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UN OURAGAN NOMMÉ VUS Elle habite la Floride. L’ouragan Frances s’est abattu dans son voisinage la veille. Elle est assise au volant de son rutilant véhicule utilitaire sport et fait la file devant la station-service pour faire le plein de son gigantesque 4x4 gourmand. Face aux caméras s’enquérant de son opinion sur les ravages de l’ouragan, elle prend un air outré et répond : «No oil, no electricity… I mean… Come on!!!». En effet, come on. Come on, madame. Vaudrait mieux rire du côté ironique de la chose. Tu sais combien ça crache de gaz à effet de serre, ton gros véhicule? Facilement cinq tonnes par année, soit au moins trois fois plus qu’une voiture ordinaire. En sortant du tuyau d’échappement, le monoxyde de carbone de ta voiture, ajouté à celui que rejettent les autres automobilistes de ce monde, est en grande partie responsable du réchauffement climatique de la Terre. Come on. La communauté scientifique s’entend de plus en plus pour admettre que l’augmentation de la température des océans, en relation avec le réchauffement de la planète, est directement liée à la hausse des ouragans qui sévissent ces derniers temps un peu partout sur la planète. En d’autres mots, ton bolide obèse a quelque chose à voir avec la tempête qui cause la panne d’électricité dont tu es victime aujourd’hui. Bref, si tu as à prendre cet air outré, c’est contre toi-même que tu dois être fâchée. Come on. J’aurais presque envie de répondre : tant pis pour toi. Presque. Parce qu’on doit avouer que tu es loin d’être la seule coupable. Près de la moitié des véhicules neufs vendus en Amérique du Nord sont des véhicules utilitaires sport (VUS). Pire, aux États-Unis, étant considérés comme des camions légers, ils n’ont pas à se soumettre aux mêmes normes d’efficacité énergique que les autres voitures. Come on. Sais-tu que la décennie de 1990 a été la plus chaude du millénaire? La température planétaire a grimpé de 0,6°C depuis le début du XXe siècle. Au Canada, on parle même d’une augmentation de 1,5°C et de 3°C dans le Grand Nord. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GEIC), les projections pour 2100 indiquent que la température moyenne de l’air à la surface de la planète croîtra de 1,4 à 5,8°C et que le niveau moyen de la mer augmentera de 9 à 88 cm par rapport au niveau de 1990. Come on. Bien sûr ces changements auront une incidence sur la santé de la petite boule bleue. On parle de sécheresses, de pertes de récoltes, d’augmentations des inondations, de maladies transmises par les insectes comme la malaria, de réductions de l’accessibilité à l’eau potable. D’ouragans, aussi. Come on. Dans ce contexte que les scientifiques s’accordent à trouver sérieusement dangereux, comment expliquer la mode des VUS? Comment justifier un tel choix de consommateur? Tu me diras qu’il est possible d’aller sur les routes difficiles avec de tels engins. Mais seulement 5% des VUS se baladent un jour hors des sentiers battus. Tu crois peut-être qu’ils sont plus sécuritaires? Ils sont au contraire trois fois plus susceptibles de capoter qu’une voiture plus petite. Ton choix relève peut-être davantage de ton inconscient. Ta voiture représente la puissance, la performance, le confort. Les valeurs de l’Occident. Le bonheur de ce siècle. Les malheurs du prochain. Pourtant l’attitude «après moi le déluge» ne s’applique plus ici. Parce que déluge il y a déjà. ••• Le 22 septembre prochain a lieu à Montréal la deuxième édition de la journée «En ville sans ma voiture». Pour l’occasion, Montréal se joint aux 1500 villes qui y participent dans le monde et interdit la circulation automobile entre certaines rues des quartiers Plateau Mont-Royal et du Centre-ville. L’an dernier, durant cette journée, il avait résulté de cette opération une réduction de 40% du monoxyde de carbone et du monoxyde d’azote en comparaison avec le taux qui plane normalement dans le ciel montréalais. De quoi réjouir les asthmatiques. L’augmentation de l’utilisation de la voiture au Québec est alarmante. 50 000 automobilistes s’ajouteraient chaque année à Montréal. La croissance du parc automobile québécois serait 25% plus rapide que celle de la population. Il y a quelque chose qui cloche. Le 22 septembre, nous méritons tous une petite pause.
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