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FRAUDE SUR DEUX ROUES Pourtant, depuis septembre 2003, l’exportation du café guinéen est interdite par voie terrestre. Tout doit passer par le port de Conakry. C’est la Société guinéenne d’exportation des produits agricoles et miniers (Sogepam), créée en octobre 2003, qui a désormais le monopole de l’exportation du café. Officiellement, ces mesures ont été prises pour lutter contre l’usure que pratiqueraient les commerçants sénégalais envers les producteurs et permettre le rapatriement des devises. Mais ces explications ne convainquent pas les Guinéens, car le président de cette société, El hadj Hamadou Sylla, de même que tous les actionnaires sont des proches du chef de l’État, Lansana Conté. Selon un rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, publié en avril 2004, le monopole exercé par cette société «a des conséquences désastreuses sur l’emploi rural». Pour les producteurs, tout est bon pour passer le café. Il traverse parfois la frontière dissimulé dans des camions de gros tonnage chargés de fruits. Fin avril-début mai, plusieurs véhicules ont été arrêtés à Gaoual à quelque 400 km de Conakry. Toute la cargaison a été saisie et les convoyeurs inculpés de malversation, de faux et usage de faux. Pour ne pas tomber dans les filets des services de sécurité, les contrebandiers changent régulièrement de tactique et d’itinéraires. Jusqu’à faire transporter ce café la nuit par des enfants, sur leur tête. La moitié de la production de café quitterait ainsi le pays en fraude. Sel contre café En fait, les producteurs continuent des échanges rodés depuis longtemps avec les pays voisins. Jusqu’à l’entrée en vigueur de cette mesure, le café était échangé contre le sel iodé du Sénégal, très demandé lors des cérémonies de mariage et de baptême. Ce sel continue à entrer par les frontières terrestres du nord du pays. Désormais, les camions repartent avec des fruits, mangues, oranges et avocats demandés sur le marché sénégalais. Le café continue aussi à sortir, mais en contrebande et se retrouve sur les marchés du Sénégal. La vente aux contrebandiers est avantageuse pour les producteurs : ceux-ci sont moins exigeants sur la qualité et le respect des normes sanitaires et ils payent plus cher que les collecteurs agréés du circuit officiel. Le prix officiel est de 1050 Fcfa guinéens le kilo (0,54 dollar) contre 1600 (0,82 dollar) chez les contrebandiers qui, en outre, payent souvent en Fcfa. C’est essentiellement l’État qui y perd car il ne perçoit aucune taxe sur ces ventes. Selon un douanier, il faudrait mieux réglementer l’exportation par voie terrestre plutôt que l’interdire. Le prix proposé par les collecteurs de la Sogepam n’étant guère attractif, seuls les planteurs qui se trouvent à proximité des grands axes bitumés placés sous l’œil vigilant des services de sécurité leur vendent leur production. Les autres narguent les collecteurs qui vont, selon eux, à l’encontre de leurs intérêts.
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