TÊTE À TÊTE AVEC NESSIE
Les belles histoires des pays d'anglo
Martin AUGER – Correspondant au Royaume-Uni

En l’an 565 de notre ère, saint Columba, missionnaire irlandais prêchant en Écosse, aperçoit une immense créature sortant de l’eau, c’est le début de l’un des plus grands mystères de l’histoire de l’humanité. 1438 ans et plusieurs photos et témoignages plus tard, je rencontre Nessie en personne!

Malheureusement, ce n’est pas ce que vous croyez. En fait, la Nessie que j’ai rencontrée est Vanessa, jeune Écossaise de 28 ans. Chaque année, elle conduit des milliers de touristes à travers l’Écosse à bord de son minibus Nissan 16 places, de là son surnom.

Donner le nom d’un monstre à une jeune fille, jolie par surcroît, «quelle honte!» me direz-vous. C’est pourtant tout le contraire. Il faut dire que ce monstre, comme on l’appelle, est, selon la légende, une femelle fort sympathique. On la caricature d’ailleurs souvent avec de beaux yeux éclatants et un sourire charmeur.

Mais quelle est cette créature? Selon certains, il s’agirait d’un monstre marin venant de la Mer du Nord qui se rendrait au Loch Ness (mot gaélique signifiant lac du monstre) à l’aide de tunnels connectant les deux plans d’eau. D’autres croient que ce serait en fait un dinosaure qui serait le seul survivant de son espèce. Des scientifiques ont d’ailleurs établi des similitudes frappantes entre les descriptions données par les témoins et un squelette de cryptocleidus oxoniensis vieux de 70 millions d’années, exposé au Museum of Natural History de Londres.

Cependant, Nessie ne croit pas à ces hypothèses quelque peu farfelues. Elle, comme beaucoup d’Écossais, fait partie des sceptiques. Elle croit plutôt que la nature joue parfois des tours à ceux qui veulent trop y croire. Par exemple, le Loch Ness est peuplé de dauphins, de phoques et surtout d’anguilles. Ces dernières, grâce à l’eau semi-salée du lac, peuvent atteindre des dimensions anormalement grandes, de quoi tromper bien des touristes en quête de photos inédites. De plus, mettons une chose au clair une bonne fois pour toute. Astérix avait raison. En Grande-Bretagne, il y a du brouillard seulement lorsqu’il ne pleut pas, et l’Écosse ne fait pas exception. Il n’y a rien de mieux qu’un bon brouillard épais pour qu’un phoque debout sur un rocher ressemble tout à coup à une tête de monstre sortant de l’eau.

Nessie se divertit souvent en voyant des gens essayer de ratisser le fond de l’eau. Les pauvres, le lac est assez profond pour engloutir l’Empire State Building. Tellement profond qu’un cadavre s’immobilisera à une certaine profondeur sans jamais atteindre le fond. Elle rigole également en voyant un homme se faire assurer pour un million de livres (2.25 millions de dollars canadiens), si le monstre le dévore, ou en lisant dans un journal cette offre de récompense d’un million de livres à quiconque prouvera l’existence de la créature. Elle garde toutefois son sourire le plus moqueur pour certains touristes qui se plaignent de ne pas avoir vu le monstre. Comme quoi l’idiotie n’a pas de frontière.

Pour Nessie, l’Écosse est un petit coin de paradis qu’elle adore partager avec les étrangers. Avec ses montagnes à couper le souffle, ses nombreux lacs, son histoire riche en rebondissements et ses centaines de châteaux, les touristes en ont plus que pour leur argent. Bien entendu, on peut visiter deux musées du monstre, faire une croisière ou on vous promet la vérité à son propos, on vous vend même la Nessie Ale, sa bière officielle. Mais le tout se fait dans le respect de mère nature.

Cependant, elle ne se fait pas d’illusions, sans le monstre, le tourisme ne serait pas ce qu’il est présentement. Les photos sont une sorte de publicité gratuite pour la région. Après tout, est-ce que quelqu’un d’autre pourrait me nommer un autre lac ou une île en Ecosse?

Si vous lui demandez quel est sa plus grande peur, elle vous répondra que le monstre soit trouvé. Après tout, quel gâchis se serait de voir apparaître un à un les hôtels cinq étoiles, parc d’attractions et autres, pour ainsi brimer ce petit havre de paix où il fait si bon vivre.



GOOD MORNING BAGDAD!
Diplomatie culturelle au Moyen-Orient
Caroline ROY

Afin de contrebalancer l’augmentation du sentiment anti-américain dans le monde arabe, l’administration états-unienne opte pour une nouvelle conduite : la diplomatie culturelle. Station de radio, chaîne de télévision, publicité, tout est mis en œuvre pour conquérir ces populations ...

Lancé en juillet dernier dans les grandes villes du monde arabe, Hi Magazine est un mensuel arabophone financé par le Congrès américain... Avec un budget annuel estimé entre trois et quatre millions de dollars, Hi est édité à Washington sous le contrôle direct du département d’État qui relit tous les articles. Visant le public arabe des 18-35 ans, Hi veut leur ouvrir une fenêtre sur la culture américaine», comme l’indique le premier numéro du magazine. Christopher Ross, coordonnateur spécial de la diplomatie publique au département d’État américain, a déclaré au Washington Post que «Hi est un moyen de fonder à long terme des relations avec les individus qui seront dans l’avenir les leaders du monde arabe.»

Les chroniqueurs de différents journaux arabes ont accueilli avec ironie ce nouveau magazine: «un journal entièrement apolitique qui répond à des impératifs très politiques »; «pas un mot sur le conflit israélo-palestinien ni sur l’occupation de l’Irak». Le premier numéro du magazine abordait des sujets tels que l’escalade, l’amour à distance, le yoga, la poésie arabe, la musicienne Norah Jones et des commentaires positifs d’étudiants arabes sur les universités américaines. Partout, les rédacteurs du magazine invitent les lecteurs à donner leur avis. Pour Chris Toensing, éditeur du Middle East Report, «le style de dialogue préconisé par Hi Magazine est celui où l’essentiel, particulièrement les affaires politiques, est évité. Si le yoga et les histoires d’amour méritent une discussion, la politique étrangère américaine au Moyen-Orient n’obtient pas cet honneur.»

La diplomatie culturelle

Depuis le 11 septembre 2001, plusieurs politologues américains prônent un retour à la diplomatie culturelle pour améliorer leur image à l’étranger et assurer la sécurité nationale. Dans le dernier numéro du Foreign Affairs (novembre-décembre 2003), une diplomate américaine, Helena K. Finn, recommande cette stratégie qui a déjà fait ses preuves durant la Guerre froide. Selon Finn, l’administration américaine devrait augmenter les contacts entre la population arabe et les valeurs américaines. Ainsi, elle insiste sur l’importance des échanges culturels et scolaires, la formation des diplomates américains au Moyen-Orient et l’accès du public arabe à des institutions américaines.

Hi magazine semble une réponse de l’administration américaine à ce besoin d’utiliser la diplomatie culturelle au Moyen-Orient. Au début de l’année 2002, le département d’État a engagé une spécialiste en marketing de Madison Avenue, Charlotte Beers, qui devait élaborer une stratégie détaillée pour publiciser l’idéologie américaine dans le monde arabe à travers différents médias. Une radio américaine, Radio Sawa, existe dans presque tous les pays arabes depuis le printemps 2002. Bientôt, sera aussi créée une chaîne de télévision américaine en langue arabe, Metna, pour concurrencer principalement Al-Jazira.

Manque de popularité

Un journaliste du quotidien égyptien, Al-Ahram, a décrit Hi Magazine comme étant inutile «puisqu’il ne répond pas aux questions importantes concernant la présence américaine en Irak et la politique biaisée des États-Unis envers Israël. C’est trop naïf et superficiel pour bâtir des liens, même culturels. » D’après les vendeurs des kiosques à journaux, les jeunes arabes préfèrent acheter pour un prix similaire des cigarettes américaines que le Hi Magazine. Malgré une maquette moderne et des photos attrayantes, la revue demeure peu populaire. Pourquoi?

Pour Samir Saul, professeur agrégé au département d’histoire de l’Université de Montréal, «peu importe le contenu culturel du magazine, ça ne changera rien. La jeunesse arabe connaît la culture des États-Unis. Ce qu’elle n’accepte pas, c’est leur politique étrangère qu’elle juge anti-musulmane.» Il ajoute que la démarche reste trop superficielle «on ne résout pas un problème fondamental par un spectacle!» De son côté, Marie-Joëlle Zahar, professeur adjointe au département de science politique de l’Université de Montréal, explique que «pour la population arabe, les États-Unis ne jouent pas franc jeu. La jeunesse arabe connaît la culture américaine. Elle veut plutôt savoir pourquoi ce qui est acceptable pour Israël, ne l’est pas pour les États arabes.»

Pour ces deux spécialistes, ce qui irrite les populations arabes est l’imposition de la culture américaine à travers le monde grâce à des revenus énormes dépensés en marketing. Selon Mme Zahar, «l’approche doit être plus sophistiquée. Toute stratégie de diplomatie culturelle doit être à l’écoute des différences. Il faut comprendre pourquoi l’autre rechigne.» Interrogé sur une démarche diplomatique acceptable au Moyen-Orient, M. Saul croit que «la diplomatie culturelle axée sur la fraternité et le dialogue ne sera pas reconnue tant que la diplomatie politique proposera un dialogue impérialiste.» Bref, si la culture doit rester authentique, elle demeure inefficace pour camoufler des desseins politiques illégitimes.

À consulter : www.himag.com






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