CULTURE DOUBLE
Hyacinthe Combary
Charles MATHON

Jeune documentariste ouvert à la fiction, Hyacinthe Combary commence à faire sa place au Québec et en Afrique. Réalisateur et caméraman, son petit studio à Montréal ne l’empêche pas d’être créatif et actif dans ses multiples projets. Une recherche à la fois personnelle et universelle qui pour l’instant l’a déjà mené jusqu’à Wemotaci dans le Nord du Québec.

Hyacinthe Combary, jeune cinéaste passionné, commence sa formation dans son pays d’origine, le Burkina Faso. Il entre dans la première école de cinéma africaine au Centre Audiovisuel Diocèse de Fada. Puis, ses études terminées, il devient caméraman à la télévision nationale. Son goût de l’aventure le mène à Montréal en 1999. Il collabore, peu après son arrivée, au célèbre film québécois La moitié gauche du frigo de Philippe Falardeau. Mais c’est à travers sa rencontre avec les autochtones du Nord qu’il dit découvrir le Canada. «En 2001, j’ai eu la chance de tenir la caméra dans la série Finding Our Talk I & II, produite par Nutak Média, premier réseau de télévision autochtone. Cette rencontre m’a complètement désillusionnée sur ce que je pensais à propos du Canada avant d’émigrer.» Son goût pour la réalisation n’est venu que pour pouvoir créer, pour rester indépendant. Indépendance qu’il a depuis peu d’ailleurs. Car il lui parait plus important de rechercher, d’aller toucher les choses. Grâce à cette série, il part à la rencontre des communautés autochtones. C’est pour lui un choc et une révélation qui le poussent à réfléchir sur lui-même, sur son identité. «Je me suis aperçu que ces gens vivaient les mêmes problèmes que les habitants de mon village.» Hyacinthe Combary poursuit sa «recherche» grâce au concours Nouveaux regards de l’Office National du Film du Canada (ONF) qui a lieu en 2003. Il remporte le premier prix et fait partie de la deuxième promotion. «L’ONF est une bonne plate-forme pour se lancer, car ce n’est pas toujours facile de se faire une place dans le milieu. C’est toujours une bataille. Surtout quand on fait partie d’une “minorité”.» Et c’est avec talent qu’il a su profiter de toute la formation et du budget qui lui ont été accordés. «Cela m’a permis de me préoccuper entièrement de la création, l’O.N.F m’a accompagné pour l’aboutissement de mon projet.»

HISTOIRE DE SABLE 

Il réalise alors son documentaire Histoire de sable, qui fait un parallèle entre les Attikamekw de Wemotaci et les Gourmantché du Burkina Faso. Deux communautés qui doivent faire face à la modernité et se battre pour sauvegarder leur culture. Un thème original à première vue, et pourtant, pendant le film, on ne s’aperçoit pas de la différence des cultures. Chaque visage n’est plus noir ou blanc, le réalisateur nous emmène au-delà de cette barrière. Vient alors cette question d’identité que se posent en même temps les deux cultures, cette «aventure ambiguë» que Cheik Hamidou Kane narrait à travers la figure de Samba Diallo. Comment ne pas se perdre ou «ne pas se déshumaniser?» Phrase qui revient tout au long du film. C’est une question personnelle pour Hyacinthe Combary. «Je me demande toujours ce que je serais devenu si j’étais resté dans mon village, comme me l’avait prédit le conteur de sable, quand j’avais huit ans.» Ce rapprochement géographique transpose aussi la question au niveau de l’humanité. «La question est la même pour tous les peuples de la terre.» C’est ainsi qu’un jeune chaman venu depuis la Patagonie rend visite aux Attikamekw pendant le tournage. Pour Combary, cet imprévu représente toute la «complexité» du documentaire par rapport à la fiction. «C’est ça la magie, tout peut arriver, on ne peut pas décider à l’avance comment cela va se dérouler. C’est spontané. Je pense aussi que l’art du documentaire peut beaucoup apporter à l’Afrique. Il y occupe déjà une place importante.» Il remarque tout de même des différences entre ces deux cultures. «Chez moi, la tradition, même si elle est menacée, perdure tant bien que mal. Alors que chez les Attikamekw, les hommes qui s’occupent de la future génération ont été privés de leur culture. Le gros problème est celui de la médiation avec les anciens. Ce qui fait que le lien n’est pas fait et que les plus jeunes se retrouvent perdus. Le pire, c’est qu’ils se retrouvent marginalisés par la société qui les rejette complètement.»

CINÉMA AFRICAIN : FILMER SES PROPRES IMAGES

Le problème particulier des jeunes a influencé son désir de faire partager son savoir. À l’occasion du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), Hyacinthe Combary a l’idée d’un concours adressé aux jeunes épris de cinéma. Il raconte avec passion son projet : «Nous avons imaginé un concours destiné aux jeunes de 18 à 25 ans. Nous avons transporté le concept du Concours Blitz de Montréal, auquel j’avais participé, qui consiste à donner un thème et à laisser 48 h pour réaliser un court-métrage. Ici, nous leur donnerons 72h. Huit équipes seront sélectionnées, dont cinq de Ouagadougou. Nous leur donnerons aussi tout le matériel nécessaire ainsi qu’une petite formation. À l’arrivée, les meilleurs films seront projetés dans la région ainsi qu’au Mali.»

Visionnaire, Hyacinte Combary ne s’arrête pas là, il veut étendre ce projet dans toutes les régions aux alentours comme le Sénégal, le Mali et même le Maroc. Opération qui permettra sûrement de repérer de futurs cinéastes africains. Pour lui, l’Afrique manque seulement d’infrastructures qui permettraient au cinéma de devenir réellement professionnel. «Quand vous allez sur un tournage africain, tous les corps de métier ne sont pas représentés. C’est pour ça qu’il faut apporter la formation. Il n’y a que la finition qui manque. C’est pour moi une bataille collective qui doit engager tout le monde et, bien sûr, une affaire personnelle. Dans le contenu aussi, il faudrait que l’Afrique apprenne à regarder ses propres images.» Le festival Fespaco qui aura lieu du 26 février au 5 mars aura pour thème : Formations et enjeux de la professionnalisation.

Histoire de sable y sera d’ailleurs en compétition officielle, ce qui est pour Hyacinthe Combary déjà «un grand honneur». Bien que son parcours n’ait pas été facile, le rire et l’enthousiasme de Hyacinthe Combary font penser que son aventure ne fait que commencer. Le chemin déjà parcouru par Histoire de sable, qui a remporté une mention au Festival Vues d’Afrique de Montréal en 2004, va se poursuivre en Afrique de l’Ouest.

Le cinéaste tente de faire venir Charles Coucou à Ouagadougou, un chef Attikamekw de son documentaire. Ne serait-ce pas la plus belle récompense qu’il accepte de venir rencontrer les Gourmantché? Hyacinthe Combary continuera sûrement cette quête «en s’attachant dans une suite plus au côté africain, ou pourquoi pas en Patagonie pour rencontrer le jeune chaman?» Restant ouvert à toutes les possibilités de création et de réflexion, il ne reste pas fixé sur ce thème. Il rentre d’un reportage en Haïti. «Nous avons filmé le retour d’un jeune garçon après le départ d’Aristide.» Ce programme sera bientôt diffusé au petit écran. L’un de ses autres projets porte sur son voisin, André St-Cyr, célèbre artiste sculpteur plasticien de Montréal. «Son atelier ressemble déjà à un décor de cinéma. J’ai envie de le suivre et de découvrir tout son processus de création. Ce sera sûrement passionnant!» achève Hyacinthe Combary.





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