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LE CAMÉLÉON Mario Dumont : Pour moi, cela n’a rien à voir. La décision de couper 103 millions était une décision irréfléchie de dernière minute que le ministre Reid a pris, et l’on voit aujourd’hui qu’elle n’était pas appuyée par le caucus ou par le parti. Pour moi, il y a un questionnement à avoir sur les frais de scolarités au Québec, mais qui est totalement indépendant de la gaffe du gouvernement libéral. Le lien entre les deux est que les libéraux ont promis le gel, sans y croire – tout comme les péquistes qui en privé n’y croient pas non plus – et ont décidé de financer le gel en faisant payer les étudiants les plus pauvres. Pour moi, la logique m’apparaît d’indexer les frais de scolarité. La commission des jeunes de l’ADQ a amené une position intéressante à ce sujet, soit celle d’indexer les frais non pas à l’indice des prix à la consommation, mais plutôt à un indice du revenu étudiant, qui ne suit pas nécessairement l’inflation des prix à la consommation. Q. L. : Une telle mesure d’indexation des frais de scolarité ne nuirait-elle pas à l’accessibilité aux études? M. D. : Au contraire, nous pensons que tout en laissant une certaine indexation se faire, il faut s’assurer que, pour les étudiants les plus pauvres, il n’y a pas de différence. Nous devons donc compenser totalement, et j’insiste, non pas par des prêts mais par des bourses. Au-delà du retour des 103 millions, nous devons bonifier le régime actuel de prêts et bourses en regardant notamment le cas des étudiants à temps partiel, ou bien celui des étudiantes qui sont enceintes dans le cadre du nouveau programme de congés parentaux. Q. L. : Comment procéder à une bonification du régime des prêts et bourses tout en promettant une réduction du fardeau fiscal des particuliers? M. D. : Pour moi, ce sont des choses différentes. Personnellement, je pense que le secteur où l’on doit investir est l’éducation. Ma grande crainte, c’est que les libéraux ont créé avec la santé une obsession. La santé, c’est connu, peut gober tout. Et nous, nous souhaitons mettre un cran d’arrêt dans la santé et faire une place intelligente au secteur privé. Nous ne sommes pas reconnu comme un parti qui désire augmenter les dépenses publiques – nous nous situons plutôt au centre-droit sur l’échiquier politique et nous prônons une gestion responsable des finances publiques. Par contre, il y a un secteur où, que ce soit en 1994, en 1998 ou en 2003, nous avons promis de réinvestir, et c’est l’éducation. Je ne veux pas installer une compétition entre la santé et l’éducation, entre les jeunes et les vieux, mais je pense qu’il faut être assez lucide comme société pour se dire la vérité, c’est-à-dire qu’un système de santé avec un monopole de l’État comme le nôtre, ça peut gober tout l’argent disponible. Q. L. : Votre plate-forme fait la promotion des partenariats public-privé, ces fameux ppp, dans de nombreux secteurs. Ont-ils leur place dans le système d’éducation? M. D. : Pas tellement… Au niveau du primaire et du secondaire, il y a déjà un réseau mixte et je suis contre le fait de le changer. Quant au milieu universitaire, je pense que le principe des fondations doit être développé. Nous devons encourager cette culture de philanthropie qui est présente aux États-Unis, mais aussi au Québec dans des universités comme McGill ou Concordia. Mais l’idée du partenariat public-privé, ce n’est pas dans l’éducation que je la vois. Q. L. : Vous êtes un grand défenseur du subventionnement des écoles privées au primaire et au secondaire. Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que cela favorise l’exode des bons étudiants au privé tout en concentrant les élèves en difficulté dans le système public? M. D. : À Montréal, il y a un certain nombre d’écoles privées qui ont ce privilège. À Rivière-du-Loup par contre, les écoles privées prennent toutes les inscriptions. Mais il est vrai que des écoles privées ont cette chance. Moi, ça ne me fatigue pas tellement. La réalité, c’est qu’au Québec, l’école privée est un peu plus accessible que dans le reste du Canada, ce qui fait en sorte que la classe moyenne a accès à ce réseau. Q. L. : La classe la plus pauvre ne devrait-elle pas avoir également accès à ces écoles privées? M. D. : De plus en plus, les écoles s’ouvrent à cela. À Rivière-du-Loup, l’école a créé une fondation pour faire en sorte que plus personne ne soit refusé. Ils demandent aux parents de donner ce qu’ils peuvent et ils complètent par le montant nécessaire. Il y a des gens de la CEQ qui disent qu’il s’agit d’une concurrence malsaine. Je pense que c’est complètement le contraire, que cette concurrence est archi-importante, car s’il s’est développé des programmes d’éducation internationale et de sport-étude au Québec, c’est grâce à cette concurrence. Ce qui stimule un gestionnaire, c’est la concurrence. Dès que vous avez un monopole public, malgré toute la bonne foi des gestionnaires, la tendance naturelle pour eux est de se dire : ma clientèle est chez nous, je débarre la porte et elle rentre, elle n’a pas d’autres choix. Il n’y a pas de pression afin d’offrir plus de qualité et de diversité dans le système scolaire. Ce pour quoi je vais me battre à mort, c’est l’égalité des chances pour tous les jeunes, même ceux des quartiers défavorisés. Q. L. : Si une école privée offre un programme spécialisé et performant mais refuse des étudiants pour des critères économiques, quel doit être le rôle de l’État? M. D. : Il n’y a rien de parfait… À mon avis, le rôle de l’État est d’élargir la diversité des choix, et non pas de la restreindre. Le système mixte que nous avons fonctionne, même si je reconnais que les écoles publiques ont besoin de plus de ressources. Je comprends que l’on peut sortir un grand discours égalitariste et soutenir que cela n’est pas juste, car ces écoles n’ont pas d’enfants en difficulté d’apprentissage. Par contre, le modèle inverse, selon moi, est cent fois pire. Sur la balance des inconvénients, un modèle avec plus de diversité est meilleur que de faire croire à une égalité absolue qui n’existera jamais. Q. L. : Vous avez toujours plaidé pour un plus grand développement de l’hydro-électricité. Dans un contexte de développement durable, devons-nous exporter notre électricité pour soutenir la demande énergétique croissante américaine? M. D. : Pour soutenir leur demande énergétique, mais aussi pour remplacer leur charbon. Avec l’hydroélectricité et l’éolien, nous avons la combinaison parfaite. Le grand défaut de l’énergie éolienne, c’est de ne pas avoir de pouvoir d’accumulation. Mais l’eau de source par contre a le plus grand potentiel d’accumulation. Le Québec peut donc offrir au continent une contribution écologique tout en obtenant un gain économique. Je n’ai donc aucune réserve là-dessus. Ceci étant dit, cela ne nous soustrait pas à nos obligations en terme d’efficacité énergétique, parce que nous sommes vraiment dans le peloton de queue dans ce domaine. Q. L. : Votre plate-forme souhaite réinvestir dans le transport en commun sans augmenter la contribution de l’usager, des automobilistes ou de la collectivité. Comment comptez-vous y parvenir? M. D. : Je pense qu’il y a des économies à faire au niveau des salaires et des coûts de fonctionnement. Le gouvernement a le devoir de garder un équilibre entre la main d’œuvre et les usagers. Jusqu’où peut-on demander aux utilisateurs du transport en commun, comme les jeunes et les personnes âgées, d’augmenter leur contribution pour améliorer les conditions de travail de gens qui gagnent cinq ou six fois leur salaire? Il y a un écart épouvantable au Québec entre les droits des travailleurs et les droits des usagers. Je ne dis pas que les droits des travailleurs ne devraient pas exister, mais combien avons-nous eu de grèves dans le transport en commun? Ça n’a pas de bon sens! Le service de transport en commun ne devrait-il pas avoir un certain caractère de service essentiel? Q. L. : Les jeunes libéraux, avec en tête Simon Bégin, ont plié devant le ministre Reid lors du dernier congrès du PLQ sur une résolution réclamant le retour des 103 millions. En tant qu’ancien président de l’aile jeunesse du PLQ, comment percevez-vous cette attitude? M. D. : Je ne veux pas être méchant ou négatif, et je ne veux pas décourager les jeunes de s’impliquer en politique. Lorsque je vois un tel compromis, de deux choses l’une. Soit ils ont accepté de plier, soit ils n’ont aucune expérience politique. Ils n’ont pas compris que lorsque tu tiens la tête du chien dans l’eau, il est noyé au bout de cinq minutes. Je pense que c’est important que la nouvelle génération s’implique dans les partis politiques et dans tous les forums de discussion. Et je ne veux pas dire qu’il n’y a plus rien à faire dans les ailes jeunesse. Mais je pense que cette décision des jeunes libéraux était un triste moment pour eux. Et c’est sûr que je n’étais pas bien fier d’eux le lendemain matin… |
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