![]() |
|
| Intégrisme Hindou Sous-continent sous influence Emmanuella ST-DENIS 26.03.03 L’Inde est-elle un pays hindou ou un pays laïc ? C’est la question que bien des gens se posent, surtout depuis l’élection du BJP, un parti clairement hindouiste et qui supporte plusieurs groupes extrémistes du pays qui sèment la terreur et propagent la violence. L’Inde est composée à 80% d’hindouistes, à 12% de musulmans, en plus des autres minorités religieuses. Mais cela fait-il de l’Inde un pays hindouiste, comme le prétendent certains membres des groupes d’extrême droite hindous ? Mathieu Boisvert, professeur en religion à l’UQAM et spécialiste de l’Inde, dit que «l’ensemble de la population indienne s’était rallié sous une même cause avec l’indépendance, mais après 1947, certains partis politiques voulaient la création d’un État hindou, comme le Pakistan oriental est un État musulman. (…) L’Inde est un pays composé d’une majorité d’hindous, mais sa constitution est laïque, on peut donc penser que c’est un pays laïc.» À Gujurat, en 1992, des extrémistes hindouistes ont mené un combat sanglant aux musulmans de la ville dans le but de détruire la mosquée d’Ayodhya et d’y bâtir le temple de Rama dont les travaux devaient commencer le 12 mars dernier. Deux mille personnes ont été tuées, 300 femmes victimes de viol de gang, et des centaines de milliers de personnes forcées de fuir. Selon Niranjan Reddy Konepally, ancien président de l’Association indienne de l’Université Concordia, hindouistes et musulmans cohabitent très bien en Inde. «Quatre-vingt-dix pour cent des gens s’entendent. Ce n’est qu’environ 10% des gens qui font du grabuge. Et cela a commencé parce que les musulmans ont détruit les temples hindouistes et tué les femmes et les enfants.» Des corporations américaines financent la violence hindouiste Selon l’organisation Stop Funding Hate, certaines corporations américaines, tel AOL Time Warner et Hewlett-Packard, financeraient certains groupes extrémistes hindous, dont le RSS, à travers le India Development and Relief Fund (IDRF). Cet organisme de charité est situé au Maryland et a officiellement pour but de développer et de supporter les régions rurales et ses populations en Inde. Cependant, le Stop Funding Hate prétend qu’aucune des sommes distribuées n’a été remise aux minorités religieuses musulmane et chrétienne, et que seulement 2% des fonds ont été remis à des organismes laïcs. Un important rapport, que l’on peut retrouver sur le site de l’organisation, montre comment les fonds du IDRF encouragent les extrémistes hindouistes à l’encontre des musulmans et autres minorités religieuses. Mais selon Niranjan Reddy Konepally, «l’argent envoyé des États-Unis vise la construction de temples et la protection des hindous». Pourtant, selon le Stop Funding Hate, le IDRF aurait «avec enthousiasme, ramassé des fonds pour les victimes hindoues de violence sectaire au Bangladesh, pour les Hindous du Kashmir, sujets au terrorisme islamique, et pour les survivants des attaques du 11 septembre 2001. Cependant, il n’a fait aucune collecte pour venir en aide aux musulmans du massacre de Gujarat.» Selon M. Boisvert, tous ces combats ne sont pas religieux. «En Inde, les élections sont démocratiques et le BJP a été élu. Cependant, la grande majorité de la population est illettrée, il faut donc mettre le vote en contexte. C’est certain qu’il y a manipulation de la population lors des élections. (…) Je pense que chaque groupe utilise la religion pour augmenter son pouvoir politique. Ils s’alimentent mutuellement. Je pense que la religion n’est pas la vraie raison de ces conflits et il ne faut pas tout rapporter à la haine des musulmans et à la religion.» Guerre en Irak, violence en Inde Si après les événements du 11 septembre 2001, les tensions ont augmenté de plus belle entre les musulmans et les hindouistes, qu’en est-il de la présente guerre en Irak ? «On voit dans certains pays une lutte contre le terrorisme. On attaque des minorités en les qualifiant de terroristes. L’extrême droite hindoue a voulu récupérer ces événements à son profit, comme c’est le cas un peu partout», pense M. Boisvert. Pour Niranjan Reddy Konepally, «la guerre n’augmentera pas les conflits entre les deux groupes. Il n’y a jamais eu ce genre de problèmes en Inde.» Le RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh, Fondé en 1925 par H. B. Hedgewar, inspiré de V. D. Savarkar, auteur de Hindutva. Who is a Hindu ? (L’hindouité. Qui est un hindou ?), le RSS tente de renforcer la communauté hindoue en organisant des séances quotidiennes d’entraînement physique. En 1940, M. S. Golwalkar prend la tête du groupe et tente d’assimiler l’identité indienne à la religion hindoue. Il préconise dès lors une politique de discrimination à l’égard des musulmans et des autres minorités religieuses. Le RSS comporte 25 000 sections locales (shakha) et environ deux millions de membres dans les villes et les villages de l’Inde. Le VHP (Vishva Hindu Parishad, Fondé en 1964 à Bombay, le VHP voulait au départ regrouper le plus grand nombre possible de chefs religieux à travers le pays et les impliquer dans les manifestations du RSS. En 1984, l’organisation a demandé la restitution du site de la mosquée d’Ayodhya pour la construction du temple de Rama. En 1992, des manifestations ont finalement mené à la destruction de la mosquée d’Ayodhya. Depuis, on tente toujours de faire construire le temple hindouiste. Le BJP (Bharatiya Janata Party, Parti au pouvoir à New Delhi depuis 1998 et façade politique du RSS. Fondé dès 1951, anciennement le Bharatiya Jana Sangh (BJS, Union du peuple indien), il oscillait entre une politique modérée et un militantisme agressif. En 1977, il se joint à une coalition menée par le Janata Party, adversaire du Parti du congrès d’Indira Gandhi aux élections. La coalition hétéroclite éclate finalement en 1979. L’année suivante, les dirigeants du BJS créent le BJP. Avec l’arrivée d’A. B. Vajpayee, l’organisation est plutôt modérée jusqu’à ce que L. K. Advani, actuel ministre de l’Intérieur de l’Union, prenne en charge le parti. En 1996, A. B. Vajpayee, l’actuel premier ministre de l’Union, a repris le leadership. |
|