commerçants de faux. Selon un article publié en 1999 par l’Express, les professeurs de l’Université Berkeley estimaient qu’entre 1993 et 1997, le plagiat avait progressé de 744 % chez leurs étudiants, qui auraient été aidés en cela par un outil formidable : Internet. Le Quartier Libre s’est penché sur le cas des universités montréalaises et sur leur politique de lutte contre le plagiat. Consciente de la problématique du plagiat et de l’ampleur que ce phénomène a déjà pris aux États-Unis, et bien qu’aucune statistique n’ait été dévoilée à cet égard au Canada, l’Université McGill s’est penchée il y a quelque temps déjà sur la question du plagiat et sur les moyens de le prévenir. Inspirée par le modèle du Center for Academic Integrity de l’Université Duke en Caroline du Nord, l’université montréalaise a créé son propre comité académique chargé de l’intégrité, rejoignant en cela plus de 225 universités à travers l’Amérique du Nord, dont 14 universités canadiennes, toutes membres du Kenan Institute for Ethics de l’Université Duke à Durham. Dirigé par Morton J. Mendelson, le centre, dont la mission consiste en la promotion de l’intégrité sur le campus, se pose comme un complément au Code of Student Conduct and Disciplinary Procedures en vigueur à McGill. Par le biais de son site Internet, il propose une foule de conseils et de stratégies aux étudiants et aux professeurs pour éviter ou prévenir le plagiat et la triche. M. Mendelson étant absent de Montréal au moment du reportage, il a malheureusement été impossible de savoir si ce volet prévention avait d’ores et déjà fait ses preuves à McGill. Le défi de la langue McGill semble être la seule université à Montréal à s’être dotée d’un tel outil. Quelques coups de fil passés dans les trois autres universités montréalaises ont révélé une approche quelque peu différente sur la question de la prévention du plagiat. Chacune dotée d’un règlement assez uniforme en matière de triche et de plagiat (avec attribution d’une note nulle et éventuellement expulsion à la clef) et consciente de l’existence du phénomène du plagiat, l’Université de Montréal, l’UQAM et Concordia ne sont cependant pas allées plus loin en matière de lutte contre le plagiat. Concernant l’Université de Montréal, Maryse Rinfret Raynor, vice-rectrice à l’enseignement du premier cycle à la formation continue de l’Université de Montréal, estime que si une structure telle que le comité n’existe pas à l’UdeM, c’est peut-être parce que les problèmes qui se posent à McGill ne se posent pas à l’UdeM. Moins de triche à l’Université de Montréal ? Pas forcément … «Étant une université francophone, explique Mme Rinfret Raynor, l’Université de Montréal ne connaît peut-être pas les problèmes qui ont amené une hausse des plagiats à McGill, car si l’arrivée d’Internet a créé de nouvelles opportunités en matière de plagiat, son contenu est en majorité en langue anglaise, ce qui demeure un défi pour de nombreux étudiants francophones.» Des efforts à venir Pas de comité de l’intégrité à l’UdeM dans un futur proche, «mais la question du plagiat reste cependant préoccupante», concède Mme Rinfret Raynor. D’ailleurs, selon la vice-rectrice, le Comité des règlements de l’Université de Montréal travaillerait actuellement à la révision du règlement à la suite de la remise du dernier rapport de l’ombudsman. Rédigé en 1983 et amendé à trois reprises, le règlement tâcherait de préciser certains points et de s’élargir à diverses situations. Du côté de la FAECUM, on manifeste une même volonté de faire des efforts sur cette question du plagiat puisque, jusqu’à aujourd’hui, il n’existe aucune ligne directrice à ce propos au sein de l’instance étudiante. «La question du plagiat fera partie des grandes orientations de la FAECUM l’année prochaine», explique François Vincent, coordonnateur aux affaires académiques de premier cycle de la FAECUM. Les membres de celle-ci ont l’intention «après étude et recherche de produire un rapport sur le sujet, afin de bonifier le règlement existant présentement sur le plagiat». |
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