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PARADOXES Mais ce n’est pas tout. Des facteurs importants tels que la baisse de la fécondité ainsi que le vieillissement de la population ont pour conséquence une baisse de la main d’œuvre. Selon G. S. Becker, l’investissement en éducation est donc non négligeable puisqu’il favoriserait une population mieux formée et donc plus productive. Mais ce n’est pas tout, le vieillissement de la population tend à augmenter le poids des services (notamment en santé) par rapport au nombre de travailleurs qui payent des impôts pour leur mise en place. Or plus la population est qualifiée, plus elle bénéficie de salaires élevés et donc paye plus d’impôts. Le «choc démographique» est d’ailleurs un des thèmes principaux du Forum des générations tenu début octobre en vue de discuter de ce problème de société afin de planifier des solutions à cet effet. On voit donc que le gouvernement Charest est sensible à cet aspect. Pourtant, paradoxalement, le premier ministre s’entête dans son projet de baisser les impôts. Comment peut-on vouloir sincèrement contrer le choc démographique au Québec dans les années à venir alors qu’on endette plus les étudiants et que l’on veut réduire les impôts. Il y a quelque chose qui ne marche pas… Mais ce n’est pas tout. Les étudiants des deuxième et troisième cycles qui ont déjà du mal à se financer, en raison de l’endettement déjà accumulé durant le premier cycle, verront leurs difficultés s’accroître. Il est certain que beaucoup d’étudiants n’auraient pas choisi de poursuivre des études en deuxième ou troisième cycles s’ils avaient su que le poids de leur endettement augmenterait. Les cycles supérieurs deviendront donc des programmes uniquement accessibles aux étudiants issus de familles riches. Est-ce vraiment une vision de la société souhaitée par les Québécoises et Québécois ? Ces coupures de 103 millions dans l’aide aux études aura probablement des répercussions sur la fécondité. Face à cela, le gouvernement affiche la volonté d’établir une politique familiale. Mais, comme le dit Pierre-Alain Benoît secrétaire général de la FAÉCUM «comment peut-on prétendre aider les jeunes couples lorsqu’on fait exploser l’endettement étudiant alors que l’instabilité de leur situation financière est reconnue comme un facteur influençant grandement le choix d’avoir des enfants?» En effet, prendre la décision de fonder une famille alors qu’on est endetté de 10 000 à 30 000 dollars n’est pas chose facile. Alors qu’on sait que la fécondité est déjà à la baisse et que celle-ci entraîne des complications au niveau de la gestion des retraites et du système de santé, l’un des plus gros budgets de l’État, il est normal de se poser sérieusement des questions sur l’intérêt de telles coupures dans l’aide financière. En plus, ceci s’allie mal avec la volonté des libéraux de favoriser la famille. Un paradoxe de plus. Mais ce sont les sciences fondamentales et particulièrement les sciences humaines qui sont encore plus touchées par le problème de l’endettement étudiant. Car s’endetter alors qu’on étudie dans un programme dont on est sûr des débouchés et dont on est certain de décrocher un emploi qui rapporte est acceptable dans une certaine mesure. Ces étudiants vont donc mettre encore plus en jeu leur stabilité financière pour l’avenir. Les effets inévitables de l’endettement étudiant ont pour conséquence la baisse des effectifs dans ces disciplines. Ceci signifie moins de moyens et donc une dévalorisation des sciences humaines à long terme. Voilà sur quelle pente la mesure du gouvernement Charest nous mène. À quoi ressembleront nos universités dans quelques années? Les sciences humaines sont loin d’être inutiles. Mais leur impact se mesure sur le long terme et leur apport se voit souvent indirectement. En fait, leur apport consiste surtout à faire avancer le savoir général sur tous les secteurs liés à l’être humain. Elles participent à la compréhension de l’être humain dans différents milieux : au niveau du langage, selon l’histoire des cultures et des pays, à travers les mécanismes de société, au niveau de sa psyché, etc. Ces sciences forment un ensemble de connaissances qui seront surtout utiles pour la société au plan de la recherche et moins pour des solutions techniques et directement applicables. Dans notre monde où toutes les disciplines sont parcellisées et spécialisées à outrance, on a souvent du mal à avoir une vision globale de l’utilité des connaissances. Mais malheureusement, l’amour du savoir ne suffit pas pour pouvoir entreprendre des études, encore faut-il en avoir les moyens financiers. Déjà que les étudiants en sciences humaines prenaient plus de risques que les étudiants en sciences pures, le fossé se creuse encore plus avec les coupures dans l’Aide financière. L’accessibilité aux études dans ces disciplines est menacée. Mais aussi les sciences humaines elles-mêmes sont en danger puisque le nombre d’étudiants risque de décroître, les moyens de diminuer et donc l’importance de telles sciences risque de s’amenuiser. Les enjeux dans le domaine de l’endettement étudiant sont donc très larges et ont de nombreuses conséquences sur notre société future. UN SANDWICH POUR Communautaire et international Simon Dufour est étudiant en médecine à l’Université de Montréal depuis deux ans. Participant au projet de stage CASI l’an dernier, il orchestre ce projet cette année tout en collaborant au volet sensibilisation de l’organisme. Il confirme que les demandes de participation sont en hausse constante depuis quelque temps, atteignant 38 étudiants cette année. Comment interpréter cet engouement? Selon lui, plusieurs personnes sont attirées vers le projet par l’expérience du stage, mais aussi «parce que l’ambiance du groupe est vraiment excellente pendant l’année. Le CASI organise beaucoup d’activités de groupe qui permettent de rencontrer des gens intéressants et de trouver un stage dans un pays en développement à la fin de l’année.» Chantal Renaud, participante au projet cette année, est du même avis. «Au début, je ne savais même pas qu’il y avait un stage. J’ai surtout participé au comité par volonté de m’impliquer. Ça n’a pas besoin d’être nécessairement lié à un projet d’études…» La sélection des participants se fait de manière toute simple : les candidats doivent tous être étudiants à l’Université de Montréal et, au début de l’année, doivent également fournir une lettre de motivation qui témoigne de leur volonté d’engagement dans un projet de développement. Quant au stage, il est choisi par les participants eux-mêmes, dans une banque mise à leur disposition par l’organisme. «Il faut, ajoute Simon Dufour, qu’il ait une durée de six semaines, qu’il ait lieu dans un pays en développement et qu’il vise à améliorer les conditions de vie des habitants.» Hors de ces contraintes, les stagiaires peuvent choisir d’œuvrer dans une grande variété de domaines, qui vont généralement de l’assistance bénévole aux médecins étrangers à un soutien aux éducateurs locaux. Les fonds du comité permettent aussi aux étudiants de choisir un stage dans un pays qui, autrement, leur serait inaccessible. Chantal Renaud y voit un énorme avantage. «Je pense me tourner vers l’Asie, parce que je n’ai pas à payer tout le billet d’avion comme dans les autres programmes de stage. Ça me permetttra de découvrir des pays nouveaux.» Autofinancement Grâce notamment au café Intermed, le CASI est tout à fait indépendant financièrement. Ses membres organisent périodiquement des activités de financement dont l’une, durant laquelle la Chango Family avait accepté de livrer une prestation, l’an dernier, a été très populaire. Quelques députés collaborent également au financement des stages par des subventions, tout comme de généreux donateurs, souvent anciens étudiants de l’Université de Montréal, qui croient à l’importance d’un tel projet. Sensibilisation Comme le CASI voit toujours plus grand, ses activités ne se limitent pas seulement au financement. Les membres du CASI ont entrepris d’ajouter un volet de sensibilisation à leurs activités, lequel est également ouvert à tous les étudiants. Ce groupe, composé notamment d’anciens participants aux stages, collabore à de nombreuses levées de fonds pour des organismes communautaires et organise des conférences durant l’année, traitant de sujets variés allant des mines antipersonnelles jusqu’à la guerre d’Irak. Annuellement, l’organisme invite également plusieurs familles défavorisées du quartier Côte-des-Neiges à participer à un sympathique souper au café Intermed, où leur sont servis mets et divertissements tout à fait gratuitement. Parmi les nombreuses activités qu’organisera le CASI prochaine-ment, notons une conférence sur la situation en Palestine. Par ailleurs, toutes les soirées du jeudi à l’Intermed sont réservées aux musiciens qui veulent participer à des sessions d’improvisation musicale et à ceux qui désirent les écouter. Mais pourquoi participer aux activités du CASI, finalement? Lorsqu’on demande à Simon Dufour si son expérience lui donne envie de poursuivre son implication dans le développement international, il sourit longtemps en répondant simplement : «oui». Clair et simple. |
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