LA CHARGE A SONNÉ
Manifestation à New York
Samuel AUGER

Le 29 août dernier, New York devenait le théâtre de la plus grande manifestation jamais tenue dans le cadre d’une convention politique. Un demi-million de personnes descendaient dans la rue pour s’opposer aux politiques de l’administration Bush. Au milieu de cette marée humaine, un Montréalais raconte le grand paradoxe qu’a vécu New York.


Celui qui se surnomme Jujube Molotov est un membre du groupe «queer radical» Les panthères roses. Répondant à l’appel des organisateurs de la marche, il s’est rendu à la manifestation qui s’est tenue pour contrer la convention républicaine américaine qui avait lieu au Madison Square Garden.

Son regard sur son expérience à New York est sans équivoque. «De toutes les manifestations auxquelles j’ai pu participer, je n’ai jamais senti un aussi bon accueil de la part de la population. Il y avait plein de services offerts aux manifestants. Nous avions une carte de New York spécialement conçue qui indiquait les endroits où nous pouvions manger pour pas cher, avoir certaines installations, etc.»

Le grand contraste

Alors qu’il louange l’accueil des New Yorkais, il est davantage critique sur celui des forces de l’ordre. «C’était très paradoxal de voir comment les policiers nous percevaient. Je n’ai jamais vu autant de répression et d’abus dans une manifestation à laquelle je participais.» Pour ce manifestant montréalais, la grande marche pour la paix et la justice a atteint son point culminant… en prison.

Selon sa version, des policiers lui ont ordonné de retirer une bannière que son groupe avait accrochée sur une statue. Après avoir obtempéré, il a néanmoins été embarqué dans une fourgonnette pour être conduit dans une prison improvisée pour l’événement. «Ce jour-là, nous sentions clairement que les policiers avaient reçu le mot d’ordre d’embarquer symboliquement un certain nombre de manifestants. Ils ont utilisé un ruban jaune pour boucler le périmètre où nous nous trouvions. Quiconque se trouvait dans ce périmètre était arrêté indépendamment de ses actions. Pour ma part, je fais face à trois chefs d’accusation qui sont d’ailleurs exactement les mêmes pour tous ceux qui ont été arrêtés.»

Selon les données officielles du département de police de New York, 1867 personnes ont été arrêtées lors des manifestations. Les prisons ne pouvant accueillir tous ces individus, un entrepôt a été réquisitionné. Pour Jujube Molotov, «la police a utilisé un entrepôt, le quai 57, dont le sol était contaminé. J’ai dû dormir directement sur le sol. Des personnes autour de moi se sont réveillées avec des brûlures chimiques dans le dos. Dès le lendemain, les autorités ont étouffé la controverse en recouvrant toute la surface de tapis.»

Des accusations que réfute formellement le corps policier de New York. Le 3 septembre, le commissaire Kelly confirmait la relocalisation dans le quai 57, mais soutenait que le site était «propre, bien équipé et certainement humain». Pour le commissaire, «des faussetés circulent sur cette histoire dans le but de discréditer les forces de police.»

Recul du droit de manifester ?

Bill Dobbs est porte-parole pour la coalition United for Peace and Justice derrière la manifestation. Joint à New York, il confirme avoir entendu les histoires de manifestants maltraités et s’attend d’ailleurs à beaucoup de poursuites intentées contre les autorités. «Dès le départ, des personnes se font arrêter sans raison. Alors qu’elles marchent sur le trottoir, on les fait dévier vers la rue pour ensuite les arrêter. 2000 personnes arrêtées pour ce genre d’événement, c’est beaucoup. Et aucune d’entre elles ne mérite ce genre de traitement.»

Au-delà des conditions d’arrestation, Bill Dobbs s’inquiète de la difficulté grandissante de manifester aux États-Unis. Année après année, il s’avère de plus en plus en complexe de manifester dans Central Park. Les lois sont utilisées à fond pour mettre des bâtons dans les roues des organisateurs. «Il est plus difficile d’exercer notre droit de manifestation aux États-Unis. Des endroits pourtant reconnus pour leur mouvement de protestation, Boston par exemple, nous rendent la tâche plus ardue. Les permis sont plus difficiles à obtenir.»

Mis à part le frein imposé par la bureaucratie, la coalition a constaté une propension à utiliser la peur pour limiter les manifestants. «Certaines mani-festations ressemblent à un immense et extravagant déploiement de techno-logies. Des camions équipés de fusils, des hélicoptères, des dirigeables, des appareils sophistiqués qui émettent un bruit intolérable pour l’humain, etc. On sent que la police veut installer un climat de peur.»

Selon le bilan de la police de New York, la préparation de ses effectifs a fait toute la différence. 18 mois d’entraînement ont été nécessaires pour encadrer la convention républicaine.






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