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L'ISLAM AU PLACARD Parti islamique au Maroc Samuel AUGER En août dernier, le procès des responsables de l’attentat de Casablanca a montré que la montée des mouvements islamistes radicaux n’avait pu être freinée par les autorités marocaines. Ce, malgré l’interdiction du plus important mouvement islamique lors des élections législatives de septembre 2002. En mai dernier, quatre attentats suicides ont plongé Casablanca dans l’horreur, faisant 41 morts et plus de 100 blessés. On présume que l’attaque est reliée au mouvement Le chemin vertueux, une branche dissidente du Djihad salafiste dont l’un des chefs a été emprisonné récemment pour incitation à la violence.Même les États-Unis, dans leurs annonces régulières de menaces terroristes un peu partout dans le monde, n’avaient pas vu venir le coup, considérant le Maroc comme relativement stable. Les actes perpétrés à Casablanca ont donc révélé la présence de groupements radicaux dans cette région du globe. Démonstration de démocratie Avant ces événements tragiques, le Maroc avait pu se targuer de tenir ses véritables premières élections démocratiques pour prendre le relais du gouvernement dont le pouvoir était éclipsé par celui de la monarchie. Les Marocains voyaient alors d’un bon œil cette première incursion dans la voie démocratique après des années passées sous le règne d’Hassan II, remplacé depuis 1999 par son successeur, Mohammed VI. Malgré le grand pouvoir que détient toujours la famille royale, la démocratie graduelle promise allait permettre l’instauration d’un gouvernement dit d’alternance. Un rendez-vous électoral qui a d’ailleurs rallié une grande variété de militants : le décompte final dénombrait 22 partis politiques récoltant des gains, se partageant alors 295 sièges. Ce qui apparaît – de loin – comme un bel exemple de représentativité politique est entaché par l’absence totale du mouvement Justice et Bienfaisance. Créé en 1979 par son leader actuel Abdeslam Yassine, le mouvement à forte connotation religieuse bénéficierait d’un grand appui populaire dans la région. Porteur d’un message politique centré sur l’islam, il n’en possède pas moins des orientations sociales et culturelles bien définies. Un message radical, certes, mais non violent et qui rejoint bon nombre de jeunes, de militants et de simples citoyens. Véritable phénomène de masse, il demeure toutefois le seul parti politique toléré en sol marocain qui n’a pas eu le droit de se présenter aux dernières élections. Le cheikh Yassine, son chef, a passé de longues années en prison pour avoir remis en question l’autorité absolue du monarque Hassan II. Une détention qui s’est muée en assignation à résidence où le Cheikh voyait plusieurs de ses libertés contrôlées et surveillées. Incapable de porter sa parole à travers des mosquées traditionnelles – même ses sites Internet furent bloqués – il compte beaucoup sur le bouche à oreille qui s’opère à travers les quelque 700 associations-sœurs soupçonnées d’être reliées à son mouvement. Une base militante qui peut d’ailleurs se nourrir des quelque 30 best-sellers qu’il a fait paraître et dans lesquels il partage sa vision moderne de l’islam. Une question d’image Toutefois, le régime en place n’apprécie pas cette montée silencieuse de l’islamisme. Au-delà des souhaits répétés de Justice et Bienfaisance de vouloir renverser le régime monarchique, la situation économique en préoccupe plus d’un. Dans une perspective touristique, le Maroc ne veut pas projeter à l’échelle internationale l’image d’un pays aux prises avec le radicalisme islamique. À ce chapitre, les très bonnes relations économiques qu’il entretient avec les États-Unis ne sont pas à négliger, tout comme celles avec l’Espagne – un des rares alliés de George W. Bush lors de la guerre en Irak. Nier le fait islamique Depuis la guerre en Afghanistan, le ton monte dans les mosquées marocaines. Le roi Mohammed VI, symbole des bonnes relations avec l’Occident, est de plus en plus contesté. L’attitude du gouvernement ne fléchit pas pour autant. En entrevue, l’ancien ministre de l’Intérieur Ahmed El Midaoui déclarait que «l’islamisme est une hérésie. C’est une appellation anormale, étrangère à la société musulmane.» Devant une loi qui rejette son droit à l’existence, plusieurs craignent que les appuis à Yassine soient hébergées temporairement derrière le Parti de la justice et du développement(PJD). Ce parti islamiste, modéré et le seul légal, est venu bien près de causer une surprise aux dernières élections… Alors que les observateurs donnaient au PJD vingt sièges, il en récolta 38, soit seulement 7 de moins que le parti vainqueur. Mais la véritable crainte de certains demeure la suivante : la banalisation du mouvement islamique peut-elle engendrer le terrorisme? Dans un essai sur le sujet, le professeur de science politique de Fordham University, John P. Entelis, présente la théorie selon laquelle «l’islamisme populaire – dont le message est tout aussi politique et éthico-culturel que religieux – offre à beaucoup un espoir de changement. […] Dans la mesure où ces efforts populaires sont freinés ou sabotés par un État manipulateur, des options plus radicales risquent de faire surface». |
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