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POLITIQUE ÉTUDIANTE Pier-André Bouchard : La FEUQ sert à unir les associations étudiantes, à représenter les étudiants sur les enjeux de l’éducation. Les grands dossiers sont centrés sur la question de la contribution étudiante, sur les frais de scolarité, des prêts et bourses, le financement des universités, toute la question de l’autonomie des universités (par rapport au gouvernement). Et aussi des dossiers plus larges comme le logement, le transport en commun ou des dossiers qui touchent la jeunesse. Avec 170000 membres, nous sommes le groupe jeune indépendant le plus important au Québec. Et c’est un groupe qui fonctionne bien puisqu’en 15 ans, on a réussi à obtenir un certain nombre de gains. La Fédération a cette grande qualité d’être dynamique et pleine d’énergie, vu que ses officiers se renouvellent chaque année. Q. L. : Mais le renouvellement fréquent de l’exécutif n’est-il pas aussi un point faible pour l’organisation? P-A. B. : Oui, le renouvellement peut aussi être un point faible. Mais c’est là que devient important la culture institutionnelle, afin d’assurer la pérennité de la cohérence du discours au fil du temps et de toujours rester bien ancré dans les revendications étudiantes. D’autres points faibles : on pourrait avoir plus de moyens. Également, on reste des étudiants qui défendent les intérêts des étudiants. Aussi notre manque de présence sur les campus de manière fréquente. Cependant, chaque association membre est souveraine et c’est elle qui doit gérer les affaires propres aux campus universitaires. Q. L. : Vous avez claqué la porte du forum des générations. Malgré cela, vous avez accepté de faire partie d’un groupe de travail concernant les services éducatifs créés lors de ce forum. N’est-ce pas paradoxal d’une part et, d’autre part, aviez-vous consulté vos membres avant de prendre une telle décision? P-A. B. : Ce n’est paradoxal qu’en surface, puisque dans les deux cas le gouvernement n’avait pas les mêmes objectifs. Au Forum des générations, le but du gouvernement était en théorie de régler des enjeux à l’avantage des jeunes. Mais on s’est rendu compte que ce n’était pas vraiment la volonté du gouvernement. Ce forum était là uniquement dans un but de récupération politique, car il y avait un taux d’insatisfaction envers le gouvernement principalement parce qu’on lui reprochait de ne pas être à l’écoute. On a donc compris que d’aucune façon nous pouvions tirer quelque chose de ce forum. On ne voulait pas participer à cette grande opération de relations publiques et donc on est parti. Mais dans le cas du groupe de travail sur la qualité de l’enseignement, l’objectif du gouvernement n’est pas le même. Qui dit qualité, dit financement. Et quand on regarde les gens qui sont autour de la table de ce comité, il y en a pas mal qui sont pour le dégel des frais de scolarité. Il y a donc un risque de dérive vers l’augmentation des frais et par conséquent on est resté afin de défendre la cause étudiante. On agit plus comme chien de garde que pour espérer quoi que ce soit pour ce comité-là. Et cette décision-là n’a pas été faite sans consulter les membres, puisque nous en avions discuté en comité stratégique au mois d’octobre, après le Forum des générations. Q. L. : Quelle est la stratégie concrète adoptée par la FEUQ pour obtenir des gains pour les étudiants? P-A. B. : Il n’y a pas de recette magique. D’abord il faut mentionner l’importance du contexte. C’est-à-dire qu’il nous faut observer la «patinoire» où les acteurs sociaux comme les centrales syndicales, le gouvernement et les autres groupes évoluent. Et cette observation est très importante, car cela va avoir des répercussions sur notre discours ou notre position en terme de visibilité médiatique et en terme de priorité dans les dossiers gouvernementaux. On a une force d’influence à travers ça, mais il faut s’adapter en fonction de cette circulation d’acteurs sociaux. Et c’est pour cela qu’il faut une Fédération, afin de scruter justement ce contexte (en appelant les centrales syndicales, en appelant au gouvernement…) dans lequel on va pouvoir formuler nos revendications. Ça c’est l’analyse stratégique politique. Ensuite, tout dépend de la position du gouvernement. Mais notre rôle est bien sûr de les influencer. D’abord le gouvernement cherche à se faire réélire, donc on montre d’abord que la FEUQ a un poids électoral. On cherche ensuite à influencer le gouvernement par le biais des députés. On a pour tâche ensuite de sensibiliser la population par les médias. Enfin, on influence également les ministres. Dans le cas des prêts et bourses, par exemple, il y a une division on le sent et donc on cherche à l’exploiter. Q. L. : Comment se fait la consultation avec vos membres? P-A. B. : De plusieurs façons. D’abord par nos instances comme le Congrès. Il y en a environ de cinq à six par année en plus d’une Assemblée générale. De plus, à la suite des Congrès, il y a la mise en place de comités ou groupes de travail fait avec la participation des membres afin de réfléchir sur des points plus particuliers ou bien pour développer des enjeux stratégiques et politiques. Par exemple sur le remboursement proportionnel au revenu. Sinon on peut aussi venir directement consulter les membres à leurs universités. On en profite alors aussi pour discuter de dossiers parallèles. Ou alors cela se fait par le biais de consultation écrite (comme des sondages). C’est ce que nous avons fait dans le dossier des prêts et bourses par exemple. Q. L. : Beaucoup d’étudiants ne connaissent pas la FEUQ. En êtes-vous conscients? P-A. B. : Oui on est en conscients. Cela fait partie de nos choix déchirants au Comité exécutif. Mais on se demande ce qui est le plus important. Qu’on réussisse à changer la condition des étudiants et qu’ils ne sachent pas que nous sommes à l’origine de ces changements en partie du moins. Ou bien qu’on mette moins de temps à s’assurer qu’on change la condition étudiante, mais qu’ils le sachent. Et nous préférons le premier cas de figure. L’argent investi ne doit pas seulement servir à mieux faire connaître la Fédération, mais surtout à faire un travail effectif à l’externe. On se repose aussi sur les associations étudiantes pour qu’ils fassent la promotion de la Fédération dans leur université. Mais, c’est certain que si on avait plus de moyens, on pourrait faire plus dans ce sens. Q. L. : Sur le dossier des 103 millions, le gouvernement n’a pas changé sa position. Quelles sont les actions que vous allez mettre en place dans les mois qui suivent? P-A. B. : Le gouvernement du Québec est en position de faiblesse par rapport à ce dossier-là. Il maintient la ligne dure, mais les trois-quarts du Québec sont contre les coupures, les éditorialistes se positionnent contre lui. Et selon nous, l’argent est là. Par exemple Charest est allé chercher de l’argent à Ottawa pour la santé, de même que des sommes prévues à la péréquation. Et ce sont des sommes d’argent qui sont prévues et qui ne sont pas encore dépensées. Il y a aussi une hausse des transferts relatifs au programme canadien des prêts étudiants. C’est juste une question de choix politique. Et quand on regarde l’annonce des RPR (remboursement proportionnel au revenu) et que le gouvernement dit qu’il va y avoir d’autres annonces dans l’Aide financière aux études, et ça, ça veut dire que le gouvernement est en faiblesse et qu’il veut satisfaire à une situation problématique. Et les libéraux sont divisés entre eux sur cette question. Ce qui caractérise le plan d’action de cet hiver c’est la «tension sociale». Les associations étudiantes nous ont donné le mandat de hausser le ton par différents moyens de pression, notamment en nous adressant directement aux députés. On va s’assurer qu’ils sont bien au fait de la grogne étudiante. Certaines associations étudiantes sont mandatées pour appeler directement les députés tous les jours durant un certain nombre de jours. D’autres actions sont prévues: on s’attend par exemple à bloquer des lieux stratégiques. Q. L. : Au dernier Congrès du Parti libéral, il y a eu une proposition faite par l’Aile jeunesse de réinvestir massivement dans l’éducation qui a été votée. Quelle est votre réaction par rapport à cet événement? P-A. B. : C’est clair que la Commission jeunesse sur ce sujet a laissé tomber les jeunes. Elle a préféré troquer ses revendications pour sa position dans le Parti. Et donc l’exécutif a préféré accepter l’amendement sans consulter ses militants, dont beaucoup étaient présents pour régler la question des 103 millions. Ensuite, la logique de parti a fait que les gens ont voté pour la proposition amendée. Et certains militants n’ont pas vu qu’ils se sont fait avoir. La Commission jeunesse avait l’appui de tout le monde, mais malgré cela, elle s’est couchée devant le gouvernement. Investir «massivement» dans l’éducation ça donne au gouvernement toute la marge de manœuvre pour faire ce qu’il veut. Q. L. : Beaucoup d’anciens de la FEUQ sont maintenant dans la politique et notamment au Parti québécois. Est-ce que la FEUQ n’est pas aussi une école de la politique? P-A. B. : C’est clair que la FEUQ est une école de politique. On développe un sens politique, une analyse et aussi des contacts au sein des acteurs sociaux comme les partis politiques par exemple. C’est sûr qu’il y a d’anciens militants qui sont dans le Parti québécois mais il y en a aussi dans le Parti libéral et aussi à l’ADQ et aussi dans les partis plus minoritaires ou au fédéral. Le lien avec le Parti québécois s’est entretenu, je pense, surtout dans les années 1990, quand il y avait un mandat souverainiste. Ce mandat n’est plus là maintenant. Et je pense que cela n’est plus présent. C’est sûr qu’il y a des gens qui ont des affinités politiques, mais c’est très hétéroclite. Q. L. : Mais la possibilité de promotion pour les anciens membres de la FEUQ ne vous rend-elle pas plus carriériste? P-A. B. : Non, absolument pas. Je peux vous garantir que si cette option-là était le moindrement présente au sein de la FEUQ, et que l’intérêt personnel primerait avant tout, les officiers ne resteraient pas longtemps. Q. L. : Pourquoi la FEUQ ne se bat-elle pas pour la gratuité scolaire? P-A. B. : Notre position est le compromis entre la réalité actuelle et le fait qu’il y a un financement accru qui doit se faire auprès des universités. Dans un monde idéal ou la taxation se ferait de manière adéquate auprès des entreprises et des riches, là ça serait une autre question. C’est la différence qu’il y a entre l’idéologie et le côté pragmatique du début. Q. L. : Pourquoi n’adoptez-vous pas une position de dégel des frais de scolarité tout en revendiquant l’amélioration du système des prêts et bourses, afin qu’il soit bénéfique aux plus démunis? P-A B. : C’est toujours dangereux de faire de la grande théorie sur la meilleure position. Car dans les faits, il faut regarder les positions du gouvernement. Actuellement, il est pour la baisse des impôts, et n’a pas l’air d’avoir l’intention de réinvestir dans l’éducation. Si on amène une théorie qui a l’air de tenir, la dynamique politique du gouvernement va transformer ce discours-là et l’amener dans le sens de l’agenda gouvernemental. Rien ne nous dit que ce deal entre dégel et réinvestissement est garanti. D’où l’importance de l’analyse de la dynamique du gouvernement. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en 1989. Le gouvernement voulait un dégel et en même temps réinvestir dans les prêts et bourses et dans les universités. Mais au final, il a baissé ses impôts et il a coupé dans les universités. Tout le monde a été perdant : universités et étudiants. |
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