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Encore un effort, Monsieur Boisclair! «Si leur politique ne vous plaît pas, allez manifester devant les Ailes de la mode ! » «Si vous ne voulez plus que les sols québécois soient pollués par des déjections porcines, cessez d’acheter chez Wal-mart ! » «Si les camions-pub dans les rues de Montréal vous déplaisent, faites comme l’Action Terroriste Socialement Acceptable (citée à tort, il aurait mieux valu mentionner les Décorateurs engagés dont nous parlions dans notre précédent numéro), empêchez-les de circuler ! » De la part de qui cet appel public à l’insubordination citoyenne ? D’un militant anti-mondialisation vétéran du Sommet de Québec ? D’un Michael Moore québécois ? Non, non, vous n’y êtes pas ! Ces propos sont ceux tenus par le ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l’Environnement et à l’Eau, André Boisclair lors de son passage à l’Université de Montréal, le 25 novembre dernier. À cette occasion, le ministre Boisclair a témoigné de son engagement indéfectible en faveur de la mise en œuvre du protocole de Kyoto auprès des (rares) étudiants qui avaient bien voulu se déplacer pour venir l’écouter. Mais surtout il s’est livré à un vibrant plaidoyer en faveur de l’engagement citoyen. C’est qu’il en a visiblement marre le ministre Boisclair que tout le monde chiale mais ne fasse rien de concret pour préserver l’environnement, alors que lui il se défonce sur le plancher tous les jours (et même en fin de semaine comme en témoigne notre article sur le Forum jeunesse de l’île de Montréal en page ) pour que l’air que l’on respire soit plus pur et que l’eau que l’on boit soit plus claire ! Il aimerait bien par exemple que les Québécois arrêtent d’acheter les véhicules sport utilitaires présentés en ce moment dans le nouveau Palais des Congrès de Montréal qui consomment entre 10 et 18 litres aux 100 kilomètres parcourus (et ça lorsqu’ils sont conduits sur des vraies routes, pas sur des pistes de montagne comme les constructeurs prétendent qu’ils vont l’être…) Mais en disant cela, je me demande si le ministre Boisclair n’est pas lui-même en train de chialer contre ces Québécois qui «s’intéressent juste à leurs crisse de REER pis à leur taux de pH dans leur piscine » comme l’a prétendu Pierre Falardeau au moment d’être désigné Patriote de l’année par la Société Saint-Jean Baptiste en présence de Bernard Landry. Je me demande si au cynisme allégué de la population à l’égard de la classe politique ne répondrait pas le cynisme et demi de la classe politique à l’égard de la population. Il me semble qu’un ministre encore en exercice a mieux à faire que de se plaindre de la veulerie ou de l’ingratitude de son peuple. Qu’il lui suffise d’exercer le pouvoir que le peuple lui a confié! Si l’usage des véhicules sport utilitaires est mauvais pour l’environnement (et je ne doute pas qu’il le soit !), le rôle du ministre en charge de l’environnement n’est pas de faire la morale mais de légiférer. Comme le soulignait Louis-Gilles Francoeur dans un article du Devoir le 26 novembre dernier, «la recette radicale pour réduire les gaz à effet de serre du transport routier au Québec : taxer l’achat et l’immatriculation des véhicules énergivores en fonction de leur appétit ». Autres propositions de Richard Bergeron (le responsable des Analyses stratégiques à l’Agence métropolitaine des transports AMT) relayées par Louis-Gilles Francoeur, attribuer « une réduction de taxe à ceux qui acquièrent des voitures consommant moins de 9 litres aux 100 km », «recycler les fonds dans la construction d’un TGV Montréal-Québec et relier par trains rapide les principales villes du Québec pour faire passer les transports en commun en mode turbo, notamment avec les Nouveaux Tramways urbains, sans oublier d’obliger à terme les camions-remorques à voyager en train sur les longues distances ». Voilà, il me semble, tout un train de mesures qui, si elles étaient mises en œuvre, risqueraient d’être bien plus efficaces pour l’environ-nement qu’un cours de morale ! Si j’ai bien compris le ministre Boisclair le 25 novembre dernier (la veille du dévoilement de la nouvelle politique de l’eau qui il est vrai est déjà un pas dans la bonne voie), il y «travaille ». Alors, dans ce cas bravo et encore un effort, Monsieur Boisclair!
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