Révolte étudiante en Iran
De l'opinion à la pendaison
Samuel AUGER
04.12.02

Le 7 novembre dernier, Hashem Aghajani, professeur d’histoire en Iran, y allait d’une intervention dans laquelle il soutenait que le pouvoir politique iranien ne devait plus résider uniquement entre les mains du clergé islamique. À la suite de ses propos, il a été condamné à la peine de mort pour blasphème.

Dans les jours suivant la déclaration d’Hashem Aghajani, des dizaines de milliers d’étudiants ont manifesté en Iran, de Téhéran jusqu’aux confins du pays. À l’origine pacifiques, ces mouvements étudiants ont toutefois connu un épisode sanglant le 18 novembre. Alors qu’ils manifestaient dans un hall universitaire, des étudiants réformistes en sont sortis ensanglantés, après que 300 miliciens islamistes eurent pénétré dans l’université pour court-circuiter leur manifestation. Des témoins ont raconté que la police avait stationné des autobus devant le campus, pour empêcher les passants de voir ce qui se tramait à l’intérieur.

La confrontation entre les étudiants réformateurs et les miliciens de la droite islamiste n’est pas étrangère au cri de ralliement du numéro un iranien et guide suprême de la révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei. Le chef de file des conservateurs s’est adressé aux étudiants eu leur disant que «leur action ne mènerait nulle part», avant de menacer l’ensemble du pays de «recourir à la force du peuple» si les institutions ne parvenaient pas à résoudre la crise. L’oppression du mouvement étudiant trouve un allié puissant dans les médias. Le patron ultra-conservateur du quotidien Kayhan écrivait qu’il était «clair à présent que, pour mettre un terme à des crises pareilles, le ministère des Sciences (dont relève l’enseignement supérieur) et les campus devaient être purgés des ennemis membres de la cinquième colonne et de tous les individus au passé obscur ».

Souvenirs sanglants

Par le passé, la force du peuple a pris la forme d’une milice de sept millions d’individus proches de la droite conservatrice quand le régime du Shâh a été renversé en 1979 et que les con-servateurs ont pris les rênes du pays, établissant un régime dominé par l’Islam. Après vingt ans de répression, l’Iran assiste en 1998 à une vague d’assassinats d’intellectuels, tous opposants politiques au régime de la république islamique. L’année suivante, les premières contes-tations étudiantes apparaissent sur les campus et sont réprimées de façon sanglante par la milice. Des étudiants sont condamnés à mort, à la suite des manifestations.

D’intellectuel à martyre

L’accusation portée contre Hashem Aghajani est perçue comme un nouvel épisode de l’affrontement entre le parti conservateur et les réformateurs. Hashem Aghajani, proche du président réfor-mateur Mohammad Khatami, entend utiliser son drame pour alimenter le débat qui fait rage en Iran. Malgré l’ouverture sur une révision de peine proposée par l’ayatollah Ali Khamenei, Hashem Aghajani refuse de porter sa cause en appel. Il aurait déclaré «être prêt à mourir en martyr ». Dans un auditorium de l’Université de Téhéran, un étudiant témoignait de son soutien inconditionnel, sous l’ovation de ses confrères. «Nous voulons qu’Aghajari et son avocat ne fassent pas appel du verdict pour voir ce qui lui arrive. S’il est pendu, nous serons les prochains.»

Tension politique

La menace d’exécution de l’intellectuel musulman s’ajoute aux déchirements politiques que connaît l’Iran, depuis que le président réformateur Khatami a annoncé son intention de déposer deux projets de loi visant à réduire le pouvoir politique de la droite conservatrice au pouvoir, dominée par le clergé. Les réformateurs désirent par cette législation restreindre l’emprise que détiennent les réformateurs sur la justice, l’armée et les médias.

Pour entrer en vigueur, ces textes doivent être approuvés par les instances supérieures d’arbitrages, contrôlées par les conservateurs. Le rejet de ces propositions est prévisible, compte tenu du droit de veto qu’exerce souvent la droite aux dépens des réformateurs. Les manifestants veulent maintenant aller plus loin que la clémence de leur professeur, exigeant un référendum en cas d’échec des projets de loi du président réformateur. «Si ces projets de loi ne recueillent pas l’approbation des élites conservatrices, l’une des possibilités serait un référendum », a déclaré Mohsen Mirdamadi, président de la Commission des affaires étrangères et de la sécurité nationale.

Cette crise politique survient au moment où le président réformateur Khatami hésiterait, selon les analystes, à déclencher de véritables réformes alors que les deux ennemis de longue date de l’Iran, les États-Unis et l’Irak, pourraient s’affronter.





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