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RAPPEUR POÈTE À chaque parole prononcée, Séba ne peut s’empêcher de parler avec les mains. C’est dans le flux de ses paroles qu’il semble trouver son inspiration. Sa qualité de rappeur est pour lui la plus importante. «Je me considère réellement comme un rappeur. J’ai commencé dans les années 1980 à faire du vieux old school. Et aussi dans les soirées de poésie. Ma première passion est celle des mots. Maintenant j’écoute peu de rap à part les groupes underground comme Themselves ou TTC. Et encore ce n’est pas réellement du rap.» C’est la poésie qui l’a mené vers le rap. «J’allais dans des soirées de poésie très conventionnelles et j’ai commencé à rapper parce que cela me venait naturellement.» C’est d’ailleurs grâce à l’émission d’Eric Roger «Spoken word» sur CISM qu’il a commencé à se faire connaître. UN RAP INNOVANT Malgré son côté punk que lui donne sa houppette sur le devant, Séba se considère comme un autodidacte amoureux de la culture et plus précisément de la culture québécoise. «C’est en commençant à rapper que je me suis rendu compte que je ne pouvais pas utiliser un accent français pour pouvoir parler aux québécois, ce n’était pas ma culture.» Il décide de s’en aller du coté opposé de la vague française qui déferlait sur Montréal en se réappropriant la culture québécoise. «Je suis allé chercher des vieux dictionnaires de langues québécoises et je me suis rendu compte de la richesse des expressions. J’ai décidé de promouvoir notre culture québécoise.» Et peu importe qu’on ne comprenne pas chaque mot. Comme le fameux américain Cypress Hill, la sonorité rentre en compte dans le traitement des mots. «Je suis allé en France au Printemps de Bourges en 2004. Même si peu de personnes comprenaient ce que je leur racontais, elles appréciaient mon rap et l’ont trouvé intéressant.» Séba se veut l’instigateur d’un nouveau rap en marge des MC classiques qui roulent en grosses voitures accompagnées de femmes qui les adulent. Un monde irréel et mythique. Pour Séba, «le rap est un véhicule qui permet de faire passer des idées». Il tente la comparaison avec un de ses grands maîtres, Robert Charlebois. «Je me compare souvent à lui, car je me dis que, s’il avait commencé sa carrière à notre époque, je suis sûr qu’il ferait du rap maintenant». La musique n’est donc plus une esthétique. Mais elle n’est pas non plus politique comme celle des «Loco Locass». «Je ne fais pas de politique. Mes causes sont plus artistiques. On pourrait dire que j’essaie de pratiquer une politique culturelle», ajoute ce féru de théâtre. Ainsi, lors de ses représentations, ce jeune autodidacte n’hésite pas à s’inspirer de son bagage culturel. «Pendant cinq ans, j’allais voir des pièces de théâtre cinq fois par semaine. J’ai vu tout ce qui se faisait à Montréal.» Il a d’ailleurs le projet d’une pièce de théâtre en rap. «Toutes les chansons seront rappées, et elles pourront être prises séparément. J’ai pratiquement terminé ce projet et j’ai hâte que cela se réalise.» Séba est aussi un fan du cinéma allemand «Schaubüne» des années 1970. Il compte d’ailleurs un jour voyager en Allemagne pour s’inspirer de la verve des rappeurs locaux. La spécificité de ce rappeur réside dans le fait qu’il est francophone et que son travail l’est aussi. Ainsi, la chanson L’art de la fellation, où rappe Séba sur la musique de Ghislain Poirier, musicien montréalais (musique électronique), est diffusée dans les bars dance anglophones. Séba explique le succès de ce titre. «Ghislain Poirier avait été contacté par le groupe Chocolate industries de Chicago. Il a insisté pour que je vienne rapper en français dans un titre. Le côté francophone est très important pour nous.» C’est toute cette technique du personnage théâtral qu’il tente d’introduire dans ses chansons et ses spectacles. «Les textes de mes chansons parlent souvent d’un personnage. Par exemple la chanson Le gros parle d’un obèse qui tente de maigrir et qui va tous les jours dans un fast- food.» Tous ces personnages sont investis par Séba sur scène. Il n’hésite pas à se déguiser pour expliciter les personnages. «Cela permet une connivence avec le public. Le rappeur est aussi là pour faire danser les gens. Les faire rire. Au Québec, les humoristes sont les artistes les plus en vogue. Il faut retrouver le coté folklorique de la culture québécoise.» Son envie d’un public éclectique va même jusqu’à rechercher le public des Cowboys fringants, maîtres de la danse et du folklore québécois. UN MÉLANGE DéTONNANT Fort de ses collaborations multiples avec Ghislain Poirier, Diverse, Rdj2, TTC et Loco Locass, Séba démarre une nouvelle aventure avec Sucreté. Accompagnés par le claviériste de Lhassa, Vander, ils créent il y a quelques mois le groupe Gatineau où Séba compte pouvoir faire vivre son «monde parallèle». «Nous allons traiter le rap sous un angle musical avec un son vieux comme celui de Pink Floyd.» Le spectacle comprendra bien sûr toute l’énergie de Séba qui ne reste pas planté devant son micro. Vous le reconnaîtrez peut-être grâce à son «chandail de hockey des Canadiens» ou l’un de ses nombreux costumes. La première représentation de Gatineau aura lieu le 28 février à 20 h au Lion d’Or à l’occasion du festival Francouvertes. |
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