Engagement des jeunes
Places à prendre
Valérie BESSON
03.12.02
Les 23 et 24 novembre dernier, 125 jeunes leaders québécois ont participé au colloque «Prends ta place » organisé par le Forum jeunesse de l’île de Montréal. L’occasion pour eux d’établir de nouveaux contacts et de réseauter comme des grands mais aussi d’écouter le ministre Boisclair, symbole apparent du leader jeune et engagé.
Pour l’un des membres du comité organisateur du colloque, Elyes Chourou, du Carrefour Jeunesse Emploi, « il s’agissait avant tout de réunir des jeunes, âgés de 18 à 30 ans, œuvrant dans les trois milieux : politique, communautaire et économique». Le pari a été gagné puisque, d’après le président du Forum Jeunesse de l’île de Montréal, Carl Bernier -Genest, « il y avait autant de jeunes issus des trois milieux».
Les ateliers prévus pour les participants portaient sur le lobbying, les groupes de pression, le conseil d’administration, l’éthique en politique, le fonctionnement de l’État, le réseautage, les relations avec les médias. Les participants se sont dits « satisfaits de l’organisation, des outils dont ils ont bénéficié et de l’opportunité de réseautage qu’un tel colloque peut offrir ». On échangeait en effet autant de poignées de main que de cartes d’affaires.
Le colloque a atteint son apogée quand le symbole apparent du leader jeune et engagé, le ministre André Boisclair, est arrivé pour sa conférence. Il ne s’est pas gêné pour rappeler qu’il était devenu ministre à 29 ans tout en précisant « que ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on a de meilleures idées ou de moins bonnes, mais qu’au-delà des modes il y a surtout des forces qui façonnent nos vies.» Il a d’ailleurs décroché un uppercut à l’ADQ en lançant à la volée que « jeunesse n’était pas nécessairement synonyme de progrès, la preuve en étant l’ADQ.»
Appel à la mobilisation citoyenne
Il règnerait actuellement chez les jeunes une certaine morosité teintée de cynisme face aux politiciens. La politique serait boudée, écartée, à tel point que, même au Département de sciences politiques de l’Université de Montréal, à peine une infime minorité d’étudiants se diraient engagés politiquement. Pourtant, selon Marguerite Blais, la directrice générale de la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse, « il n’y a qu’à regarder le nombre de participants présents au colloque pour constater que les jeunes sont toujours là pour la relève du leadership.» Elle souligne toutefois que «si les politiciens n’ont pas bonne presse ces temps-ci, c’est en partie la faute de la presse, qui s’acharne sur les travers des hommes politiques et qui les ridiculise».
Face au scepticisme supposé des jeunes, André Boisclair a supplié les 125 jeunes leaders présents « de ne pas lever le nez sur les institutions publiques, d’être critiques mais de ne pas les assassiner, car ce serait alors donner tous les droits à l’intérêt privé et au lobbying. » Il a estimé que durant la protestation contre le sommet de Québec en 2001, « certains groupes anarchistes étaient financés par des lobbys de l’industrie de l’huile, qui souhaitaient que ces groupes critiquent les gouvernants afin de les faire tomber».
André Boisclair a affirmé que si la génération actuelle ne sait pas dire ce pour quoi elle milite « le club des jeunes leaders ne sera rien d’autre qu’un club social. Il faut donc amorcer un long travail de définition et se demander ce qu’il y a eu de fait au Québec, et surtout de bien fait. Nous avons la Charte des droits et libertés, il faut donc pousser plus loin l’expérience démocratique et le concept de communauté culturelle. »
Absence dans les instances
Mais quelle est aujourd’hui exactement la place accordée aux jeunes dans les lieux décisionnels ? Et comment se sentent-ils devant ces hauts lieux du pouvoir ?
Une étude détaillée et rigoureuse, réalisée par le Forum Jeunesse de l’île de Montréal fait le point sur ces questions.
Tout d’abord, même s’ils représentent 20% de la population, les jeunes âgés de 15 à 30 ans, ne détiennent que 12 % de l’ensemble des sièges des instances décisionnelles. De plus, ces 12 % se concentrent essentiellement dans le secteur du développement social et économique (57 %). Dans d’autres secteurs, les jeunes sont donc presque totalement absents. Les milieux politiques et syndicaux ont par exemple 50 % de leurs organisations qui n’affichent aucun jeune dans leurs instances décisionnelles.
Le Forum Jeunesse de l’île de Montréal a tenté d’identifier quels pouvaient être selon les organismes et selon les jeunes eux-mêmes, les différents obstacles qui empêchent les jeunes d’aller « décider ». Arrivent en tête de liste, le manque de motivation et d’intérêt éprouvés par les jeunes, et leur manque d’expérience et de confiance en soi, ajoutés au fait qu’ils disent «ne pas se reconnaître du tout dans la politique. »
Sans doute, faudra-t-il d’autres dîners-conférences du ministre Boisclair pour que cet état de fait évolue ?
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