PARLEMENTAIRES: PLACE AUX JEUNES!
Parlement Jeunesse du Québec
Aymen Romdhani

Lieu de rassemblement pour les jeunes qui s’intéressent à l’avenir de la société québécoise, le PJQ leur offre l’opportunité d’en débattre dans un cadre parlementaire mais non partisan.

Du 26 au 30 décembre prochain, la salle de l’assemblée nationale accueillera, pour la 55e année consécutive, une centaine de jeunes Québécoises et Québécois qui se livreront à l’exercice d’une fidèle reproduction du système parlementaire québécois.

Certains de ces députés en herbe rejoindront les rangs du gouvernement et du groupe ministériel, d’autres se mêleront à ceux de l’opposition dans un théâtre à l’image de la démocratie parlementaire. Le Parlement Jeunesse du Québec leur offre ainsi l’occasion de débattre des enjeux sociaux, économiques et politiques qui concernent le Québec, de côtoyer les institutions parlementaires et de connaître les rouages de la démocratie québécoise par le biais d’une fidèle simulation de l’Assemblée nationale.

Le respect des réglementations propres à l’Assemblée nationale lors des délibérations se retrouvent autant dans les procédures législatives que dans le décorum. Ainsi, le participant devra adopter une manière de paraître et d’agir, lors des séances, qui se conforme aux coutumes en cours dans les murs de l’Hôtel du Parlement.

Une grande place pour les étudiants

Cependant, cette simulation a ses particularités. Au Parlement Jeunesse du Québec, les députés sont de jeunes étudiants ou travailleurs âgés de 18 à 25 ans, venant de toutes les régions du Québec. Même si la seule restriction qu’exige le Parlement est celle de l’âge, la plupart des participantes et des participants sont issus des milieux étudiants où l’intérêt semble supérieur. «La grande majorité des députés qui participent pour la première fois sont des étudiants universitaires ou collégiaux…», confirme Alexandre Ramacieri, chef de l’opposition cette année au Parlement Jeunesse du Québec (PJQ).

Les associations étudiantes semblent aussi jouer un rôle important pour faire naître cet intérêt chez les jeunes recrues. En effet, une grande partie d’entre eux est préalablement engagée politiquement ou socialement au sein de leur université ou de leur cégep. Ceci n’étonne personne, même si le Parlement Jeunesse se veut surtout un forum d’idées pour la jeunesse québécoise, il représente néanmoins pour plusieurs un milieu propice pour développer leurs ambitions de politiciens. Tel est le cas de plusieurs députés et ministres (dont Jack Layton, chef du NPD, Bernard Landry, Robert Bourassa, Brian Mulroney…) qui se sont déjà retrouvés sur les bancs du PJQ. Pour eux, le Parlement a joué le rôle de l’école de la démocratie parlementaire québécoise, mais également, un parcours initiatique vers le monde politique au Québec.

Une chambre non partisane

La distinction majeure du PJQ se situe dans les projets de lois votés et des débats qui en découlent. «La particularité du PJQ est la non-partisanerie en regard des partis politiques québécois. Les députés de l’opposition peuvent se prononcer en faveur d’une mesure du gouvernement alors qu’un député du gouvernement peut se prononcer contre», note Alexandre Ramacieri. En effet, le principe de collégialité entre les membres d’un même parti politique n’est pas en vigueur au sein du PJQ. Ainsi, aucune ligne de parti n’est appliquée lors des débats et des votes tenus par les députés, ce qui ne pose aucune entrave à leur libre expression au sein du parlement. De la non-collégialité de la chambre découle le fait qu’un projet de loi peut être battu dès la première lecture, mais s’il franchi cette étape, il sera approfondi et étudié en commission. Dans le même ordre d’idée, le Parlement Jeunesse ne se fixe pas de frontières fédérales ou provinciales pour débattre de ses projets de lois, ce qui permet aux députés d’étudier par exemple des projets de lois qui sont plus d’ordre fédéral, tels que la problématique de la concentration des médias. «Le Parlement est pour nous un contexte, un medium et non une fin en soi... Nous dirigeons dans cette simulation le gouvernement du Québec, nous ne prenons pas en considération le Canada en tant que pays ou des accords quelconques de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui pourrait restreindre notre débat.» Les cadres nationaux et supranationaux sont donc marginalisés au profit de la richesse du débat.

Ingérence politique

Cependant, même si les parlementaires du PJQ affirment que l’absence de ligne de parti les éloigne des conflits souverainistes ou linguistiques que connaît le paysage politique québécois, il reste que l’histoire du parlement prouve le contraire. Il suffirait de noter les événements qui ont eu lieu à la 37e législature du PJQ où des concertations entre jeunes participants francophones qui voulaient arracher le pouvoir des mains anglophones ont pris l’allure d’un coup d’État et ont fait la une du Soleil à l’époque. Difficile après de tels événements, à moins d’être fort utopique ou fort crédule, de persister à clamer la non-influence des partis et le détachement neutre de la scène politique au sein du PJQ. Il est aussi assez aisé de noter les liens entre des projets de lois qui s’inspirent d’objectifs présents ou futurs du Parti québécois (La légalisation de l’euthanasie et l’intégration des immigrants, deux projets de lois qui seront à l’étude cette 55e législature), même si les protagonistes nient les liens entre le Parlement Jeunesse et le Parti.

Un effet boule de neige

Le PJQ ne cesse de charmer par son modèle. Depuis plusieurs années, il accueille une communauté de jeunes Belges francophones qui, séduits, ont décidé d’avoir leur propre Parlement Jeunesse en Belgique. Ce qui se réalisa avec la collaboration de plusieurs de nos jeunes parlementaires. «Cette collaboration qui s’est transformée en échange a été un succès considérable. Notre expérience intéresse également plusieurs autres pays et peut-être que cette année nous accueillerons en échange une délégation zaïroise [Actuelle Rép. Dém. du Congo]», indique Alexandre Ramacieri. Aussi, des Parlements Jeunesses régionaux ont vu le jour un peu partout au Québec, pour élargir et diversifier l’espace où peuvent s’épanouir les jeunes députés. Le secret de ce succès réside peut-être dans des projets de lois qui, chaque année, se veulent à la fois variés et actuels, s’adaptant de plus en plus à la réalité culturelle québécoise.



LE RAMADAN «À LA CARTE»
Être musulman sur le campus
Lidia Croteau

D’un côté, les musulmans très croyants qui pratiquent activement leur religion. De l’autre, les musulmans non pratiquants. Au milieu, la période du ramadan, un mois de rappel des valeurs de l’islam où tous les musulmans se sentent impliqués.

Nous sommes en plein cœur du mois sacré du ramadan. Ce mois signifie beaucoup plus qu’un jeûne de nourriture, d’eau, de tabac et de sexe jusqu’au coucher du soleil. Mais quelles sont les valeurs importantes promues par le ramadan? Celles qui font en sorte que les jeunes musulmans non pratiquants de Montréal se sentent impliqués et y participent autant que les pratiquants? Cela malgré la liberté des religions au Québec et la nouvelle tendance «à la carte» dans le menu des religions? Pour répondre à ces interrogations, deux musulmanes d’origine marocaines, étudiantes à l’Université de Montréal, Tsanim et Salima, témoignent.

L’Islam à différents degrés

Tsanim, 19 ans, étudie en médecine dentaire. Elle a choisi de prendre le «menu islamique» au complet. Elle estime qu’une vie incomparablement meilleure nous attend dans l’au-delà et pour atteindre son paradis, Tasnim prie cinq fois par jour, s’interdit le porc et l’alcool et respecte le Coran à la lettre. Pour elle, le ramadan signifie «une pause spirituelle où l’on se rapproche de Dieu et où le corps s’affaiblit et l’âme grandit». Elle sera expiée de ses pêchés si elle respecte scrupuleusement les lois du Coran pendant le ramadan où la générosité, l’écoute de l’autre et l’importance de la famille sont valorisées. «On accorde plus d’importance à faire le bien autour de soi par de bonnes actions et où tous les membres de la famille sacrifient leurs activités personnelles pour s’allouer du temps de qualité au repas du soir». Après le coucher du soleil, ils font une prière avant le repas, puis vont à la mosquée pour prier avec les autres fidèles où ils récitent la totalité du Coran durant les 27 jours de la fête religieuse. Elle dit aimer le «côté social, fraternel, familial et pieux» de la période.

Salima, 20 ans et étudiante aux HEC Montréal, a plutôt choisi l’option «à la carte» de l’islam. Le ramadan est le seul aspect de la religion qu’elle pratique, à part cette courte prière arabe qu’elle récite au coucher pour sa protection et celle sa famille. Le ramadan était tout d’abord une tradition inculquée par son père que Salima a ensuite définie comme un choix personnel. Elle ne trouve que de bonnes raisons de s’y impliquer et cela lui donne «une opportunité d’accorder un peu de temps à la religion comparativement au reste de l’année». De plus, la dimension physiologique du jeûne par le processus de purification et de libération des toxines fait du bien au corps, mais le but principal de son jeûne est de «se conscientiser à la souffrance que subissent ceux qui ne mangent pas à leur faim». La dimension spirituelle s’exprime aussi par le contrôle sur soi et sur sa faim. Pour ce qui est du repas en famille, les horaires irréguliers de la famille ne permettent qu’un rassemblement la fin de semaine.

Religion «à la carte»?

Comment ces deux étudiantes ont-elles pu traverser les intras le ventre vide? Pour Tsanim, Dieu l’a aidé en retour en lui donnant la force de ne pas être faible. Pour Salima, elle prétend que c’est non seulement l’habitude, après quelques jours, d’oublier la faim, mais également cette notion de contrôle sur soi qui fait que la force de l’esprit reste malgré l’épuisement du corps. Croyants ou non, les musulmans sont satisfaits dans la poursuite de leur spiritualité personnelle où les valeurs spirituelles et physiologiques du jeûne sont positives peu importe l’angle abordé. Religion «à la carte»? Oui, si on considère l’exemple de Salima et Tsanim qui privilégient différentes valeurs du ramadan.

Une occasion privilégiée d’explorer la culture islamique s’offrira bientôt à tous les intéressés. Le 13 novembre, venez partager un repas gratuit du ramadan, à la mosquée du 1245, rue Saint-Dominique où les non-musulmans sont invités au même titre que les «jeûneurs».









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