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TERRORISME SCIENTIFIQUE On le sait, George W. Bush est en guerre. Mais ce dont il ne s’est pas vanté, c’est de mener également une croisade contre l’intelligence. Comme le soulignait Geoff Brumfiel dans l’édition de Nature du 19 février dernier, «les Iraniens qui luttent dans leur pays pour conquérir la liberté de parole vont devoir étendre leur lutte à une série de mesures adoptées par le gouvernement américain.» En effet, en février dernier, en vertu de l’embargo économique qui frappe l’Iran, la Libye, le Soudan et Cuba, le département du Trésor américain a interdit l’édition ou la publication d’articles scientifiques en provenance de ces pays. Pourtant, l’American Institute of Physics, l’American Physical Society et l’American Association for the Advancement of Science, qui publie la revue Science, ont refusé de se soumettre au «diktat» du département du Trésor. Quant à Nature et aux autres publications du Nature Publishing Group, elles continuent à accepter les manuscrits en provenance des pays sous embargo économique tout en attendant un avis juridique sur la force de la réglementation du département du Trésor. Le refus des éditeurs scientifiques américains de se plier à la réglementation restrictive de l’administration Bush constitue un des aspects de la résistance scientifique qui semble s’organiser aux États-Unis pour contrer les vues plus politiques que scientifiques du Président. En février dernier, près de deux douzaines de lauréats du prix Nobel et une quarantaine de chercheurs majeurs ont publié une lettre dans laquelle ils faisaient part de leurs préoccupations relatives à la guerre menée par l’administration Bush contre le savoir scientifique. Car l’administration Bush ne s’attaque pas qu’aux chercheurs de l’extérieur. En bonne paranoïaque, elle pense que l’ennemi est aussi à l’intérieur et elle n’hésite pas à s’en prendre à lui… Elizabeth Blackburn est une éminente biologiste cellulaire de l’Université de Californie à San Francisco. Elle a découvert l’enzyme telomerase qui joue un rôle important dans le processus de vieillissement et a présidé l’American Society for Cell Biology en 1998. Il y a deux ans, elle avait été nommée par le président Bush au Conseil de bioéthique censé l’informer sur certains enjeux de la recherche scientifique. Elizabeth Blackburn a déclaré qu’elle était «consciente en acceptant de siéger à ce Conseil que convaincre la majorité des autres conseillers serait difficile, consommateur de temps et peut -être impossible. Pourtant, Leon Kass, le président du Conseil et le Président lui-même m’avaient personnellement assurée que la parole scientifique que je porterais dans ce Conseil serait entendue et intégrée aux conclusions du Conseil.» Mais par la suite, Elizabeth Blackburn a déploré la trahison et le travestissement de la réalité scientifique par les rapports du Conseil relatifs aux recherches sur les cellules-souches. Le 27 février dernier, un vendredi après-midi, la Maison Blanche a annoncé que madame Blackburn ne serait pas reconduite dans ses fonctions au Conseil de bioéthique. Elizabeth Blackburn et son collègue William F. May, un professeur d’éthique à l’Université Southern Methodist de Dallas, ont été les seuls à être évincés du Conseil. Il faut dire que les deux avaient voté au conseil en faveur de l’autorisation du clonage d’embryons humains à des fins de recherche. La presse scientifique a qualifié ce congédiement de «massacre du vendredi après-midi» en soulignant que l’Administration Bush prend régulièrement ce genre de décisions controversées à la veille des week-ends, au moment où elles sont le plus susceptibles d’échapper aux médias. À la place d’Elizabeth Blackburn et de William May siègent désormais Benjamin Carson, un pédiatre neurochirurgien de l’Université John Hopkins de Baltimore, Peter Augustine Lawler, un professeur d’administration du Berry College de Mount Berry, et Diana Schaub, un professeur de science politique au Collège Loyola de Baltimore. Peter Augustine Lawler a estimé que «si ses concitoyens ne réalisaient pas que l’avortement est mauvais, alors les femmes seraient poussées à avorter lorsqu’elles seraient enceintes de bébés ayant des anomalies génétiques.» Diana Schaub a qualifié la recherche dans laquelle des embryons sont détruits de «volonté maligne de destruction de l’innocente vie humaine», et Benjamin Carson a appelé à plus de religion dans la vie publique… Au cours de leur histoire, les États-Unis se sont toujours caractérisés par leur large ouverture aussi bien à la science qu’aux scientifiques, quelles que soient leurs nationalités. Cette ouverture et cette attraction exercée sur les scientifiques ont participé au rayonnement américain dans le monde et assuré sa domination sur l’univers scientifique. En s’attaquant aujourd’hui à la science et aux scientifiques, il est clair que George W. Bush précipite encore un peu plus le déclin de son empire dont la catastrophique guerre en Irak n’est qu’un autre des symptômes. *** Le Quartier Libre s’apprête à occuper ses quartiers d’été… C’est dire qu’il ne paraîtra pas à nouveau avant le 1er septembre prochain. À ce moment -là, une équipe renouvelée en aura pris les rênes. L’actuelle équipe du Quartier Libre s’associe à moi pour lui souhaiter d’éprouver le même plaisir que celui que nous avons ressenti à la confection de ce journal semaine après semaine. Déjà, nous avons hâte de découvrir ce que sera le QL en 2004/2005! Tous nos remerciements aussi aux collaborateurs du Quartier Libre et les meilleures des vacances possibles à ses lecteurs!
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