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| Crise sociale en Bolivie Le spectre de l'Argentine Solène HÉRAULT 26.03.03 Alors qu’en février dernier le monde entier avait déjà les yeux rivés sur le conflit irakien, la Bolivie vivait un événement qui marquera l’histoire de son pays pour longtemps. Le 12 février 2003, c’est à coup de bâtons de dynamite et d’armes de gros calibre que policiers et soldats de l’armée se sont affrontés dans le centre de La Paz, près du palais présidentiel. Les jours suivants, c’est toute la population bolivienne qui est descendue dans les rues. Comment faire passer un déficit budgétaire de 8,6% à 5% ? Comment déclencher une crise sociale ? Tout simplement en suivant les directives du FMI, c’est à dire en annonçant une mesure de prélèvement d’un Malgré l’allocution du président de la République, Gonzalo Sànchez de Lozada (dit «Goni»), annonçant le retrait de ces mesures, le député du parti MAS (Movimiento Al Socialismo) et dirigeant du syndicat des producteurs de feuilles de coca, Evo Morales, a appelé à une grève générale pour s’opposer à sa politique néolibérale et demander sa démission. Plusieurs milliers de Boliviens sont descendus dans les rues pendant la nuit et les deux jours suivants. Des bâtiments publics, dont celui de la vice-présidence et du ministère du travail, ont été incendiés et des commerces ont été saccagés. Là aussi, les soldats n’ont pas hésité à tirer. Moins d’une semaine après ces événements sanglants, les 18 ministres du gouvernement démissionnaient en bloc, permettant ainsi au président de constituer une équipe plus restreinte. «Moins de ministres; moins de vice-ministres; moins de ministères; moins de téléphones portables; moins de voiture de fonction», telle est la nouvelle politique axée sur la réduction du train de vie de l’administration, visant à réduire le déficit budgétaire du pays. Le président multimillionnaire a également annoncé qu’il réduirait jusqu’à 50% le salaire des députés, mais surtout qu’il renonçait à ses émoluments de président. Des mesures d’austérité plus symboliques qu’utiles, Gonzalo Sànchez de Lozada cherchant à apaiser la situation du pays. Pressé de tous les côtés Trente-trois morts et plus d’une centaine de blessés. Le bilan est lourd pour le président à l’accent anglophone, élu il y a à peine 6 mois. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, en août dernier, les mécontentements populaires se faisaient déjà entendre depuis longtemps. Il a alors demandé une trêve d’un mois afin de mettre en place une politique économique et sociale. Mais en décembre 2002, ce sont les «cocaleros» qui se soulèvent. Les émeutes font douze morts. Evo Morales, le leader du syndicat et candidat aux présidentielles face à «Goni» au deuxième tour, entre alors en discussion avec le gouvernement afin de trouver un accord sur la surface légale de plantation de coca et des solutions pour ne pas que les cultivateurs continuent de s’appauvrir. Malheureusement, le président se trouve alors dans une mauvaise position, face à une situation difficile à élucider. D’un côté, il a d’importantes pressions de la part du FMI et de la Banque Mondiale pour adopter les politiques de restriction qui permettront de réduire la dette du pays. Et de l’autre, les revendications d’un peuple mécontent. L’impôt sur le revenu des fonctionnaires faisait partie du plan du FMI. La privatisation des entreprises publiques comme celle des mines, du gaz ou de l’eau, ressources très convoitées par les Américains, l’étaient aussi. Les conséquences directes sur la population sont pourtant néfastes. Les Boliviens sont de plus en plus pauvres et leurs revendications prennent des allures de guerre civile. coca-combat La Bolivie subit depuis des années les exigences des Américains. Le but principal des États-Unis est d’éradiquer la culture de coca, afin de réduire la consommation de cocaïne aux États-Unis. En 2000, 50% de la production de coca de la Bolivie était transformée en cocaïne pour être revendue aux États-Unis. Cette année-là, les Américains ont imposé aux Boliviens d’en stopper la culture. Pour ce faire, ils ont envoyé des hélicoptères de l’armée déverser des produits sur les champs de coca du Chaparé afin de les éradiquer totalement. Le hic est que la culture de coca est le seul produit rentable en Bolivie. Il constitue plus de la moitié du revenu des agriculteurs. La feuille de coca, lorsqu’elle ne subit aucune transformation, n’a aucun effet néfaste sur l’organisme humain. Elle constitue d’ailleurs une nourriture pour la population. La mastication de la feuille apaise la fatigue et la faim. Dans ce pays montagneux, la coca permet aux personnes qui vivent et travaillent dans les hauteurs de ne pas subir les effets de l’altitude. De plus, les cultures de fruits et légumes qui devaient remplacer celles de la coca ne se sont pas révélées assez rentables pour nourrir la population autochtone. Celle-ci s’est donc déplacée dans la région de Cochabamba afin de reprendre la culture de la coca qui lui permettait de vivre. Aujourd’hui, la situation économique de la Bolivie est qualifiée de «grave». Les accointances de Gonzalo Sànchez de Lozada avec les institutions internationales sont très critiquées et de nouveaux soulèvements pourraient survenir si aucune mesure allant dans le sens de la population n’est décidée. |
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