LE PRINCE, L'ÉNIGME ET L'AUTODAFÉ
Mikaëlle MONFORT

Cette semaine, Martin Auger, notre chroniqueur des «pays d’anglo», plus intéressé par les phénomènes paranormaux que par les révolutions de placards à balais de Buckhingham, nous parle de l’hôte du Loch Ness…

De toute façon, quand bien même Martin aurait souhaité nous entretenir des nouveaux déboires du prince Charles qu’il aurait été bien en peine de le faire. Si la presse à scandales britannique – que Martin évoquait dans sa première chronique – se délecte de rumeurs prêtant une aventure ancillaire mais masculine au Prince de Galles, elle ne peut en révéler les détails au public en raison d’une interdiction édictée par la Haute Cour de Londres.

Certes, les journaux européens du continent ne sont pas frappés par la même interdiction. Aussi ne se sont-ils pas privés d’évoquer «l’affaire Charles». Mais voilà que les distributeurs de ces journaux européens ont pris sur eux de les éliminer plutôt que de les placer dans les kiosques! Ainsi, les 7000 exemplaires du quotidien français Le Monde datés du 11novembre 2003 voyageant par Eurostar entre Paris et Londres ont-ils été interceptés et détruits à leur arrivée en sol britannique.

Au même moment, au Québec, une ordonnance de non-accessibilité et de non-publication empêchait les médias de révéler au public l’identité d’une princesse québécoise de la bicyclettequi se serait fait administrer de l’EPO par un médecin…

Certes, ces deux cas sont dérisoires. Dans l’un comme dans l’autre, les identités que l’on voudrait tenir secrètes sont en réalité connues de tous et la périphrase obligatoirement utilisée pour les désigner devient une figure de style amusante.

Ce qui est moins amusant en revanche, c’est de constater l’existence d’un nouveau bâillon possible pour la presse.

On savait déjà que l’autocensure avait depuis longtemps avantageusement remplacé la censure. On mesurait en outre à quel point l’emprise de groupes financiers avait une incidence sur le contenu éditorial et rédactionnel des organes de presse. Et voilà maintenant les ordonnances et injonctions de non-publication!

Ce contrôle sur le contenu de tous les journaux, cette bride tenue serrée qui remplace en Occident les censeurs gouvernementaux trop grossiers eu égard au degré de raffinement que nous avons atteint, voilà ce qui gêne!

Et la gêne du journaliste, c’est ça qui chasse le plaisir du lecteur, n’est-ce pas? Au sein des journaux étudiants, la règle n’est pas différente. On aimerait donc que leurs collaborateurs aient la latitude de s’exprimer autrement que par énigmes même si certaines d’entre elles -lorsqu’il s’agit de l’énigme Castrée par exemple- sont fort séduisantes. Si le mystère attaché à certaines personnalités ne peut jamais être totalement dissipé, le mystère entourant certaines pratiques doit en revanche pouvoir être levé... Et cela, sans que l’on ait pour autant à apprécier le raffinement nouveau de ceux qui en d’autres temps n’auraient pas hésité à allumer des autodafés...





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