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Carrefour mondial de l'internet citoyen
En toc, le troc? Fabrice TREMBLAY 04.12.02 En réaction à la société de consommation, un nombre grandissant de gens se tournent vers des systèmes d’échanges alternatifs. Visant un idéal, les clubs de troc sont confrontés aux réalités de la vie quotidienne et aux manipulations de toutes sortes. «S’ il y a des indésirables, après quelques avertissements, on peut les sortir de notre système de troc.» Stéphane Lahoud, militant anti-mondialisation et fondateur d’un club de troc à Montréal, souhaite conserver un esprit d’échange équitable. Pour éviter les abus, les échanges de biens et de services sont surveillés par un coordonnateur qui veille à ce que personne ne soit lésé. Les groupes de troc se créent en réaction aux excès de la société de consommation; ce qui n’empêche pas les réflexes de spéculation et de cupidité de reprendre le dessus à l’occasion. Habitués que nous sommes à transiger avec des dollars, nous avons tendance à oublier qu’un billet est avant tout un bout de papier. Les Argentins, eux, s’en sont souvenus brutalement lorsque leur monnaie, le peso, a perdu plus de la moitié de sa valeur au début de cette année. Des centaines de milliers de personnes se sont alors tournées vers des clubs de troc pour survivre. Ces clubs, nés de la situation économique difficile qui perdure en Argentine depuis plusieurs années, n’étaient visiblement pas prêts à recevoir un tel afflux de membres. Rapidement, la situation a dégénéré, des fraudeurs ont falsifié des « crédits » (unité servant à faire les échanges), et les systèmes de troc ont abouti à la faillite. Avant la débâcle, les clubs de troc argentins permettaient d’échanger des biens et services allant de la visite chez le médecin aux denrées alimentaires de base. Pour augmenter les possibilités d’échanges, les clubs de troc avaient créé une « monnaie sociale ». Un médecin recevait tant de « crédits » pour une visite et pouvait ensuite les utiliser pour acheter de l’huile ou de la farine. Pas si loin d’un système avec de l’argent ? C’est exact-ement ce qu’ont pensé quelques malins, qui se sont empressés de fabriquer de faux « crédits». Plus dramatique encore, beaucoup de participants étaient devenus si pauvres qu’ils n’avaient plus rien à troquer. Prendre le temps de troquer À la Corde à linge, le groupe de troc animé par Stéphane Lahoud et sa collègue Julie Martineau, on mise avant tout sur les valeurs humaines. Selon Stéphane Lahoud, le troc de biens et services permet d’en apprendre plus sur les différents métiers. « Quand tu vas dans un magasin, tu “ allonges le cash” et tu ne poses pas de question. Avec le troc, on est obligé de s’intéresser davantage au métier de l’autre, puisqu’il faut déterminer combien de temps la personne a investi pour nous rendre le service. » Le troc aiderait aussi à aplanir les disparités. « On met tous les métiers sur le même pied. Garder un enfant vaut la même chose que réparer une laveuse. » Le club met à la disposition de ses membres un répertoire des services offerts par chacun. Les participants peuvent aussi offrir des objets sur le site Internet de l’organisation. Les biens échangés restent la plupart du temps assez modestes: chats, chatons, grille-pain, pièces d’ordinateurs, etc. Les animateurs de la Corde à Linge, créée en 2001, sont conscients qu’un trop grand nombre de membres risqueraient de faire dérailler le système. « Idéalement, il faudrait que des petits groupes de troc se créent dans chaque quartier », explique Stéphane Lahoud. Les groupes de troc servent aussi à véhiculer des idées politiques, voire spirituelles. Le JEU(pour Jardin d’échange universel) est un autre groupe de troc qui tente de s’établir à Montréal et à Québec. L’organisation se réclame de la philosophie de la simplicité volontaire. La plupart des services offerts ont une connotation alternative : écoute active, naturothérapie, massothérapie de toute sorte. Dans le collimateur de l’impôt Mais le troc, eh oui, n’est pas à l’abri de l’impôt. Si l’on peut supposer que les échanges de chatons et de grille-pain ne figurent pas parmi les priorités des inspecteurs de l’impôt, il n’en demeure pas moins qu’il existe une politique en matière de troc à l’Agence des douanes et du revenu du Canada. Par exemple, échanger un tableau de maître contre un autre objet d’art équivaut à le vendre, et il faut alors déclarer le profit réalisé. Dans un bulletin consacré au troc, le verdict est clair, le Ministère est d’avis que le troc tombe sous le coup de la Loi de l’impôt sur le revenu. Si le phénomène prenait de l’ampleur, les groupes de troc informels pourraient donc avoir à se justifier auprès des autorités fiscales. Mais d’autres dérives guettent ces regroupements. Pour qu’un système de troc fonctionne, il faut que tout le monde ait quelque chose de valable à offrir. Malheureusement, le troc ne peut devenir une sorte de deuxième prestation d’aide sociale (le B.S.). C’est un peu ce qui s’est passé en Argentine. Comme l’explique Rubén Ravera, l’un des fondateurs des clubs de troc à Buenos Aires, « les gens ont confondu solidarité et assistance sociale ». |
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