LE GOUVERNEMENT SANS LIGNES
Documents gouvernementaux à l’UdeM
Alexandre BENOIT

D’abord une contradiction. D’une main, le gouvernement Charest désire concentrer son offre de service, par l’introduction du gouvernement en ligne. Mais de l’autre, il abandonne la vision du gouvernement précédent sur la diffusion des documents officiels. Les bibliothèques de l’UdeM auront-elles moins d’informations sur le gouvernement à nous offrir?

L’année 1997 marque un tournant dans l’offre d’informations gouvernementales. L’Université de Montréal, cesse de recevoir de façon automatique la copie papier des documents officiels des ministères et organismes du gouvernement québécois.

«À cette époque, le gouvernement voulait un virage clair en faveur de l’électronique. Avant 1997, tout ce qui était essentiel arrivait tout seul : les débats parlementaires, les politiques ministérielles, les rapports annuels, l’état des dépenses. Après 1997, c’est plutôt un pourcentage non exhaustif de 50 % de ces sources arrivait automatiquement. Mais pour le reste, on devait s’en remettre à des démarches de procuration à la pièce», explique Nicole Tremblay, chef de service de la section des publications gouvernementales à la Bibliothèque Samuel-Bronfman.

Écrit ou électronique: lequel choisir?

Cette situation a créé trois problèmes. «Dans la gestion au quotidien, l’offre de documents en deux versions, électronique et papier, nous amène à nous poser la question : compte tenu des coûts, garderons-nous le double approvisionnement? Une interrogation qui en entraîne deux autres. Sur la pérennité du document : l’écrit est là en permanence, mais qui nous dit quand, par exemple, une version d’un rapport annuel d’il y a cinq ans, va être retirée du site web? Et lorsque la publication est disponible seulement sur le web, les démarches pour se procurer la copie papier sont très complexes, compte tenu des droits de reproduction. Il s’agit de cas pour l’instant minimes, de l’ordre de 10 % de notre volume d’acquisition, mais ça peut changer très vite», poursuit Mme Tremblay.

Inquiétudes partagées

Lors d’une allocution prononcée à la Commission parlementaire sur la culture le 25 septembre dernier, la présidente de la Commission d’accès à l’information (CAI), Jennifer Stoddart, y allait de ses recommandations pour remédier à la situation. Elle prescrivait, entre autres choses, «de rendre l’information publique avant que le citoyen en fasse la demande»

En clair, un organisme public, selon Mme Stoddart, «devrait diffuser, sans attendre une demande d’accès, les politiques, manuels, directives et autres principes qui sont appliqués dans l’organisme, s’ils ont une influence directe sur les rapports qu’entretient l’État avec ses administrés».

C’est un souhait qui s’accompagne d’une autre inquiétude. L’article 37 de la Loi sur l’accès à l’information sert souvent de fondement pour refuser l’accès à un document. Dans le cas d’une information compromettante, la mesure législative prévoit un délai de rétention de dix ans. Question d’éviter la perte de pertinence de ces informations, la présidente de la CAI suggérait une réduction de ce délai à cinq ans.

Du rêve? C’est du moins ce qu’en croit Denis Saint-Martin, professeur en administration publique au département de science politique de l’Université de Montréal. «Il n’y a pas de ressources fixes par ministère pour la publication de l’information. En plus, il n’y a pas à Québec la volonté de numériser des documents d’années antérieures. Mais, encore plus inquiétant, il y a l’abandon du programme «Gestion intégrée des ressources»(GIRES), qui offrait des garanties claires en matière d’offre d’informations gouvernementales».

Abandonné le 30 septembre dans un contexte de compression gouvernementale, le programme GIRES consistait en un ambitieux programme issu du gouvernement du Parti québécois. D’une valeur initiale prévue de 80 millions en 1999, sa facture est finalement grimpée à près de 350 millions.

Ce qui a fait dire à la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérome-Forget «que le temps était venu de se concentrer sur la mise en place de solutions qui répondent aux besoins des citoyens et à la réelle capacité financière du gouvernement».

Pourtant, le projet GIRES, à son origine, était doté d’une vision en matière de diffusion d’information. Les recom-mandations du Secrétariat du Conseil du trésor remises à la ministre Jérome-Forget montrait que «GIRES devait assurer une fiabilité et une accessibilité en temps opportun à cette information [de l’utilisation des ressources financières et matérielles] et ce, en tenant compte de la protection des renseignements personnels».

Efficience ou transparence?

La seule garantie écrite dans le plan d’action du gouvernement libéral est «la mise sur pied d’un portail qui permettrait aux contribuables de traiter facilement et de façon transparente avec tout l’appareil gouvernemental». En abandonnant GIRES, c’est toute une vision en matière de diffusion de l’information gou-vernementale qui est à redéfinir.


LE DIPLÔME SANS LE PLÂTRE
Études pour professionnels de la santé
Caroline ROY

Puisque l’on espère vivre de plus en plus vieux, parce que la technologie médicale progresse à une vitesse folle, les connaissances exigées des professionnels de la santé ne cessent d’augmenter. Étudiants en ergothérapie, physiothérapie et audiologie, vous resterez sur les bancs d’école un an de plus ! Le temps d’une maîtrise ou même d’un doctorat...

LL’Association canadienne des ergothérapeutes a pris la décision de n’agréer que les programmes universitaires menant à l’obtention d’une maîtrise professionnelle en ergothérapie, et ce, à partir de 2008. Le Conseil canadien d’agrégation des programmes universitaires en physiothérapie a fait le même choix, mais pour l’année 2010. En ce qui concerne le programme d’audiologie, l’Association américaine des orthophonistes et audiologistes agrégera uniquement les programmes offrant un doctorat en audiologie dès 2012.

Pourquoi ces associations imposent-elles un prolongement des études dans ces domaines? «Ces disciplines ont tellement progressé au niveau des connaissances et des technologies qu’un simple baccalauréat ne suffit plus pour former des diplômés compétents», affirme Huguette Picard, directrice de l’en-seignement clinique pour le programme d’ergothérapie de l’Université de Montréal.

Nouveau programme

Pour le programme d’ergothérapie, l’UdeM a retenu un modèle de baccalauréat de 90 crédits en continuité avec une maîtrise professionnelle de 45 crédits. Micheline St-Jean, professeur agrégé en ergothérapie, explique que le modèle en est au stade de l’évaluation par la CREPUQ. «Nous attendons la visite des délégués de la CREPUQ qui doivent évaluer cet éventuel programme sur les lieux même de l’Université.»

Selon Carole Ricard, coordonnatrice des services de réadaptation physique au centre hospitalier Pierre-Boucher de Longueuil, en physiothérapie, les cours proposés à la maîtrise seraient principalement axés sur la gestion. «Puisque 50% des membres de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec travaillent en clinique privée, les nouveaux diplômés ont surtout besoin de plus de connaissances en administration et gestion de personnel.»

Du côté de l’audiologie, comme la maîtrise est déjà obligatoire, le Comité des études de l’école d’orthophonie et d’audiologie prévoit cette année se pencher sur le programme de doctorat. Il entend également presser l’UdeM d’élaborer un plan en ce sens.

Influence sur la pénurie actuelle

D’après Doris Saint-Pierre-Lafond, responsable du recrutement des professionnels en réadaptation pour le CHUM, «la seule objection de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec concernant l’imposition du doctorat aux futurs audiologistes a porté sur l’aggravation potentielle de la pénurie de main-d’oeuvre pour cette profession.»

Interrogée sur la réaction des étudiants concernant l’exigence future de la maîtrise, Myriam Fontaine, vice-présidente de l’Association étudiante de réadaptation, affirme que «la maîtrise obligatoire ne devrait pas décourager les futurs étudiants à s’inscrire. Actuellement le bacc en ergo et en physio est de 110 crédits. En ramenant ceux-ci à 90 crédits et en ajoutant 45 crédits pour la maîtrise, on allège le programme tout en ajoutant seulement 25 crédits de plus.» Elle ajoute que «le nouveau programme d’ergothérapie donnera une orientation plus spécialisée aux étudiants, soit en santé mentale ou physique.»

Mme Huguette Picard se fait aussi rassurante, «en choisissant une approche optimale dans la formation des professionnels de la santé, les diplômés seront plus autonomes lors de leur entrée sur le marché du travail. En étant mieux formés, ils pourront contrer les effets de la pénurie actuelle.» Malgré cette pénurie, l’UdeM ne prévoit pas augmenter le nombre d’étudiants admis dans les programmes de santé.

Pourtant, l’offre ne manque pas. Par exemple, en ergothérapie, 100 étudiants sont acceptés par année sur 600 demandes d’admission.

Les ressources financières actuelles de l’Université ne permettent pas une augmentation des admissions dans les programmes de santé. D’autant plus que le gouvernement n’annonce surtout pas de budget supplémentaire pour effectuer cette hausse.

Hausse salariale

Une autre préoccupation concerne les salaires éventuels des diplômés de deuxième cycle. Est-ce que le ministère de la Santé et des Services sociaux est prêt pour cette hausse salariale? D’après Françoise Rolin, présidente de l’Ordre des ergothérapeutes du Québec, «il faudra forcément augmenter les salaires. Dans l’échelle salariale, il existe un revenu pour un professionnel de la santé avec une maîtrise. Encore là, les employeurs voient d’un très mauvais oeil cette hausse de salaires.»

Bref, il faudra attendre la réponse du ministère visé sur cette augmentation prévisible des salaires; tout comme la solution pour contrer la pénurie...





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