MAJEURE ET RESPONSABLE
Statut de la femme au Maroc
Carole VANN - Syfia Suisse

Au Maroc, la Chambre des députés vient enfin d’adopter la réforme du code de la famille. Longtemps combattue par les islamistes, elle a été imposée par le Roi, qui lutte vigoureusement contre les intégristes depuis les attentats de Casablanca.

La femme marocaine est enfin adulte et l’égale de l’homme devant la loi! Finies la polygamie et la répudiation arbitraire! Désormais, elle pourra se marier librement, sans l’accord d’un tuteur (père, frère, oncle), demander le divorce et garder ses enfants. Surtout, elle est à présent considérée comme responsable de la famille au même titre que son mari. Le projet de réforme du Code de la famille (moudawana) a été adopté le 30 janvier à l’unanimité par le parlement marocain. C’est une véritable révolution dans ce pays et dans le monde arabe où, selon les lois islamiques, la femme n’est pas reconnue comme une personne autonome et majeure. Elle doit obéissance à son mari qui doit en contrepartie l’entretenir. Le mari, lui, peut la répudier à tout moment. Elle quitte alors le domicile conjugal et perd la garde des enfants. Le seul autre pays arabo-musulman à avoir libéré la femme de ces contraintes est la Tunisie sous Bourguiba en 1956.

Même si, dans la pratique, le Maroc était déjà bien en avance sur de nombreux pays arabes (la polygamie ne concerne que 1% des hommes), la situation des femmes restait fragilisée par une législation qui les maintenait assujetties. Pour les féministes, la nouvelle moudawana est donc la consécration d’une lutte acharnée qui dure depuis vingt ans. «Ce qui constitue pour moi une remarquable avancée, c’est la possibilité d’en discuter au sein du parlement. On humanise définitivement le code qui devient une loi comme une autre», affirme Leila Rhiwi, coordinatrice du réseau Printemps de l’Egalité, le collectif d’organisations féministes qui s’est battu pour le nouveau statut. En d’autres termes, la réforme situe ce débat sur un plan juridique et non plus sur le plan religieux, où les textes restent immuables.

Une réforme dans l’esprit de l’islam

En Tunisie comme au Maroc, la réforme du code de la famille a été imposée par les leaders politiques mais dans des contextes radicalement opposés. En 1956, Bourguiba , le président tunisien, avait révolutionné le statut de la femme dans un vent de modernisme et de laïcité qui balayait du coup toute prérogative religieuse. Tandis qu’au Maroc, c’est le Commandeur des croyants, le roi Mohamed VI, qui décrète la nouvelle moudawana. La nuance est capitale, car l’esprit de l’islam est entièrement respecté, coupant ainsi court à toute protestation de la part des religieux. Chacun des changements apportés a d’ailleurs été scrupuleusement cautionné par des versets du Coran : une sorte d’exégèse au goût du jour. C’est pourquoi aussi, un point reste inchangé : les filles continueront à hériter moitié moins que les garçons, ainsi qu’il est stipulé noir sur blanc dans le Coran.

Mécontents, les islamistes n’ont cependant aucune prise. Car dans la monarchie marocaine, aucun parti politique n’ose voter contre la décision du Commandeur des croyants. Le Parti de la justice et du développement (PJD), islamiste, a bien essayé de ramener l’âge de mariage de la fille à 15 ans et de revenir sur la question du tuteur. En vain. Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et du 16 mai 2003 à Casablanca ont renversé le rapport de force entre religieux (qui sont dans le creux de la vague) et modernistes. C’est ce moment qu’a choisi le Roi pour faire passer une réforme qu’il avait entreprise dès son intronisation en 1999, mais qui se heurtait jusque là à une forte opposition des islamistes.

«Mais le plus dur reste à faire, il faut veiller maintenant à appliquer la loi, installer des tribunaux de la famille, former des magistrats» ajoute Leila Rhiwi. Il faudra aussi amener les mentalités à changer, une tâche difficile dans une société patriarcale à moitié analphabète.







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