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FANNIE OLIVIER

En annonçant la conversion des bourses en prêts, alors que les étudiants étaient en vacances, le gouvernement libéral a tenté de passer en douce une politique plus que controversée. La mobilisation jeunesse qui se prépare pour la dénoncer prouve qu’il n’a fait que lancer une bombe à retardement. Boum.

C’est un scandale qu’on a chuchoté. On a laissé le chiffre tomber du bout des lèvres en regardant par terre : 100 millions.

100 millions, c’est le montant que le ministère de l’Éducation pige dès maintenant dans les poches des étudiants dans ce qui semble être un dégel caché des frais de scolarité. En augmentant de 72% le plafond des prêts de ce qui constituait autrefois des bourses, le gouvernement libéral tente de faire passer en douce une coupure controversée.

Le ministre de l’Éducation Pierre Reid avait fait cette annonce fin avril, la session d’hiver terminée, alors que les associations étudiantes, démobilisées, et les journaux étudiants, fermés, ne pouvaient prendre la parole pour dénoncer cette politique qui augmentera dramatiquement l’endettement étudiant. Le gouvernement espérait sans doute que la nouvelle s’évapore sous le soleil des vacances et qu’on n’y pense déjà plus à la rentrée. Or, les étudiants qui ont reçu le détail du calcul de l’aide financière et ont vu leur bourse s’envoler se sont fait rafraîchir la mémoire d’un seul coup. Et les associations étudiantes préparent désormais un véritable plan d’attaque.

Que le système d’éducation nécessite plus de fonds, d’accord. Le problème réside dans le choix de qui on fait payer pour régler la situation. Aucun débat n’a été favorisé. On a décidé sans tenir compte de l’avis de qui que ce soit que c’étaient les étudiants les plus pauvres qui devaient payer le prix des difficultés financières du système d’éducation. Une décision que Jean Charest, par ailleurs responsable des dossiers jeunesse au sein de son cabinet, a qualifiée de «choix équitable».

Comme ce sont nécessairement les étudiants les moins fortunés qui ont droit à l’aide financière, ils seront les premiers à assumer le poids des décisions du gouvernement libéral. Pire. Comme ils devront rembourser à la fin de leur études un montant qu’ils avaient estimé beaucoup moins important qu’il ne le sera, ce sont eux qui financeront le système d’éducation par les intérêts sur la dette. Les plus pauvres paient plus : logique.

Quand le ministre Reid s’exclame «ça ne change rien! Ça ne changera que lorsque viendra le temps de rencontrer les obligations des institutions financières! Les effets se feront sentir seulement une fois les études terminées», il n’a peut-être pas songé à l’effet dissuasif de sa politique. Visiblement aveuglé par les slogans «achetez maintenant, payez plus tard», il n’a peut-être pas pensé que certains choisiront de ne pas terminer leurs études, jugeant qu’ils n’en ont plus les moyens. Il avait peut-être oublié de lire les recommandations de ses propres comités-conseils qui rapportaient la décroissance de la fréquentation des jeunes moins fortunés dans les universités lorsque la Grande-Bretagne a pris de telles mesures par le passé.

Les dettes d’études ont augmenté de 76% en dix ans au Canada. La situation des étudiants québécois est depuis longtemps la meilleure au pays, mais la politique du gouvernement libéral changera probablement cet état de fait. À l’heure où au MEQ, on envisage de dégeler les frais de scolarité des étudiants étrangers qui paient déjà 8000 dollars de plus par année que les étudiants québécois, la question de l’accessibilité aux études se pose de plus en plus.

Le programme de remboursement proportionnel au revenu avec lequel le gouvernement rebat les oreilles des étudiants semble être le miel dans lequel on essaie de faire passer la pilule. Ce programme, qui devrait permettre au finissant qui éprouve des difficultés à trouver un emploi payant de rembourser sa dette à plus long terme, n’en est qu’au stade d’ébauche. Les étudiants ne se contenteront pas d’un embryon de projet.

Le désengagement de l’État en éducation menace le bien commun. La force d’une société réside en grande partie dans sa relève. Quand la relève entame la course avec un boulet de 100 millions de dollars en dette d’études de plus au pied, elle risque d’avoir de la difficulté à avancer.





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