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HARCÈLEMENT CYBERNÉTIQUE Géant parmi tous, le fournisseur d’accès internet AOL estime que 80% des messages qui transitent par ses serveurs sont des courriels indésirables, ce qui représente 2,4 milliards de messages… par jour! Une telle quantité d’information nécessite l’achat d’une plus grande largeur de bande qui sert à faire circuler l’information – une mesure qui se répercute directement sur l’utilisateur. Selon Une industrie naît, l’autre peine Devant s’équiper de logiciels filtres pour éviter l’inondation de messages non voulus, les compagnies voient leurs coûts d’exploitation augmenter considérablement. D’après une étude effectuée par Ferris Research, il en coûtera 9 milliards cette année aux entreprises américaines pour atténuer le problème. De son côté, l’Union européenne, bien qu’elle soit moins visée, n’est pas épargnée : 2,5 milliards serviront à contrer le phénomène. Devant ces compagnies qui s’exaspèrent, d’autres jubilent. Premier en tête : les vendeurs de biens en tout genre à qui s’ouvre une technique de marketing libre et universelle. Pour des sommes mensuelles souvent en deçà de 100$, des compagnies offrent l’accès à des banques de millions d’adresses électroniques. Des offres alléchantes où les forfaits évitent soigneusement d’utiliser les mots «spam» ou «junk». Dans la même lignée, de nombreux sites web, comme thebulkclub.com, annoncent fièrement comment un parfait inconnu peut voir son produit soudainement offert à des millions d’individus. Des méthodes si accessibles que la situation ne peut que s’aggraver; toujours selon le Ferris Research, la moyenne actuelle de cinq pourriels reçus par jour devrait se situer à environ 30 d’ici 2008. Vide juridique Devant l’ampleur de la situation – sans compter un appui quasi unanime de la population – plusieurs États ont adopté des lois anti-pourriels. En 2001, le Japon prenait le taureau par les cornes en obligeant les compagnies à signifier clairement dans le message la nature publicitaire du contenu, condamnant ainsi tous les messages déguisés en version amicale dans le but d’éviter les systèmes de protection. De plus, la procédure de retrait d’une liste d’envoi publicitaire se doit d’être clairement identifiée et valide; la loi prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’entreprise ou encore l’emprisonnement. Le peuple nippon n’est pas le seul à vouloir prendre les devants. Aux États-Unis, 29 États ont déjà autorisé une loi en ce sens. En Europe, plusieurs pays, dont l’Italie, l’Allemagne et la Grèce, se sont affairés à réglementer cette nouvelle forme de publicité. En Italie par exemple, il est maintenant possible pour un individu de poursuivre une compagnie qui n’aurait pas obtenu son consentement pour partager son adresse électronique. Encore faut-il la retracer… Quant au Canada, la dernière réflexion en la matière a eu lieu vers la fin des années 1990 par Industrie Canada. Les conclusions qui s’en dégagent soutiennent qu’il ne semble pas y avoir un besoin réel de légiférer, l’individu ayant toujours le loisir d’aller vers un autre fournisseur d’accès Internet offrant une meilleure protection. Dans ce vide juridique, les experts en marketing sont rois et entraînent avec eux de nouveaux militants, un exemple probant étant la Coalition contre le pourriel au Canada, la CAUCE. Des pièges à la frontière du légal Seule référence juridique sur la question, un vieux règlement du CRTC stipule que les personnes désirant offrir des produits sont obligés d’offrir une adresse de retour valide. Ces coordonnées deviennent l’instrument privilégié pour se plaindre et obtenir de la compagnie visée qu’elle n’utilise plus nos informations personnelles à des fins publicitaires – il s’agit du fameux «unsubscribe» inscrit en bas des messages. Les partis jouent donc selon les règles du jeu? Rien n’est plus loin de la réalité. Bien connue en informatique, cette illusion de protection agit au même titre que quelqu’un qui décroche le téléphone – cette simple action confirme à l’interlocuteur que votre numéro est valide. En prenant le temps de se retirer d’une liste d’envois, l’utilisateur donne un sérieux coup de pouce au commerçant. Initialement, le courriel de l’individu avait été, plus souvent qu’autrement, trouvé par un algorithme de génération aléatoire d’adresses électroniques. Ici, la méthode est simple : essayer toutes les possibilités et attendre une confirmation. Quand l’hameçon a trouvé son poisson, l’adresse de courriel est enregistrée et conservée dans une liste qui, elle, sera vendue à prix modique à quiconque croit «avoir enfin découvert comment faire 100 000$ avec seulement 1,50$». Et pour l’utilisateur, cela se traduit inévitablement par la réception d’encore plus de courriers indésirables… |
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