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AMÉLIE QUI? La silhouette et l’attitude ont eu tôt fait de lui valoir de nombreuses comparaisons avec Amélie Poulain «à cause des cheveux et parce que je suis francophone», mais la bédéiste chanteuse se sent plutôt à l’étroit dans le costume taillé de toutes pièces par les journalistes. Agacée même, à la limite de l’énervement: «Je suis moi-même. J’aimerais pouvoir changer la vie des autres, mais je suis bien trop égocentrique pour ça». La comparaison lui pèse d’autant plus qu’elle n’est pas la première. «On me compare régulièrement à quelqu’un d’autre. Amélie Poulain revient assez souvent, Brigitte Fontaine et Cat Power pour la musique.» Pas de quoi rougir. Plus fort encore, la même personne lui reproche deux années de suite lors du salon d’Angoulême de «copier le travail de Julie Doucet». Elle n’en revient toujours pas. Nous non plus. Et pendant que le monde se démène pour trouver des éléments de comparaison, la jeune femme demeure insaisissable, brouille les pistes, à commencer par son nom deux fois modifié. Elle sera d’abord Fidel Castrée avant de retrouver son prénom une fois l’adolescence terminée. «Fidel Castrée, c’était comme ça, un peu pour la blague». Le sobriquet date de l’époque des premiers fanzines, celle du «pipi caca» dont nombre d’auteurs ont bien du mal à sortir dans le milieu de la BD montréalaise. Pour Geneviève la scatologie prend fin en même temps que le secondaire, date à laquelle elle décide d’arrêter ses études. «j’étais acceptée en Arts plastiques au Cégep du Vieux Montréal, mais je savais ce que je voulais et je le voulais sans attendre.» Elle a de quoi être pressée. C’est qu’elle attend depuis longtemps de pourvoir concrétiser son rêve, devenir bédéiste.«J’ai dessiné toute ma vie, avant même d’avoir 2 ans. À 11 ans j’ai décidé d’en faire mon métier. C’était pas le truc le plus populaire, mais il ne faut pas avoir peur de faire exactement ce dont tu as envie». En l’occurrence le changement est drastique: «à partir de là certaines personnes n’ont plus compris mes bd.» C’est justement parce qu’elle ne ressemble à personne que Geneviève Castrée éveille la curiosité. À des années lumières du travail de Julie Doucet, l’auteur de Lait frappé et Roulathèque aurait plutôt tendance à faire écho à l’univers de Simon Bossé (Intestine), avec lequel elle a déjà travaillé. Pas étonnant que tout ce petit monde ait pris les voiles avec l’oie de Cravan. Car la toute jeune femme se singularise par son approche poétique de la bande dessinée en faisant preuve d’une parfaite et spontanée maîtrise du langage du neuvième art. Le propos prend forme quelque part dans l’espace créé par la rencontre des mots et de l’image. Le résultat est bouleversant, qui navigue entre la candeur de l’enfance et les réalités plus sombres d’une femme aux prises avec les autres. C’est ce que Benoît Chapût, fondateur de l’Oie de Cravan, qualifie d’extraordinaire: «Je l’ai rencontrée lorsqu’elle avait 16 ans. Son travail n’était pas encore accompli. Deux ans plus tard, j’ai édité Lait frappé. Ça lui ressemble énormément. Ses deux livres sont à l’image de son univers intérieur et elle l’exprime de façon surréaliste.» Les quelques chanceux qui auront pu l’écouter chanter feront facilement le lien avec ses bd. «Étrange» et «unique» sont les mots qui on l’heure de revenir le plus souvent pour la décrire. Ce à quoi Benoît Chapût ajoute «Attentive et brillante» et, pour finir «friandise». Geneviève Castrée, elle, se définirait plutôt comme une hypersensible, avoue être nulle au jeu de la séduction et croit les fille plus manipulatrices que les hommes. “En amour on peut tellement profiter des gens, leur faire du mal. J’ai beaucoup d’amies qui ont leur propre façon d’obtenir n’importe quoi des garçons. Moi, je suis incapable de séduire dans un bar. Je suis très sensible aux choses qui m’entourent. Il existe énormément de variations dans la façon dont je me sens. Je me situe plutôt dans les extrêmes». Geneviève navigue constamment entre deux eaux, de Montréal à Vancouver (du «congélateur à la plage»), du français à l’anglais, le cœur ballotté entre la réalité et l’onirisme des tableaux qu’elle compose avec ses bd ou sa musique. Partagée mais plutôt heureuse, amoureuse aussi et prête à faire le grand saut. «Je ne pensais pas être capable de travailler avec quelqu’un. Faire suffisamment confiance pour lui permettre de rentrer dans ma bulle. Ça aussi c’est nouveau.» Nouveau comme son prochain album qui sort en janvier: Pamplemoussi, une oeuvre binaire, en musique et bande dessinée, toujours aux éditions l’Oie de Cravan. Une première. Geneviève Castrée a encore du mal à réaliser ce qui lui arrive. «Ça fait trois ans que je vis uniquement en vendant dessins et illustrations. Je me sens super riche, comme si on donnait de l’argent à quelqu’un d’autre pour qu’il aille travailler à ma place!». Trois ans qu’elle planche pourtant du matin au soir sur son île de la côte ouest parce que d’arrêter la met «de mauvaise humeur», trois ans qu’elle mature son nouvel album et qu’elle cherche de nouvelles pistes à explorer (à venir, un album en anglais). Trois ans et des poussières depuis le choc de Lait frappé et Roulathèque, et la certitude qu’on a toujours rien vu de si beau dans la bande dessinée québécoise. Geneviève Castrée n’a pas fini de nous étonner, à moins qu’elle ne soit, et c’est paraît-il très fréquent, égarée par les vents. Geneviève Castrée Lait frappé |
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