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CONSIGNE OUBLIÉE À défaut de proposer quelques sous aux consommateurs soucieux de l’environnement, le gouvernement a choisi la voie de la collecte sélective. Selon le bilan 2002 de la gestion des matières résiduelles au Québec, la province récupère globalement 47% de ses matières recyclables et ce, en incluant tous les moyens possibles de recycler. Toutefois, la consigne parvient à elle seule à afficher un taux de récupération de 76% de tous les contenants qui affichent «Consigné Québec». Depuis son instauration, elle a récupéré 11 milliards de contenants. Aux dires de Recyc-Québec, l’organisme gouvernemental en charge du dossier, «l’habitude de la consigne est bien ancrée chez les Québécois depuis les années 1980». Pourquoi alors ne pas étendre le système à la nouvelle génération de contenants? «Le choix a été fait de privilégier la collecte sélective afin de répondre à la réalité québécoise. Ici, les dépanneurs et les épiceries ne veulent pas recueillir davantage de contenants consignés de la part des consommateurs. Si la consigne s’élargissait, ils subiraient des problèmes d’entreposage et ils ne veulent pas de ces frais supplémentaires. L’entente renouvelée limitant la portée du système de consigne voulait donc respecter cette volonté des détaillants de ne pas recevoir davantage de contenants», explique Johanne Riverin, vice-présidente aux communications de Recyc-Québec. La position réfractaire des commerces est très palpable à l’Association des détaillants en alimentation du Québec, qui regroupe tous les détaillants propriétaires et indépendants. Julie Gauthier, directrice des communications, exprime leur position. «Nos membres doivent composer avec le système de consigne. Ce que nous voudrions idéalement, c’est enlever totalement la consigne au Québec et la remplacer uniquement par la collecte sélective. Mais nous sentons que ce n’est pas possible. Alors nous avons décidé de nous rallier au gouvernement. “If you can’t beat them, join them”. Mais notre position reste claire : les détaillants ne veulent pas avoir à s’occuper d’autres contenants consignés.» Selon les données fournies par Recyc-Québec, les contenants à remplissage unique(CRU) inclus dans la loi sur la consigne, et que doivent conséquemment gérer les détaillants, sont au nombre de 1 300 000 par année. 90% de ces CRU sont des boissons gazeuses, le reste étant constitué de canettes de bières. Fait à noter, les bouteilles de bière en verre, un des seuls contenants à remplissage multiple présent sur le territoire québécois, n’est pas inclus dans ces données puisque leur gestion est laissée à l’industrie. «Tous nos calculs internes», explique Julie Gauthier, «nous disent que ce n’est pas rentable pour nous, le système de consigne. Nous perdons de l’argent dans la manutention, nous avons des problèmes de gestion et, surtout, d’entreposage. L’été, quand nous recevons beaucoup de caisses de bières, ça attire les mouches! Un exemple parmi tant d’autres des désagréments dont les détaillants souhaitent se départir». Sur le plan environnemental, elle soutient que l’abolition de la consigne favoriserait le financement de la collecte sélective. «Nous croyons que l’augmentation de la valeur de revente du contenu du bac vert, notamment avec tout l’aluminium qu’on y retrouverait, serait plus rentable.» La prolifération des Snapple et autres n’est pas sans causer de problèmes. «Les employés sont mal informés sur ce qui est consigné ou non. Le secteur des jus prend de l’expansion et il y a de plus en plus de produits qui restent de moins en moins longtemps sur les tablettes. En ce moment, il est impossible d’obtenir une liste mise à jour des contenants consignés au Québec. Si on veut être logique, il faut donc soit tout consigner pour éviter la confusion, soit tout abandonner. Nous penchons pour la deuxième option. Ce qui ne nous empêche pas de travailler avec les autres partenaires sur la solution retenue.» Les détaillants sont pourtant dédommagés pour les inconvénients. Ainsi, une des mesures incitatives consiste à remettre deux cents aux commerçants pour chaque unité qu’ils entreposent temporairement. Pas de réincarnation possible Alors que de nombreux pays européens (voir encadré) imposent la production des contenants à remplissages multiples(CRM), le Québec offre peu d’incitatifs en la matière. Johanne Riverin de Recyc-Québec confirme qu’il n’existe «à sa connaissance aucune mesure fiscale ou aucun avantage pour favoriser l’industrie du multiple. Il semblerait toutefois qu’économiquement, ce choix peut s’avérer rentable pour une compagnie.» Pour l’instant, seulement deux secteurs ont pris le virage multiple. La bière en bouteille, qui doit respecter un quotas précis de CRU (en limitant le nombre de canettes produites), et les bouteilles d’eau format 18 litres sont parmi les seuls contenants à bénéficier d’une seconde vie dans leur corps d’origine. La majorité des provinces canadiennes possède des systèmes de consigne, ce qui n’empêche pas l’Ontario et le Manitoba de n’en posséder aucun. À l’Île-du-Prince Édouard, aucun contenant à remplissage unique (CRU) n’est en circulation, la loi ne tolérant que les contenants à remplissages multiples (CRM). La province maritime rejoint davantage la philosophie européenne du pollueur-payeur. Sur le vieux continent, les CRM représentent 97% du marché. Des pays comme la Belgique, la Finlande, la Norvège ont mis sur pied une taxe verte pour limiter les CRU, alors que le Danemark les a strictement interdits. La consigne y est d’ailleurs plus généreuse, variant entre 15 et 35 cents. À l’autre bout de l’échelle, les États-Unis. Selon une étude de l’Association des brasseurs du Québec sur les systèmes présents dans le monde, durant les années 1950, près du trois quart des contenants étaient du type CRM chez nos voisins du Sud. En 2002, cette proportion avait chutée à 3%. Seul une poignée d’États ont instauré une consigne, comme New York et la Californie. À en croire le Container Recycling Institute, cette approche donne des résultats plutôt lamentables. Une première en 15 ans, le nombre de canettes éliminées est maintenant supérieur à celles récupérées. L’énergie perdue dans cette opération équivaut à la consommation de 16 millions de barils de pétrole, soit assez pour alimenter 2,7 millions de familles américaines pendant un an.
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