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| Arts visuels De l'art universitaire sans étudiants Valérie BESSON 20.11.02 Les universités ne sont pas que des lieux de recherche et de formation en arts visuels, mais sont aussi des centres de diffusion pour les artistes montréalais et étrangers. Cependant les galeries d’arts qui occupent les campus universitaires sont-elles des tremplins pour étudiants fraîchement diplômés ou simplement des lieux d’exposition traditionnels? Tour d’horizon des campus de l’Université La galerie Léonard & Bina Ellen est une galerie d’art contemporain située au cœur même du campus de Concordia, en face du pavillon principal. Avec ses hauts murs de verres, son espace plus qu’appréciable et son allure ultra-professionnelle, elle a tout l’air d’un morceau détaché du musée d’art contemporain de Montréal qui se serait échoué à l’université. Coincée entre la boutique de gadgets et la cafétéria assourdissante, elle trône là, en silence avec ses œuvres d’art hermétiques. L’étudiant bigarré de Concordia peut aller ainsi y méditer tranquillement, entre deux coups de pinceau, sur les productions de ses pairs. Même si la galerie est intégrée à l’université, elle n’est pourtant pas destinée à diffuser les œuvres des étudiants. Tout au plus leur accorde-t-on le mois de mars pour exposer. Mais alors, que peut bien faire une galerie aux allures professionnelles dans une institution universitaire ? Pour Ilga Leimanis, l’adjointe à la conservation, «la galerie a un rôle éducatif et de nombreuses discussions et présentations y sont organisées, en plus des échanges avec Concordia, des cégeps, des écoles secondaires et des garderies». Interactive et vivante, la luxueuse galerie Ellen, sauf en mars, invite les étudiants de Concordia à faire place aux maîtres du genre. Les universitaires disposent cependant d’une autre galerie, celle des étudiants de premier cycle en art, située un peu hors campus et donc beaucoup moins visible. La galerie Ellen s’annonce tout de même comme un musée universitaire «qui se consacre à la recherche, la collection et l’interprétation de l’art canadien». Trimer pour exposer À l’Université de Montréal, les portes du centre d’exposition semblent légèrement plus ouvertes. Enfin, tout au moins «ouvertes aux étudiants de l’université en priorité, mais pas pour ceux de première année, cela va de soi», précise sa directrice, Andrée Lemieux. Pour elle, «il existe beaucoup de galeries parallèles, des centres d’artiste. Et puis cela fait partie du métier d’artistes que de trouver des lieux de diffusion.» Considérant qu’il ne suffit pas d’avoir du talent, mais qu’il faut aussi savoir durer, elle affirme que ce n’est pas à l’université de les «materner». Leur salle étant relativement imposante, pour exposer, il faut une œuvre assez consistante et dont la capacité d’originalité se démarque. En effet «les ersatz de la production actuelle» ne l’intéressent pas. Il n’y a de toute façon presque plus d’étudiants en arts plastique à l’Université de Montréal, ainsi les seuls à revendiquer le centre sont les étudiants en histoire de l’art, aménagement ou architecture qui désirent monter un projet d’exposition. Comme l’explique Andrée Lemieux, le centre d’exposition sert bien plus «à exposer nos propres étudiants à toute sorte de choses dont ils pourront se nourrir par la suite» qu’à les promouvoir. Néanmoins, quand un étudiant a un potentiel qui, selon elle, mérite d’être soutenu, le centre lui offre de l’espace. Les grandes festivités Cette année, la galerie Ellen de Concordia fête son dixième anniversaire. Même si la galerie existe depuis 1964, elle veut quand même célébrer les dix ans de son nouvel espace. Pour l’occasion, elle a choisi de s’arrêter et de se questionner. Le thème de départ pour cet anniversaire «la célébration et la projection de la galerie vers l’avenir». Cinq artistes ont été sélectionnés pour ce projet et huit mois plus tard, l’exposition intitulée «le secret le mieux gardé de Montréal» a été dévoilé. Avec un titre aussi énigmatique, la curiosité ne pouvait être que piquée. Il va sans dire que pour mieux se projeter dans l’avenir, rien ne vaut de retour sur son passé. De là est venue l’idée de sortir et d’exposer directement dans sa propre vitrine les boîtes d’archives de la galerie. Le résultat ressemble à la section rangement d’Ikéa, mais sa symbolique n’est pas si superficielle. En fait, l’artisteVid Ingelevics, qui a séjourné une semaine en résidence dans la galerie, désire «perturber la notion chronologique de l’histoire d’une galerie et en suggérer les lacunes historiques ainsi que celles des catégories absentes». Dans sa lancée incongrue et déroutante, il souhaite que le spectateur prenne, pour quelques minutes, la place au pupitre du gardien de la salle d’exposition pour «occuper le seul poste visible des employés de la galerie». Les quatre autres œuvres du «Secret le mieux gardée de Montréal» nous plongent dans un univers féérique digne de celui d’Alice au pays des merveilles, des aiguilles à tricoter géantes actionnant un ingénieux système technologique d’Ingrid Bachmann, des castors translucides en résine qui nous narguent dans une chapelle de l’artiste Mary Anne Barkhouse et une immense robe de princesse en pétales de fleurs flotte en apesanteur au-dessus de nous, une œuvre de Thérèse Chabot. Bref ! qu’un lapin blanc déboule tout à coup à nos côté sserait presque naturel. La visite peut se clore par un voyage dans le futur que Stanley Kubrick aurait fortement apprécié. Le mélange des thèmes abordés: féminité, nature, technologie, archives laisse perplexe. Comme d’habitude, on cherche des liens, au moins un fil conducteur, mais peu à peu un esprit de jeu finit par se dégager de cette très sérieuse galerie. Leonard & Nia Ellen Galery, 1400 boul. Maisonneuve Ouest, Tél.: (514) 848-4750 Exposition «Le Secret le mieux gardé de Montréal» jusqu’au 14 décembre. |
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