LA CONTESTATION SAGE
Comité permanent sur le statut de la femme à l’UdeM
Rachel HYPPOLITE

Le Comité permanent sur le statut de la femme est l’un de ces comités dont on entend peu parler à l’université. Portant la cause féministe sur le campus, cet organisme est pourtant peu visible. Portrait d’une institution universitaire méconnue.

Le Comité permanent sur le statut de la femme de l’Université de Montréal pourrait à première vue sembler un double du Conseil du statut de la femme du gouvernement québécois. Mais ce Comité a des préoccupations qui se situent dans un milieu plus restreint : la communauté universitaire. «En fait, on ne s’occupe pas spécifiquement de chaque femme sur le campus, mais plutôt de la condition féminine globale», explique Andrée Labrie, coordonnatrice du Comité. Le Comité se compose de trois membres du personnel, de trois étudiants et de trois professeurs. Les membres peuvent être autant des hommes que des femmes, même si l’organisation tient à ce qu’il comporte une majorité de femmes. «On encourage même les gars à s’intéresser à notre Comité, car ça amène un autre point de vue intéressant», s’enthousiasme Andrée Labrie. Il y a eu des hommes dans le passé, mais présentement le comité est exclusivement féminin.

Démystification

Fondé en 1976, ce Comité est institutionnel, c’est-à-dire qu’il est rattaché au rectorat. «La raison pour laquelle il a été fondé par le recteur est le désir de donner le signal que la condition féminine est importante sur le campus», rappelle Michel Lespérance, secrétaire général de l’Université de Montréal. «Il peut donc intervenir aussitôt s’il y a des mesures concrètes à amener; il est donc plus facile pour elles de passer par le recteur qui a accès aux autres instances de l’Université.» Il a donc été créé au moment où le féminisme prenait de l’ampleur et où les femmes prenaient d’assaut les universités. Certains peuvent se demander si ce Comité est toujours pertinent après 30 ans et au moment où les femmes forment 67% des effectifs universitaires. Andrée Labrie justifie l’existence de son Comité avec conviction. «Dans l’enseignement, il y a plusieurs plaintes de certaines étudiantes pour non-attention à des problématiques typiquement féminines. Par exemple, on étudie rarement les protagonistes féminins. Les documents pédagogiques sont déficients à ce sujet.» Si les filles sont majoritaires sur le campus, la représentation féminine dans les études doctorales est minime, donc les chiffres sont plutôt trompeurs, selon Andrée Labrie.

On peut s’interroger sur le statut «permanent» du Comité. «Un grand nombre de comités de l’Université de Montréal sont permanents, par opposition à ceux qui répondent à des besoins ponctuels», explique Marie-Andrée Bertrand, professeure retraitée mais toujours active de l’École de criminologie et présidente-fondatrice du Comité. On comprend donc que ce qui fait la permanence d’un comité est le désir de répondre à un besoin durable, selon les critères. De plus, souligne-t-elle, «les naïfs et les gens aux courtes vues auraient en effet pu imaginer que le “problème” se réglerait en quelques années et que le Comité deviendrait obsolète».

Le Comité permanent sur le statut de la femme s’occupe d’événements reliés à la condition des femmes, tel le 8 mars. Un de ces faits très significatifs pour l’Université de Montréal est la commémoration de la tuerie de Polytechnique le 6 décembre 1989. Lors du quinzième anniversaire souligné en 2004, le Comité a organisé un concours d’art promouvant la paix. Évidemment, ces activités sont organisées grâce à un tout petit budget «qui n’a pas augmenté depuis 15 ans», soupire Andrée Labrie. Elles bénéficient également «de la collaboration des bureaux et comités reliés au Comité permanent pour le statut de la femme, comme le Bureau d’intervention en matière de harcèlement sexuel», remarque Rose Marie Lèbe, professeure au Département de kinésiologie et présidente actuelle du Comité.

Un comité institutionnel

Le Comité est, tel qu’indiqué plus haut, une instance reliée à l’administration. On pourrait considérer ce fait comme étant un frein à leurs actions. Pourtant, il essaie d’agir concrètement. «On appuie le Syndicat des profs dans une politique visant la conciliation travail-famille, problématique qui évidemment nous intéresse», dit Andrée Labrie. En fait, cette «politique» est en préparation, insiste Louis Dumont, professeur de pharmacologie et président du Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal (SGPUM). Ce dernier syndicat a fait énormément pour établir une clause d’accès à l’égalité en matière d’emploi, c’est-à-dire favoriser l’embauche des deux sexes pour un poste donné qui exige les mêmes compétences. Le Comité permanent sur le statut de la femme, lui, mise beaucoup sur la sensibilisation et les petites actions concrètes mais importantes. «On a fait la demande que les places en centre de la petite enfance de l’Université soient augmentées», dit la coordonnatrice. Rose-Marie Lèbe précise également que les membres du Comité font pression pour des menus services, comme des tampons et des serviettes sanitaires dans les toilettes. Le Comité a également mis sur pied la bourse Marie-Curie, remise à l’étudiante ayant la meilleure moyenne en physique.

Une longue saga

Mais le Comité permanent sur le statut de la femme doit parfois se mordre les doigts d’être si proche de l’administration. Cette proximité lui cause occasionnellement des problèmes. Le dossier de la création d’un quelconque programme d’études féministes est un des sujets récurrents des 25 dernières années sur les 29 ans d’existence de l’organisme. De plus, les membres du Comité se demandent comment varier le concept des études féministes, déjà existant sous forme de certificat à l’UQÀM et à Concordia. «Devrait-on aller vers des véritables études féministes ou plutôt vers des gender studies comme il en existe ailleurs en Amérique du Nord et en Angleterre?» questionne Andrée Labrie. Le Comité pose aussi toute la bouillabaisse administrative que consiste la création d’un nouveau programme. «De la présentation du titre d’un cours à l’application, il peut s’écouler de trois à cinq ans. Imaginez tout un programme!» s’exclame Rose-Marie Lèbe. Selon Andrée Labrie, ce programme serait fragile, car les cours seraient donnés par des chargés de cours, donc instables. Une autre difficulté de la création d’un tel programme est sa possible dépendance à plusieurs départements de l’Université, qui ont des visions différentes malgré leurs points communs. «Ce qui pourrait aider la réalisation de ce programme, ce serait la création d’un Centre de recherche en études féministes», dit la Andrée Labrie. «Donc, le dossier n’est pas clos, mais il est difficile. Les profs féministes n’y croient plus. De plus, précise la présidente, ce n’est pas considéré comme étant très sérieux».










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