UNE ÉDUCATION 4X4
Mikaëlle MONFORT

Avant même le début des travaux de la commission parlementaire sur l’avenir des Universités, on savait déjà plein de choses à propos du financement des Universités québécoises.

Selon la Conférence des recteurs et principaux d’université du Québec (CRÉPUQ) présidée par Robert Lacroix, le recteur de l’UdeM, le réseau des universités québécoises est sous-financé et il lui manque 375 millions. Toutes les parties au débat s’accordent sur ce chiffre mais en revanche elles se divisent sur les mesures à adopter pour trouver cet argent. Certains recteurs d’université estiment qu’il convient d’augmenter les droits de scolarité gelés depuis 1994, d’autres pensent qu’il faut chercher ailleurs les solutions au problème car un dégel des droits pénaliserait en premier lieu les étudiants issus des milieux les moins favorisés. Certains représentants étudiants —notamment du côté de la FAÉCUM— pensent qu’il ne faut pas dégeler les droits mais demander plutôt aux entreprises privées de contribuer financièrement à la formation de leur future main d’œuvre. D’autres, du côté de l’Association pour une solidarité étudiante (ASSÉ) font valoir que le coût des études a déjà augmenté depuis 1994 via la hausse des frais afférents et qu’il importe en fait de créer les conditions d’une véritable «accessibilité» en instaurant la gratuité des études.

En fait, comme le soulignait Pauline Marois, l’ex-ministre des Finances et de l’Éducation et critique en matière d’éducation, compte tenu du calendrier budgétaire, les grands arbitrages ont déjà été rendus à Québec et «le ministre de l’Éducation connaît la hauteur des sommes qui seront réinvesties en éducation, plus particulièrement dans les universités. Ce montant représente la clé de la commission parlementaire, et le ministre la détient.» Autant dire donc, qu’on en parle parce qu’on aime causer!

Si le gouvernement libéral adopte pour les universités la même philosophie que pour les autres domaines, il y a fort à parier qu’il organisera le financement des universités par des «partenariats » plus poussés avec l’entreprise privée et une augmentation des droits de scolarité dont la charge pèsera sur les étudiants.

Cette révolution dans l’éducation au Québec pourrait bien apparaître comme une «révolution de bon sens» tant se mettent en place dès à présent les éléments du discours qui participent à assimiler l’éducation à un bien de consommation que l’individu s’offre pour son usage exclusif.

La comparaison dressée par le recteur Lacroix entre l’éducation universitaire et l’acquisition d’une automobile est rien moins qu’anodine. Cette dérive langagière entraîne une dérive conceptuelle qui tend à marchandiser l’éducation.

Or la logique client/service ne peut s’appliquer aux domaines d’intervention de l’État sauf à abandonner le vouloir vivre ensemble et à accepter l’atomisation de la société. Traiter de l’éducation comme de l’achat d’une voiture ou d’une maison, c’est mépriser le bénéfice social,collectif et immatériel qu’il y a dans l’éducation. Car il y a dans la somme des personnes éduquées quelque chose qui n’a rien à voir avec la somme des voitures vendues. Et de même qu’il serait absurde de se refuser à considérer que l’éducation a effectivement un coût, il serait aberrant de lui infliger un traitement purement comptable et de valoriser un enseignement à la seule aune du salaire perçu par le diplômé.

La population du Québec a fait le choix il y a déjà de cela plusieurs années de se doter d’un système universitaire de qualité dont elle accepte de payer le prix parce qu’elle en évalue l’importance collective. Il serait hautement regrettable que sous l’influence de baby-boomers libéraux —il est vrai qu’ils semblent avoir le vent en poupe ces jours-ci— plus soucieux des dysfonctionnements du système de santé que de l’éducation, les Québécois renoncent au bénéfice collectif d’une université ouverte et accessible.

À propos de voitures…

Les lecteurs de notre précédente parution disponible sur le campus de l’UdeM depuis le 11 février dernier auront remarqué la présence d’un encart publicitaire ventant les mérites d’une automobile prétendument adaptée à «la clientèle étudiante»...

Dans un certain nombre d’exemplaires du journal cet encart était rédigé en anglais. Ce mauvais encartage résulte apparemment d’une erreur — les encarts destinés au McGill Tribune ont été mélangés chez l’imprimeur-encarteur avec ceux destinés au Quartier Libre— et non d’une malveillance caractérisée. Il n’en demeure pas moins que cette erreur est fort regrettable, aussi prions-nous nos lecteurs de bien vouloir nous en excuser.





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