Français et enseignement
Du centre à la périphérie
Mariève Paradis
26.03.03














La pénurie d’enseignants fait rage au Québec. Dans les régions plus éloignées, le besoin est tel que les étudiants en enseignement peuvent faire de la suppléance dès la première année du baccalauréat. Un an de formation en enseignement est-il suffisant?

Que signifie le mot nomenclature ou ineptie? C’est à ce genre de question, en plus de quelques questions de grammaire, que les étudiants en enseignement doivent répondre lors de leur admission au programme. C’est ni plus ni moins un examen de français de niveau secondaire auquel on a ajouté certains pièges de la langue française, administré par le Centre d’évaluation du rendement en français écrit (CÉFRANC). Faut-il s’inquiéter du fait que 25% des étudiants en enseignement échouent à leur test d’admission en français? Jocelyne Jones, étudiante en adaptation scolaire au primaire, affirme que « le CÉFRANC n’a pas besoin de se baser sur la connaissance des mots. Si on ne connaît pas la réponse, cela ne fait pas de nous des cancres.» La maîtrise de la grammaire et la conjugaison, c’est ce qui est important, aux dires de Mme Jones. Selon elle, il devrait y avoir un test pour chacune des matières. Un professeur de sciences n’a pas nécessairement les mêmes connaissances qu’un professeur d’histoire. Elle affirme également que les enseignants sont des références pour les enfants. Ils se doivent d’être rigoureux pour bien préparer les jeunes aux études post-secondaires, où le français compte partout et pour beaucoup. Elle constate également qu’il serait inconcevable de baisser les exigences du test. Cela voudrait dire un nivellement par le bas de toute la société québécoise en matière de qualité de la langue française.

Resserrer les normes

Au CÉFRANC, on s’inquiète que certains futurs enseignants ne maîtrisent pas les bases de la langue française. C’est un minimum de savoir conjuguer correctement les verbes et d’appliquer les règles d’exception au moment opportun. Il y a eu un progrès en matière de qualité du français des enseignants depuis quelques années, mais il reste toujour place à l’amélioration. Depuis sa création en 1995, le CÉFRANC a accueilli près de 30 000 candidats à un test de français. À ses tous débuts, on observait un taux de réussite de 72 à 75%. En 2002-2003, on évalue ce même taux de réussite à 79%. Doris Gervais, porte-parole du CÉFRANC, explique aussi que lorsqu’un enseignant s’adresse à une classe, il se doit d’avoir un bon vocabulaire, sans anglicisme. Non seulement il faut savoir écrire le français, mais il faut aussi savoir le parler correctement.


Lorsque les étudiants en enseignement échouent à leur test de français à l’entrée à l’université, ils doivent suivre des cours d’appoint pour leur permettre de s’améliorer. Ils doivent ensuite réussir ce même test pour poursuivre leurs études au baccalauréat. Si l’étudiant échoue deux fois, il doit quitter le programme. Ainsi, les étudiants en enseignement qui obtiendront leur diplôme seront ceux qui auront eu de bons résultats à cet examen.

Portrait contrasté en région

Lucie Bouchard, enseignante depuis 25 ans dans la Commission scolaire Des Phares dans le Bas Saint-Laurent, affirme qu’elle n’est pas parfaite en français. «Il m’arrive de faire des erreurs, mais l’important c’est de savoir où trouver la réponse. C’est ce que la réforme veut amener.» Elle affirme également qu’il est difficile de se rappeler parfaitement toutes les exceptions. «Même certaines grammaires ne s’entendent pas sur les exceptions.» «C’est au primaire que tout commence, explique Mme Bouchard, la technique des pictogrammes est la pire pour apprendre à lire et à écrire.» La meilleure technique est encore l’apprentissage par les sons, comme un cours de phonétique, selon Mme Bouchard.

Dans les régions, la pénurie d’enseignants est tellement importante que les étudiants du baccalauréat en enseignement peuvent faire de la suppléance dans n’importe quelle discipline après leur première année, sans avoir nécessairement réussi le test du CÉFRANC. Alors qu’à la Commission scolaire de Montréal, l’étudiant en enseignement désirant faire de la suppléance doit être en troisième année au baccalauréat et avoir réussi le test du CÉFRANC. Le test du CÉFRANC est obligatoire pour tout futur enseignant. L’étudiant en enseignement doit obtenir un minimum de 60% pour décrocher un emploi permanent dans le système d’éducation québécois. Les associations étudiantes en enseignement proposent des ateliers préparatoires en vue de ce test crucial. Chaque commission scolaire a la responsabilité d’établir ses exigences. Il n’y a donc pas de norme nationale en matière de qualité du français.





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