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André Boisclair
Pour un environnement souverain Propos recueillis par Frédéric LEGENDRE 04.12.02 Le ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l’Environnement et à l’Eau, André Boisclair, s’affaire actuellement à fixer les balises environnementales du Québec de demain. Il poursuit avec nous le débat sur les questions de l’heure en environnement… et sur la souveraineté du Québec. Quartier Libre : Lors des audiences publiques du Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) portant sur la centrale thermique Le Suroît, l’Association des ingénieurs-conseils du Québec a affirmé que les processus législatifs et réglementaires entourant les nouveaux projets André Boisclair: Depuis toujours, tous les gouvernements qui se sont succédé à l’Assemblée nationale du Québec dénoncent la double évaluation qu’il faut faire pour les projets qui ont des impacts sur l’environnement, soit celle du Québec et celle du gouvernement fédéral. Quand on regarde les difficultés qui se posent, elles ne tiennent pas tant au processus québécois, elles tiennent au fait qu’au-delà de ce processus ouvert où l’on consulte les gens avec une organisation qui est crédible, au-delà de l’évaluation du BAPE, le gouvernement fédéral fait une évaluation environnementale par-dessus celle du Québec. Ces doubles délais sont coûteux et inutiles. C’est de l’argent des contribuables qui est mal utilisé et c’est vrai que nous pourrions faire plus vite et mieux. Q.L.: Il y a présentement sur la table le projet d’autoriser, sans études d’impacts ni audiences publiques, l’incinération de déchets toxiques dans des fours industriels conçus à d’autres fins. Est-ce que ce n’est pas contraire à toute la philosophie de réglementation qui a fait du Québec un leader en environnement? A.B.: Il y a une proposition en vue de permettre l’incinération de certains déchets et de contrôler au bout de la cheminée. Ma prétention est que la proposition environnementale est un gain net pour l’environnement, car on fait de la valorisation énergétique plutôt que de l’enfouissement, que l’on s’assure d’un contrôle de ce qui sort des cheminées. Tout cela m’apparaît correct, et par rapport à la situation actuelle, je pense que c’est un plus. Q.L.: Les groupes environnementaux répliquent toutefois que l’on n’a pas les ressources nécessaires pour effectuer les vérifications à la sortie des cheminées, et, sauf erreur, on n’a pas de nouveaux fonds pour le ministère de l’Environnement? A.B. : L’avenir du ministère de l’Environnement est grandement lié à la possibilité de tarifer ses actes. Le budget du ministère a crû de 17 % il y a deux ans, et de plus de 17% l’an dernier; plus de 100 nouveaux employés y travaillent entre autres grâce à notre volonté de faire une meilleure réglementation agricole. C’est donc un ministère qui s’est déployé mais, compte tenu du poids des dépenses en santé et en éducation, il est évident qu’à un moment donné il y aura une limite. Il est clair que l’avenir pour le ministère de l’Environnement est de jouer à plein la tarification. Il faut que les gens qui demandent des droits de polluer d’autorisation, paient pour leurs études, plutôt que ce soit l’ensemble des contribuables qui paient. Je vous annonce donc que l’on va revoir complètement notre façon de faire et que j’ai ouvert un chantier au ministère de l’Environnement sur la tarification. Il faut jouer cette carte à plein. Q.L.: Depuis qu’on a permis des projets de mini-centrales privées, il y a énormément de contestation à travers le Québec. Quelle est l’utilité de ces centrales? A.B.: Encore là, le débat est beaucoup plus complexe qu’il n’en a l’air. Ce que nous disons est qu’il n’y aura pas de mini-centrale qui se fera sans audiences sur l’environnement. Il y a un débat qui va se faire là, on peut questionner l’opportunité de l’avoir proposé mais dans quelle société serions-nous pour, d’autorité donner la réponse sans discussion. Ceci étant dit, il y a eu un processus par lequel nous avons éliminé la moitié des sites initialement proposés et le débat se poursuit dans la bonne direction. [Étrangement, ce «débat» qui semblait si essentiel à tenir se terminait le lendemain de cette entrevue quand le Premier ministre Bernard Landry a annoncé qu’il n’y aurait pas de mini-centrales!] Q.L.: Hydro-Québec a annoncé qu’elle achètera au cours des 10 prochaines années 1000 MW d’électricité éolienne. Pourquoi fait-on l’achat de cette énergie plutôt que de la produire nous-mêmes, ce qui nous permettrait de développer une expertise semblable à celle que l’on a dans le domaine de l’hydroélectricité? A.B.: C’est justement parce qu’on veut développer cette expertise au Québec, mais par le secteur privé, que l’on y va à des rythmes de 100 MW. Si on avait mis 1000 MW dans le marché la première année, il est clair que l’on n’en aurait pas eu la capacité. Le Québec, en voulant développer l’éolienne, fait aussi le choix d’une production qui sera faite chez nous; mais ce n’est pas Hydro-Québec qui a sur ces questions la plus grande expertise, ce n’est pas son principal centre d’intérêt. Hydro-Québec va donc plutôt acheter cette électricité en faisant jouer les forces du marché. À la limite, une présence de quelques indicateurs du privé va donner aussi des indications sur la performance d’Hydro-Québec, car on va pouvoir comparer d’un secteur à l’autre. Dans ce contexte, je trouve que l’on prend la bonne décision. Q.L. : Avec la mondialisation des marchés, la capacité des gouvernements de légiférer en environnement n’est-elle pas menacée, et ce, d’autant plus pour un gouvernement provincial? A.B.: Le gouvernement du Québec, dans la construction de la ZLÉA, souhaite un accord parallèle sur l’environnement, ce que le gouvernement fédéral ne plaide pas encore. Québec dit oui à la convention internationale de Kyoto, ce qu’Ottawa n’a pas encore décidé de faire. On est en train de bâtir l’exception sur l’eau, avec la Politique nationale de l’eau dans laquelle on dit que l’eau ne sera pas gérée en fonction de sa valeur marchande mais plutôt en fonction de nos valeurs que l’on va préserver. L’État québécois n’est pas qu’un lieu de solidarité, c’est aussi un lieu pour faire entendre les valeurs qui nous rassemblent et donner une voix à celles et ceux qui souhaitent que ce soit autre chose que les règles du marché qui dictent notre comportement sur la question des aires protégées, sur la question des matières dangereuses, etc. Il faut pour ça un État efficace qui a des moyens. La souveraineté, entre autres, est un rempart à cette mondialisation froide en exprimant par notre distinction notre présence dans le concert des Nations. |
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