COUPABLE CONFUSION
Mikaëlle MONFORT

La Presse rapportait récemment qu’un enseignant avait tenté d’expliquer la bisexualité à des enfants d’une dizaine d’années à partir d’un texte où il était question d’un jeune prisonnier ayant des relations sexuelles avec son amie et avec un co-détenu qui «le gâtait et le protégeait». De plus, le jeune homme se livrait également à certains divertissements sexuels dans les douches avec ses compagnons de prison. Comment, se dira-ton, ne pas réaliser que des enfants de dix ans n’ont pas nécessairement à connaître ces détails de la vie carcérale? Pourquoi associer dans un exemple supposé édifiant homosexualité et criminalité ? Comment ne pas réaliser que le contexte proposé ne peut aboutir qu’à stigmatiser la bi-sexualité?

Vendredi dernier, on pouvait lire l’histoire d’une enseignante qui pour évoquer «la normalité» en cours d’Éthique et culture religieuse avait fait lire à ses élèves de secondaire 4 un article tiré du Journal de Montréal lequel décrivait complaisamment un cas de zoophilie et d’inceste.

Ces deux cas ont fait les manchettes, sans doute parce qu’il y était question de sexualité mais aussi parce qu’ils concernaient des enseignants. Ainsi pouvait-on soupçonner que certains de ceux qui doivent transmettre aux jeunes les outils d’une pensée rigoureuse sont dramatiquement dépourvus de repères intellectuels pertinents.

Loin de moi l’idée de dresser un bûcher pour ces professeurs! Je suis convaincue qu’ils ne pensaient pas ou ne voulaient pas mal faire. Mais ont-ils eux mêmes bénéficié de la formation intellectuelle qui leur permettrait d’éviter ces erreurs?

Ne se sont-ils pas simplement abandonnés dans leurs salles de classes à la même confusion intellectuelle que celle que l’on peut souvent observer en place publique sans que cela ne crée de tollé.

Lorsque Jean-Claude Turcotte, l’archevêque de Montréal, s’inquiète de ce que la modification de la définition du mariage puisse ouvrir la voie à l’union «entre un frère et une sœur, entre un père et sa fille ou entre une mère et son fils» on lui reproche son intolérance mais pas sa malhonnêteté intellectuelle. Mgr Turcotte croit-il sincèrement que le Canada pourrait envisager de légaliser l’inceste? Évidemment, non! Pourtant, sans vergogne mais avec un profond cynisme il tente de semer la confusion dans les esprits. Parce que cela sert ses intérêts (croit-il!), il mélange les concepts en s’essayant à faire passer une chose pour une autre.

La semaine dernière, l’hebdomadaire Ici titrait à propos du livre de Frédéric Beigbeder, Windows on the World , l’ «“Auschwitz” de la génération X». Certes, la formule était attribuée au romancier dans le corps de l’article, mais elle était simplement qualifiée d’outrance verbale. Frédéric Beigbeder et la rédaction d’Ici pensent-ils réellement que les attentats du 11 septembre 2001 ont quoi que ce soit de comparable avec Auschwitz? C’est inimaginable! Mais peu importe, n’est ce pas, si la formule est choc et le propos toc. Il s’agit ici de vendre un roman, pas de réfléchir à un événement…

Pourtant l’ingestion de cette grumeleuse bouillie intellectuelle n’est pas sans risque. À force ce sont nos cerveaux qui se transforment en éponges! En se fichant des mots que l’on utilise comme des concepts que l’on manie, un prenant l’un pour l’autre, que ce soit par cynisme, par mauvaise foi ou par paresse, on accepte de se priver de la capacité de penser.

Or, on n’élabore pas de réflexion rigoureuse comme on respire! Pour penser il faut une méthode – qui ne peut se résumer à commenter des anecdotes plus ou moins sordides- et des outils, c’est à dire une langue précise et maîtrisée.

Si le gouvernement provincial doit avoir une priorité pour l’éducation celle-ci doit être l’enseignement de la langue (française, en l’occurence).

Cela permettrait, à terme, de récuser fermement les confusions cyniques de professionnels de la communication et pourqoi pas d’économiser des cours d’Éthique et culture religieuse.





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