LE CADET DE LA COLLINE
Gilles St-Hilaire
Propos recueillis par Mariève PARADIS et Samuel AUGER


Quartier Libre : On dit que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir en faire une carrière?

Alexandre Bourdeau : Tout d’abord, je ne crois pas que que c’est vrai que les jeunes ne s’intéressent plus à la politique. Je dirais plutôt qu’ils s’y intéressent d’une façon différente de leurs parents. Ils s’intéressent particulièrement à la politique active. C’est normal et en fin de compte, c’est cette réalité qui fait évoluer une société. Pour ma part, j’ai donné neuf années de ma vie au mouvement étudiant. Mais durant toute cette période, j’avais peu d’outils pour aider directement les gens. Maintenant, je dispose d’une plateforme qui me permet d’avoir une action plus directe que lors de mes années dans un groupe de pression. Contrairement à la perception populaire, mon objectif de carrière n’était pas la politique. L’implication étudiante n’était pas un tremplin vers la vie politique. Au contraire, je me dirigeais vers une carrière de professeur. C’est davantage la politique qui est venue me chercher.

Q.L : Croyez-vous qu’un député de votre âge peut changer la perception des jeunes sur la politique?

A.B. : J’aimerais bien y parvenir car, après tout, nous n’avons pas la même conception de cet univers. Actuellement. nous sommes trois appartenant à la nouvelle génération au sein du Parti Québécois: Jonathan Valois, Stéphane Tremblay et moi. Nous discutons souvent ensemble et ce qui en ressort, c’est cette vision différente de l’action politique qui pourrait rejoindre davantage la relève militante. Si nous voulons intervenir sur des sujets qui touchent les jeunes, comme l’environnement et la mondialisation, ceux-ci doivent réaliser que le meilleur moyen d’y arriver est d’être directement dans la machine. La société actuelle ressemble beaucoup trop à celle de la génération précédente et en conséquence, il est tout à fait normal de vouloir la changer.

Q.L. : Avez-vous peur de porter une étiquette, d’être redevable envers ceux qui vous ont appuyés, dans la gestion de votre comté?

A.B. : Traditionnellement, les subventions accordées aux municipalités pour la réfection des routes se faisaient selon la couleur politique du maire. À mon arrivée, j’ai tenté d’éviter cet écueil et d’agir uniquement en fonction des besoins. Cette manière de procéder se reflète dailleurs dans mon comté où j’entends des échos qui disent: «ce petit jeune-là fait ça différemment, et c’est le fun!» Évi-demment, je suis indépendantiste et rien ni personne ne pourra me changer, mais je travaille pour tout le monde, peu importe la catégorie à laquelle on appartient.

Q.L. : Comment avez-vous vécu la transition entre la FAÉCUM, un groupe de pression, et l’appareil gouvernemental?

A.B. : En tant que membre de l’opposition, j’agis encore un peu comme un groupe de pression: nous avons le même genre de discours et le même ton revendicateur. Dans mon rôle de député, mon expérience de militant m’a donné des outils pour mieux comprendre ceux qui viennent revendiquer. Je connais leur fon-ctionnement et je sais maintenant qu’il faut être critique devant les mémoires qu’ils présentent. Tout en étant le plus jeune représentant de l’Assemblée, je peux, grâce à ce bagage, apporter une lecture différente des enjeux et ce, même devant des anciens ministres ou des membres influents du parti. Quant à la tansittion entre les deux rôles, elle se fait relativement lentement pour la simple et bonne raison que j’ai encore beaucoup d’amis et de connaissances dans ces groupes.

Q.L. : Vous avez créé une surprise en délogeant Marie Grégoire, candidate vedette de l’ADQ. Vous attendiez-vous à cette victoire?

A.B. : Ce qui a été le plus surprenant c’est surtout de l’avoir remporté avec une majorité aussi forte, soit 1000 voix. Toutefois, il ne faut pas se leurrer : lors d’une campagne électorale, c’est rarement le candidat qui fait la différence, c’est plutôt le parti. Il faut être réaliste: à moins de se considérer comme le meilleur au monde et de penser détenir la vérité absolue, le candidat influence le vote d’environ cinq pour cent seulement.

Q.L. : Quelle est la place accordée aux jeunes dans le caucus?

A.B. : Ils sont bien accueillis dans les discussions. À titre d’exemple, M. Landry nous a invité lors d’un souper, Stéphane Tremblay et moi, à exposer notre opinion sur ce qui ne fonctionnait pas entre la politique et la jeunesse. Près de trois heures de discussion qui ne semblent pas être tombées dans l’oreille d’un sourd. Depuis quelques semaines, M. Landry réutilise plusieurs des idées avancées à cette occasion. Il faut savoir prendre sa place. Dès les premiers caucus, j’ai dû mettre le poing sur la table, et les réactions n’ont pas toujours été positives. Un jour, un député m’a répliqué qu’il ne fallait pas oublier la tradition. Je lui ai répondu que la tradition, ça se change! D’un autre côté, il est clair que nous ne sommes pas assez nombreux de notre génération à l’Assemblée Nationale. La société actuelle est dirigée par des baby-boomers et ce qu’ils mettent en avant répond à leurs besoins. Pourtant, la société, ce n’est pas que ça. Un jour ou l’autre, il va falloir se poser des questions sur les générations futures. Mais cette question précise, personne n’en parle! Un choc démographique se profile et nous allons peut-être devoir toucher à leurs régimes de retraite et leur refuser des baisses d’impôts pour payer le système de santé de la prochaine génération. Il est relativement difficile de parler de toutes ces choses, mais je sens que M. Landry s’ouvre de plus en plus à ces questions.

Q.L. : En ce qui concerne les jeunes, est-il possible de les convaincre de voter pour un bon gouvernement ou la question souverainiste doit-elle revenir à l’avant-plan du PQ?

A.B. : Je pense que c’était une grande erreur lors de la dernière campagne de parler si peu de la souveraineté. Dans les mois qui vont venir, le parti va devoir se poser de sérieuses questions. Faut-il promettre une élection référendaire? Mon opinion n’est pas arrêtée sur le sujet, mais nous allons devoir en débattre sérieusement. Ce qui est clair pour moi, c’est que le PQ devrait recevoir au moins 50% du vote populaire pour avoir une quelconque légitimité pour tenir un référendum. Agir autrement serait incohérent: nous ne pouvons être contre la loi sur la clarté référendaire et agir avec moins de 50% d’appui dans ce scénario. Pour ma part, une idée que j’aimerais projeter est l’initiative populaire. Faire en sorte que le peuple du Québec puisse décider par lui-même de tenir un référendum. Avec certaines balises par contre, pour ainsi éviter un référendum un peu n’importe quand comme ce qui arrive en ce moment avec Arnold et la course au gouverneur en Californie.




Article précédent | Courrier | Haut | Article suivant