![]() |
|
| Forum de Boao L'Asie unie? Frédéric LEGENDRE 26.03.03
Les 18 et 19 mai prochain aura lieu en Chine la deuxième édition du Forum de Boao. Version asiatique du Forum économique mondial de Davos, le Forum de Boao se veut le lieu de rassemblement de l’Asie entière. Après les unions économiques européennes et nord-américaines, l’Asie s’unira-t-elle à son tour ? Dans la logique d’un monde multipolaire, un regroupement asiatique pourrait éventuellement rivaliser avec l’Union européenne et les pays de l’ALENA. Le Forum de Boao, qui regroupe 60% de la population mondiale, est effectivement composé de géants économiques – Japon et Chine, respectivement 2e et 6e économies mondiales – et des puissances militaires (Chine, Inde, Pakistan). Cet ensemble pourrait donc avoir un lourd Suite logique Cette volonté des pays asiatiques de se rallier n’est pas sortie de nulle part. D’abord, la crise économique qui a frappé l’Asie de plein fouet en 1997 a montré la nécessité pour les pays asiatiques de renforcer leur coopération et de coordonner leurs actions. De plus, l’Asie affiche un retard évident en matière d’intégration en comparaison de l’ALÉNA, en Amérique du Nord, de l’Union européenne, en Europe, ou même du boiteux MERCOSUR, en Amérique du Sud. Par conséquent, l’Asie avait besoin d’un lieu d’échange dirigé par les pays d’Asie, guidé par leurs intérêts et portant sur leurs enjeux. Ainsi, en septembre 1998, le premier ministre australien Bob Hawke, le premier ministre japonais Morihiro Hosokawa et le président philippin Fidel V. Ramos ont avancé l’idée d’établir un Forum asiatique similaire au Forum économique mondial, basé à Davos. Vingt-neuf mois plus tard, le Forum de Boao était officiellement fondé. Entre le rêve et la réalité Le but du Forum de Boao est clair: «S’efforcer de devenir le premier Forum faisant la promotion des objectifs de développement des pays asiatiques, à travers une plus grande intégration économique régionale.» Mais au-delà de ces mots, y a-t-il une réelle possibilité d’intégration asiatique ? En effet, on ne peut passer sous le silence le fait que, contrairement à l’Union européenne, l’Asie comporte des pays à des stades de développement économique radicalement opposés. Par exemple, l’économie japonaise, avec un PIB par habitant de plus de 25 000 $ US, ne peut d’aucune façon se comparer à l’économie du Bangladesh et son PIB par habitant de 1400$ US. Il faut aussi mentionner les différences politico-stratégiques divisant ces pays: conflit indo-pakistanais, présence américaine contestée au Japon et en Corée du Sud, leadership régional convoité simultanément par l’Inde, la Chine et le Japon. La Chine elle-même constitue une question épineuse pour l’intégration asiatique. L’exclusion de Taïwan, joueur économique majeur dans la région, en est un exemple. La montée en puissance de l’économie chinoise, qui deviendra d’ici quelques décennies la plus grande économie de la région, inspire aussi de la crainte à ses voisins. Dans cette optique, ces pays craignent que la Chine ne domine une éventuelle zone de libre-échange asiatique. D’ailleurs, la Chine a investi énormément d’efforts dans le Forum de Boao, première organisation internationale à avoir son siège permanent en Chine, afin de se positionner comme leader asiatique au côté du Japon. L’alliance des géants Si bien des pays asiatiques craignent la montée en puissance de la Chine, ce ne semble pas être le cas du premier ministre japonais. L’an dernier, lors du Forum de Boao, Junichiro Koizumi déclarait: «D’aucuns voient le développement de l’économie chinoise comme une menace; ce n’est pas mon cas. Je dirais plutôt que le développement dynamique de l’économie chinoise constitue pour le Japon à la fois un défi et une chance.» En effet, une alliance sino-japonaise offrirait au Japon la chance de s’affranchir des États-Unis. De plus, l’économie japonaise, axée sur les hautes technologies, n’entre pas en compétition directe avec l’économie chinoise, basée sur le bas prix d’une main-d’œuvre innombrable. Le thème du Forum de cette année est «l’Asie en quête de développement commun à travers la coopération». Si ses deux leaders économiques, la Chine et le Japon, collaborent et tendent la main aux autres pays de la région, ils pourraient réussir à unir l’Asie et on assisterait alors à la naissance d’un influent bloc asiatique. Autrement, le Forum de Boao ne sera qu’une mascarade cachant les profondes divisions asiatiques. Après une première année de rodage, le Forum de cette année devrait permettre de prendre la mesure de la volonté de coopération des deux leaders asiatiques. Australie, Bangladesh, Brunéi, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie, Iran, Japon, Kazakhstan, Kirghizstan, Laos, Malaisie, Mongolie, Myanmar, Népal, Pakistan, Philippines, République de Corée, Singapour, Sri Lanka, Tadjikistan, Thaïlande, Turkménistan, Ouzbékistan, Vietnam. La première édition du Forum de Boao, du 11 au 14 avril 2002, a été un fiasco organisationnel. L’organisation avait été d’une si piètre qualité que le Premier ministre chinois en personne avait dû présenter ses excuses aux délégués. Le 24 janvier dernier, le Président Jiang Zemin a assuré que le gouvernement de la province de Hainan avait grandement amélioré les infrastructures de la ville de Boao. Il a aussi exprimé le souhait que le travail préparatoire soit bien fait afin que le Forum de cette année soit un succès complet. Pour être certain que les problèmes ne se répètent cette année, le poste de Secrétaire général du Forum a été confié à Long Yongtu. M. Long a une impressionnante feuille de route qui ne pourra que donner de la crédibilité au Forum de Boao. Vice-ministre du Commerce extérieur et de la Coopération économique, diplômé de la London School of Economics, artisan de l’entrée de la Chine à l’OMC, Long Yongtu a aussi été diplomate dans la mission permanente de la Chine à l’ONU, de 1978 à 1980, en plus d’avoir dirigé la première délégation chinoise à l’OCDE, en janvier 1995. |
|