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| LE COMBAT CONTINUE Grève étudiante Aymen ROMDHANI Après l’appel à la grève lancé par la Coalition de l’ASSÉ élargie (CASSÉÉ) puis la Fédération collégiale (FECQ), c’est au tour de la Fédération universitaire (FEUQ) et de la FAÉCUM d’encourager ses membres à déclencher la grève générale illimitée. Pas loin de 100 000 étudiants pourraient être en grève d’ici la mi-mars. Forte de ses 170 000 membres, la Fédération des étudiants universitaires du Québec (FEUQ) a démontré de nouveau sa détermination dans le dossier de l’aide financière aux études. Le Quartier Libre a appris que la FEUQ appellera le mardi 8 mars, lors d’une conférence de presse, ses 19 associations membres à intensifier les moyens de pression et à déclencher la grève générale illimitée. L’Association des étudiantes et étudiants du secteur de l’éducation (ADEESE-UQÀM), membre de la FEUQ, a été l’une des premières associations à partir le bal de la grève depuis le 24 février, pour la reconduire de nouveau cette semaine jusqu’au 10 mars. «La grève est une première pour notre Association, ce qui témoigne bien du mécontentement quant à la coupure de 103 millions. Les étudiants et étudiantes, qui ont voté à plus de 80% pour la grève, sont très motivés et prêts à continuer les moyens de pression», a déclaré Catherine Pache-Hébert, présidente de l’ADEESE.La Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) presse également ses associations départementales membres à rejoindre les étudiants déjà en grève. Plus d’une dizaine d’associations modulaires détiennent déjà un mandat de grève générale illimitée et plusieurs autres consulteront très prochainement leurs membres. Plus de 12 000 étudiants de l’Université de Montréal seront donc en grève d’ici le 15 mars. Plusieurs rencontres ont déjà eu lieu entre la FAÉCUM, le syndicat des professeurs et le rectorat afin d’organiser et planifier la grève au sein de l’établissement. À la suite d’un référendum positif, l’Association des étudiants du secteur des sciences de l’UQÀM (AESS-UQÀM), également membre de la FEUQ, sera en grève illimitée à partir du 9 mars. «Le processus a été lent, mais le résultat est sans équivoque : les étudiants sont en colère et ils veulent que le dossier avance!» scandait l’un des militants après l’annonce des résultats. Mouvement national Les universitaires membres de la FEUQ rejoindront ainsi les cégépiens membres de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), qui comptent déjà un grand nombre de grévistes parmi ses 60 000 membres. Des votes se tiendront dans 13 des 18 cégeps affiliés. «La grève est devenue incontournable en raison de l’obstination gouvernementale dans le dossier des coupures de 103 millions en bourses aux étudiants les plus pauvres du Québec», affirme Julie Bouchard, présidente de la FECQ. «Le moment est venu, pour tous les étudiants du Québec, d’exprimer clairement au gouvernement leur opposition ferme face à cette décision injuste, irresponsable et totalement dénuée de sens», selon elle. Rappelons que près de 40 000 étudiants regroupés autour de la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSÉE) sont en grève depuis le 24 février. Trois associations facultaires de l’UQÀM, des associations modulaires de l’Université de Montréal et plusieurs cégeps composent cette nouvelle formation. Manifestations et moyens de pression «Les deux prochaines semaines risquent d’être très occupées. Des événements et des actions vont avoir lieu quasiment tous les jours», révèle Pierre-Alain Benoît, secrétaire-général de la FAÉCUM. «Déjà, le 24 février dernier, des centaines d’étudiants ont envahi la place Victoria pour rappeler au ministre des Finances, Michel Audet, les déclarations de son prédécesseur concernant le budget et la possibilité de régler le conflit.» Ce 24 février également, les étudiants membres de la CASSÉÉ sont sortis dans les rues de Montréal, bravant l Guerre des clochers Même si la plupart des représentants étudiants s’accordent pour dire que la grève générale illimitée est un moyen approprié et nécessaire, les revendications divisent le mouvement étudiant. En effet, après hésitation, la FEUQ a confirmé dernièrement que sa revendication principale concernait «la réduction du plafond de prêt de 103 millions pour le prochain budget.» La CASSÉÉ réclame également l’abolition de la récente réforme dans le système des prêts et bourses, mais aussi avance une revendication plus radicale : l’éradication de l’endettement étudiant dans une perspective de gratuité scolaire. Cette division est encore plus marquée lors des manifestations de la Coalition, comme à la porte du Cégep du Vieux-Montréal, où les plus grandes affiches et banderoles annoncent : «La FECQ et la FEUQ ne représentent pas les étudiants en grève». Cette situation crée une grande tension au sein du mouvement étudiant. «La grève n’appartient à aucune coalition, mais bien aux étudiants», affirme Pier-André Bouchard, président de la FEUQ, qui ajoute que «l’urgence est de récupérer les 103 millions.» Voix discordantes Même si le mouvement de grève rassemble des étudiants déterminés de plusieurs régions de la province, de nombreuses institutions scolaires restent réticentes à la mobilisation nationale. Les grévistes de la capitale seront très peu nombreux. En effet, même si quelques associations modulaires de l’Université Laval se prononceront bientôt sur la question, tous les cégeps de Québec se sont prononcés contre la grève. «Difficile de savoir quelles sont les raisons de cette différence par rapport au mouvement de grève national. Cependant, à Québec, la mobilisation pour la campagne des prêts et bourses a été moins forte, probablement moins efficace», explique Olivier Cournoyer-Boutin, président de la Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL). À l’École polytechnique de Montréal, la décision de ne pas aller en grève a été celle du conseil d’administration de l’Association étudiante de polytechnique (AEP) et non des étudiants. Sur le site Internet de l’AEP, il est possible de lire la résolution, votée à l’unanimité, qui stipule que «L’AEP ne désire pas effectuer les démarches afin de tenir un vote de grève générale illimitée sur le dossier de l’aide financière aux études.» À l’Association de physique de l’Université de Montréal (PHYSUM), la grève semble soulever beaucoup de débats. Leur troisième assemblée générale sur la question de la grève aura lieu le 11 mars et les discussions risquent d’y être aussi enflammées. Cette opposition au mouvement de grève reste, selon les représentants de la CASSÉE, «marginale et laisse transparaître une attitude nombriliste et égoïste. Notre combat est également pour les générations futures qui devront subir les conséquences de cet endettement étudiant. Avant tout, l’éducation est un investissement pour la société», ajoute Marc Joncas, membre du comité de négociation de la CASSÉÉ. Depuis maintenant plusieurs semaines, au fil des assemblées générales et des référendums, les mandats de grève s’accumulent et la colère des étudiants est toujours aussi forte. Mais selon plusieurs, la grève, étudiante s’entend, ne serait pas légitime. Ici ce n’est pas le motif qui dérange, mais le droit. C’est d’ailleurs l’avis exposé dans un article d’opinion paru dans Le Soleil du 2 mars dernier. Selon l’auteur, les étudiants ne peuvent faire la grève. Pourquoi? Parce qu’ils ne travaillent pas, ils étudient, alors que la définition du dictionnaire précise bien que la grève est «la cessation volontaire et collective du travail, décidée par les salariés.» Même si le mot «grève» fait d’abord référence au monde du travail concernant des salariés, un petit coup d’œil à la seconde définition du dictionnaire peut nous en dire plus : «arrêt volontaire et collectif d’une activité, par revendication ou protestation» (Petit Robert). Sémantiquement parlant, les étudiants peuvent fort bien faire grève. Tout comme le droit de manifester, ici au Québec, la grève est un droit reconnu par lequel la population exprime son désaccord en faisant directement pression sur le système. Un dur moyen de protester? Ce n’est pas faute d’avoir recouru à d’autres moyens les mois derniers (comme envoyer des lettres aux députés, manifester, etc.). Donc la grève serait plus légitime pour les travailleurs que pour les étudiants. Pourquoi deux poids, deux mesures ici? Tout simplement à cause de l’image bien ancrée de l’étudiant gâté, qui vit grassement aux dépens de l’État. Une vision complètement biaisée de la réalité étudiante et de l’utilité pour la société d’investir dans l’éducation. D’abord, comme si tous les étudiants avaient le droit à l’aide financière. Vivre sur les prêts et bourses, ce n’est pas du luxe : c’est être pris bien souvent dans le cercle vicieux de l’endettement : s’endetter, compléter en se trouvant un job, travailler plus, entraînant par conséquent une réduction de l’aide financière, moins étudier, et donc travailler… Il faut crever l’abcès : la pauvreté étudiante existe, quoi qu’en disent les politiciens du haut de leur tour d’ivoire. Entretenir Mais une grève étudiante peut-elle vraiment permettre d’obtenir gain de cause? Contrairement aux salariés qui cessent de travailler, menacent directement l’entreprise et donc le système économique, les étudiants en grève n’ont pas ce rapport de force direct. Cependant, la grève étudiante n’est pas sans impact. Les étudiants sont les futurs travailleurs. Un manque de diplômés arrivant sur le marché du travail peut ébranler le système économique de la même façon. Les étudiants ne sont pas des «consommateurs» privilégiés de connaissances. Les études doivent plutôt être vues comme un investissement, que fait à la fois l’individu et l’État. Les gains de cet investissement sont les diplômés, qui non seulement payeront leurs impôts, mais aussi contribueront au développement du système économique, culturel et social. Toute la société en bénéficie. Et donc, dans le futur, toute la société aura à supporter les conséquences d’un endettement qui aura freiné l’éducation. Par le passé, on a vu bien des fois des travailleurs faire grève pour une augmentation de 2 ou 3% de leur salaire. Pour contester des mesures qui touchent les plus pauvres, le droit de grève, utilisé démocratiquement, est légitime.
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