ZLÉA À L'AFRICAINE
Libre-échange au Burundi
Emmanuel Ngendanzi – Syfia international

(Syfia Burundi) Début 2004, le libre-échange sera effectif dans la zone Comesa (Common Market for Eastern and Southern Africa), le marché commun des pays de l’Afrique orientale et australe, comme il l’est en Afrique de l’Ouest avec l’Uemoa. Au Burundi, petit pays pauvre et enclavé, les industriels redoutent la concurrence. Certains cependant se préparent activement à conquérir de nouveaux marchés.

Au 1er janvier 2004, la suppression des droits de douane sur les produits venant des pays du Comesa, le marché commun de l’Afrique orientale et australe qui comprend 20 pays, sera totale au Burundi. Les taxes ont déjà été réduites de 80 % depuis l’an 2000. Les industriels réunis au sein de l’Association des industriels du Burundi craignent que l’invasion de produits importés mette à mal leurs activités déjà lourdement frappées par la guerre qui sévit depuis plus de 10 ans.

Dans ce petit pays enclavé de 6,5 millions d’habitants, dépendant presque ex-clusivement des exportations de café et de thé, les industries sont généralement de taille modeste et leurs responsables voient mal comment ils pourront faire des économies d’échelle pour résister à la concurrence régionale. Pour eux, les accords du Comesa vont essentiellement profiter aux pays qui ont un tissu industriel déjà solide comme l’Égypte, le Kenya ou le Zimbabwe. Au coût élevé des transports s’ajoute une lourde fiscalité qui pénalise les entreprises, selon la Chambre de commerce et d’industrie du Burundi. «Ce problème est lié à l’état de crise que traverse l’économie burundaise, mais les pouvoirs publics burundais doivent tendre vers l’harmonisation des taxes par rapport à la région pour ne pas pénaliser les entrepreneurs burundais», ont insisté les économistes lors du Forum sur les états généraux de l’économie burundaise tenu à Bujumbura du 20 au 22 août 2003.

Des entreprises sclérosées

Actuellement, au Burundi, certains produits finis coûtent moins cher que les matières premières pour les fabriquer sur place. C’est le cas des objets en matière plastique en provenance du Kenya. Comme ils relèvent du Comesa, les fabricants ne payent qu’une taxe de 2 % à l’exportation à l’entrée au Burundi, alors que la société locale Fabriplastic paye 40 % de droits de douane sur ses matières premières importées de pays hors Comesa.

Pour Richard Bampoye, économiste et professeur à l’Université du Burundi «c’est justement l’opportunité de vendre librement dans un ensemble élargi qui permettra de réaliser des économies d’échelle. Par contre, la surprotection et l’absence d’opportunités de vente entretiennent des micro-entreprises inefficaces et trop coûteuses pour la société». Dans ce pays où la concurrence est faible, de nombreuses industries, en grande partie publiques, n’ont guère jusqu’à présent fait d’efforts pour améliorer leur compétitivité.

Ainsi le Complexe Textile du Burundi (Cotebu), fortement subventionné, emploie une main d’œuvre de plus de 1700 employés permanents et n’est absolument pas compétitive. Cette entreprise d’État achète tout le coton produit au Burundi pour fabriquer des tissus et les hommes d’affaires ne sont pas autorisés, eux, à importer de la toile de coton. On peut aussi s’interroger sur l’utilité d’une société qui fabrique des clous en découpant du fil de fer importé et y mettant un chapeau. Ceux-ci sont vendus plus chers que les clous bien finis importés d’Asie ou d’Europe.

Face à cette situation, Richard Bampoye s’insurge. «Il faut qu’ils s’adaptent à la situation et cessent de mener des actions à contre-courant. Ils veulent que l’administration les protège. Non !» Pour les consommateurs, qui vont avoir plus de choix, le Comesa est une aubaine. «Le réveil technologique va les (ndlr : les industriels) secouer et ils vont opérer des réformes pour être compétitifs sur le marché», estime Diomède Nahigombeye, membre de l’Association burundaise des consommateurs.





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