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HAMLET NORVÉGIENNE Théâtre Propos recueillis par Emmanuella SAINT-DENIS Le Théâtre Décalage présente à l’Usine C la pièce Peer Gynt de l’auteur norvégien Henrik Ibsen. Un conte philosophique mis en scène et adapté par le comédien originaire de Bulgarie, Peter Batakliev. Rencontre. Quartier Libre: D’où vous vient votre fascination pour Peer Gynt? Peter Batakliev: Peer Gynt est probablement le plus grand rôle au théâtre. Il est encore plus difficile à jouer que Hamlet. Entre autres parce que son histoire se passe sur une période de 60 ans. C’est un personnage très symbolique, très philosophique et romantique. Son histoire est Q.L. C’est ce qui vous a amené à traiter du personnage? P.B. Oui, parce que j’aime les défis, mais aussi parce qu’il me ressemble. J’ai quitté mon pays, la Bulgarie, à l’âge de 29 ans. Et il y a aussi une recherche de soi, car c’est un peu ça Peer Gynt. Q.L. Vous avez fait de la télé, du cinéma, du théâtre, où vous sentez-vous le plus à l’aise? P.B. La véritable rencontre, c’est celle avec le texte, le metteur en scène, le réalisateur…J’ai eu de bons moments autant au cinéma qu’au théâtre. Ce qui est difficile, c’est de vivre seul dans le métier. Ce sont les rencontres qui le rendent intéressant. J’ai choisi d’être acteur à l’âge de 16 ans lorsque j’ai joué dans une pièce pour laquelle mon père était le metteur en scène et que j’ai gagné le prix du meilleur comédien dans une pièce amateur. C’était ma première rencontre avec le théâtre. Je ne trouve rien de plus intéressant que ce métier. Quand je suis venu ici, je me suis demandé si je pouvais le faire. C’était difficile comme immigrant. Au début, j’ai fait plein d’autres choses. J’avais une compagnie d’import/export, j’ai travaillé dans la distribution de vidéo, dans la restauration…j’ai été chanceux de pouvoir trouver du travail. Je peux faire de l’argent autrement, mais je ne le veux pas. J’ai été deux ans dans l’armée en Bulgarie et cela m’a rendu très malheureux. Je ne pense pas que les forces militaires peuvent changer le monde. Mais comment changer le monde? Avec l’âge, je perds de l’optimisme, mais j’essaie d’en garder quand même. Q.L. Pensez-vous que le théâtre puisse changer le monde ? P.B. Je pense que c’est l’une des meilleures façons. Ce sont les gens dans les médias, les arts qui peuvent le faire. Il faut que je sois actif dans ma position humaine. Q.L. Est-ce que vous considérez le théâtre comme un acte politique? P.B. Cela dépend du contexte dans lequel on utilise le mot. Je viens d’un pays communiste où nous étions, les acteurs, obligés d’être au service du régime. Le théâtre était plutôt une rencontre du public et des comédiens. Et il fallait trouver le mot, le geste qui pourrait leur faire entrevoir nos positions contre le régime sans que cela ne paraisse. J’ai essayé par ma parole, d’amener ma position sur ce régime, mais il y a une grande censure. Je pense que dans ce contexte, il faut que ce soit politique. On ne peut pas rester loin de la politique, mais je ne fais pas du théâtre pour la politique. C’est lorsqu’un texte me touche intellectuellement et émotivement que je trouve sa valeur. Peer Gynt par exemple, c’est la recherche de soi, le questionnement de ce que cette chose veut dire. Qu’est ce qui est possible? J’ai mes opinions politiques que je tente de faire ressortir, mais je ne veux pas les crier. Je préfère toucher les gens par les sentiments. Q.L. Qu’elle a été votre expérience en tant qu’immigrant au Québec? P.B. Je préfère ne pas penser à ce que j’ai vécu à mon arrivée. J’ai fait une grande dépression. C’était très difficile. Je suis venu comme réfugié. J’avais un billet pour Cuba et puis je me suis échappé de l’avion à Terre-Neuve où j’ai habité pendant six mois. À ce moment, je ne savais pas que je faisais une dépression. Je n’avais pas de travail comme comédien et avoir des contrats ici c’est presque impossible. J’ai eu beaucoup de chance. En Bulgarie, j’avais un emploi douze mois par année, bien rémunéré avec des vacances. Tout était garanti et il n’y avait jamais de stress d’être sans boulot. Je pense qu’il a fallu travailler très fort pour y arriver, mais j’en suis très heureux. Q.L. Êtes-vous retourné dans votre pays natal? P.B. Oui, plusieurs fois. La première fois j’étais très ému. Puis j’ai réalisé les changements, le capitalisme sauvage, la chute du communisme, la perte d’espoir. Il y avait une crise là-bas. Mais je me sens de plus en plus loin de mon pays. J’y retourne pour voir mes parents. Maintenant j’appartiens à Montréal. J’aime Montréal et je me sens comme un montréalais. Q.L. Qu’est-ce que vous avez à dire aux jeunes sur le métier d’acteur? P.B. Il faut avoir des rêves. Sans les rêves on ne peut pas faire ce métier. Si tu es découragé, tu seras dépressif. Tout est dans le travail, et de ne pas attendre qu’on te le donne. Plus les défis sont élevés et mieux c’est, car sans défis on ne grandit pas… |
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