Hydro-Québec International
Branchée sur le monde...des profits
Samuel AUGER
26.03.03

Chine, Pérou, Brésil ou Arabie Saoudite: tous des pays qui ont accordé des contrats à la division internationale d’Hydro-Québec dans les années 1990. Notre fierté québécoise contribuait ainsi à construire des centrales thermiques au charbon ou bien encore à aider des pays à privatiser l’électricité. Paradoxe à l’horizon?

Hydro-Québec international possède désormais des investissements, de l’expertise et des réalisations dans des dizaines de pays: 39 réalisations dans la seule année 2000. Le code d’éthique de la branche internationale stipule bien que les activités à l’étranger visent un partenariat avec le pays hôte dans le respect de l’environnement. Toutefois, le pourcentage de participation laisse entrevoir une approche de propriété et d’achat plutôt que de partenariat. Par exemple, en Chine, notre société d’État possède 92 % de la centrale au charbon de Nantong. Sur les neuf centrales chinoises dans lesquelles elle détient des participations, seulement trois affichent des taux de participation inférieurs à 50%.

La nature du partenariat n’est pas celui que devrait adopter la propriété des sept millions de sociétaires québécois, selon le professeur en sciences comptables, titulaire et fondateur de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM, Léo-Paul Lauzon: «Nous devrions agir en partenariat avec le gouvernement local et non pas faire comme les compagnies pétrolières: s’installer là-bas et oublier les ingénieurs et travailleurs locaux en donnant tout à la sous-traitance. Je n’ai rien contre les partenariats internationaux; tant mieux s’ils peuvent empêcher les pays en développement de se faire avoir par des pseudo-firmes privées des États-Unis».

Modèle économique confus

En 1998, la société énergétique courtisait le Brésil, une véritable mine d’or en terme de contrats. La raison de cet engouement? Le Brésil venait de prendre la décision de privatiser son système et tout était soudainement à vendre dans ce pays. Le Brésil est le deuxième producteur mondial d’électricité derrière les États-Unis, le troisième producteur étant la Russie suivie du Québec, qui tente d’augmenter par ses acquisitions son statut de producteur mondial.

Des percées économiques certes importantes, mais qui entretiennent tout de même la confusion quant au rôle que doit remplir une société d’État. La société gouvernementale se dirige-t-elle vers le modèle d’une multinationale en quête de profits? «Notre société d’État ne doit pas se comporter comme une entreprise cotée en bourse, qui, elle, n’a d’autres ambitions que de maximiser à court terme les profits pour les actionnaires. Il faut maximiser les retombées pour la collectivité québécoise, mais cela ne se calcule pas en terme de langage comptable», répond catégoriquement Léo-Paul Lauzon.

Une question de survie?

Le virage international entrepris peut soulever des questions quant à sa nécessité. L’aventure répond-elle à un besoin pressant de rentabilité, les ressources sont-elles épuisées au Québec au point de se tourner vers l’extérieur? En 1994, alors que les projets internationaux n’affluaient pas autant, M.Lauzon publiait une étude économique et comptable sur la rentabilité d’Hydro-Québec et sur l’importance de résister à la privatisation. Dans cette étude, il évaluait la valeur nette de la société à près de 35 milliards et y relate des profits nets pour la collectivité québécoise de 3,1 milliards pour les cinq années précédentes, soit de 1989 à 1994.

Possible donc de questionner la véritable intention derrière l’implantation du logo d’Hydro-Québec un peu partout dans le monde. Un fait confirme la tendance, depuis plusieurs années maintenant, le président et directeur général d’Hydro-Québec, André Caillé, fait partie à coup sûr des délégations d’équipe Canada dans les missions économiques. Il déclarait à l’automne 2002: «Hydro-Québec est solidement implantée au Chili avec Transelec, ainsi qu’au Pérou avec TransMantaro. Il s’agit, dans les deux cas, d’entreprises à partir desquelles Hydro-Québec développera sa présence en Amérique du Sud au cours des prochaines années.»

Selon M.Lauzon, «il ne faut pas se leurrer devant tant d’efforts déployés. Depuis des années, le gouvernement vote des mesures favorisant l’exemption fiscale des riches et des entreprises. Le manque à gagner dans les finances publiques conduit à une grande pression sur les services publics et on demande alors aux sociétés d’État, que ce soit Hydro-Québec, Loto-Québec ou la Société des alcools, de devenir des vaches à lait pour la société, des machines à cash. On tombe ainsi dans le piège du capitalisme.»

Reflet de la société

Quant à la gestion actuelle de notre patrimoine énergétique, sa propension à imiter les grandes multinationales s’explique, selon M.Lauzon, par les dirigeants en place: «La mission de nos sociétés d’État a été perdue en cours de route. Une fois le besoin collectif comblé, on cherche les rendements comme ceux des pétrolières, et la nature immorale de la pratique économique ne fait que suivre. Oui à l’international et à l’exportation, oui au progrès, oui au rendement, mais ça doit se faire dans un cadre plus socialiste où les dirigeants actuels, pour être poli, vont devoir réorienter leurs carrières.»





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