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CHRONIQUE BD Leurs noms figurent parmi les plus célèbres de la nouvelle bande dessinée et de l’illustration nord -américaine. La très sérieuse revue Mc Sweeney’s Quaterly Concern les a réunis à l’occasion d’un numéro 13 très spécial consacré à Chris Ware, un auteur phare de la nouvelle génération, récipiendaire de plusieurs prix prestigieux dont le prix Alph Art du meilleur album de bande dessinée à Angoulême en 2003. Il a transformé le coup d’essai en coup de maître, et nous gratifie d’une véritable pièce de collection, où l’on trouve pêle-mêle des extraits d’œuvres récentes de Julie Doucet, Joe Sacco, Joe Matt, Art Spiegelman, Daniel Clowes, Adrian Tomine et bien d’autres encore. Extraits choisis avec discernement, puisque le livre se présente comme une invitation à la découverte et à la compréhension du langage graphique. Surprenante, inventive, turbulente, explosive, la bande dessinée d’auteur contemporaine sonne le glas du Tintin d’autrefois. À l’ombre des comics et autres avatars de la science-fiction moyenâgeuse s’est peu à peu distinguée une nouvelle approche du neuvième art, plus encline à intégrer de nombreuses influences et à s’inspirer de tout ce qui touche à l’art visuel, mais gardant quand même ses distances avec l’art contemporain. Deux courants ont alors émergé, en Europe et aux États-Unis, avec l’apparition de maisons d’édition indépendantes garantes d’une nouvelle approche de la création littéraire et graphique. À tel point que, cherchant un terme plus approprié pour définir le genre, certains auteurs l’ont qualifié de roman graphique. Un terme qui ne doit rien au hasard puisque, à la fois sur le plan du format et du traitement de l’image, nombreux sont les jeunes auteurs qui empruntent à la construction narrative du roman littéraire. D’où la place prépondérante de l’autobiographie ou du récit documentaire dans ce type de bd. En Amérique du Nord, les jeunes auteurs ont particulièrement bien assimilé les travaux de leurs précurseurs, qu’ils détournent souvent avec ironie ou tendresse. Dans cet esprit, Chris Ware fait une place dans ce recueil à quelques auteurs américains d’anthologie, dont Rodolphe Tõpffer, Bud Fisher ou encore Charles Schulz, le papa de Charlie Brown. L’occasion de découvrir des dessins inédits, accompagnés de textes de réflexion sur le langage graphique. Ainsi les anciens répondent-ils aux nouveaux, se rendant hommage mutuellement, le tout présentant une variété qui donne à elle seule une idée de la richesse de la création en la matière. Et comme pour souligner la qualité des auteurs à qui il a fait appel, Chris Ware, fidèle à son habitude, choisit un format d’édition qui s’apparente à celui des œuvres classiques et s’empare de tous les recoins de ce livre où il insère ses propres dessins. La couverture rigide est elle-même recouverte, par un jeu de pliage, d’une immense planche. Sur une face, un jeu de l’oie, clin d’œil au monde de la bande dessinée. Sur l’autre face plusieurs épisodes de la vie signés Chris Ware, où l’on parle amour et sens de la vie. À découvrir absolument, non pas tant pour être à la page que pour apprendre à mieux décoder les images qui nous entourent. Mc Sweeney’s Quaterly numéro 13, spécial Chris Ware (2004) «Les Américains sont des Martiens et les Européens des Vénusiens». En d’autres mots, les Américains utilisent une approche militariste, et les Européens, une approche pacifiste. Ces penchants, tous ont pu les observer dans la décision ou non d’entrer en guerre contre «l’État voyou» d’Irak. Pour en expliquer la cause, Kagan utilise la métaphore de l’ours. Un chasseur se baladant dans une forêt uniquement muni d’un couteau préférera ne pas attaquer s’il aperçoit un ours et privilégiera la coexistence pacifique avec lui. Le chasseur en possession d’un fusil, cependant, ne se gênera pas pour faire feu sur l’ours dès qu’il en aura la chance, pour s’en débarrasser au plus vite. Pour Kagan, les Européens ne possèdent qu’un couteau, et leur tendance naturelle à se tourner vers l’ONU ou à chercher consensus au sein des organisations internationales est simplement le reflet de leur faiblesse. L’Europe vit, selon lui, dans un monde «kantien», en référence au philosophe Emmanuel Kant pour qui la paix perpétuelle était possible. Pour être en mesure de vivre dans leur paradis relatif, ils doivent toutefois pouvoir compter sur les Américains qui, eux, vivent dans un monde «hobbesien», où l’anarchie fait loi et où la politique internationale se résume à «une guerre de tous contre tous». L’auteur tient à préciser que les Européens n’ont pas toujours été les pacifistes que l’on connaît aujourd’hui. Au cours des trois derniers siècles, lorsqu’elle était militairement puissante, l’Europe n’a pas hésité à dominer les continents et à utiliser la force pour servir ses fins. Les États-Unis, de leur côté, privilégiaient à cette époque le droit international. Pencher pour la paix et le multilatéralisme, donc, serait la caractéristique du faible. Les États-Unis disposeraient à ce jour de suffisamment de ressources pour faire cavalier seul, selon Kagan. Il conclut en estimant que l’écart entre l’Europe et l’Amérique n’est pas insurmontable, mais que bien des choses devraient être changées pour qu’il y ait rapprochement. Il encourage entre autres les Européens à accroître leurs dépenses militaires et les États-Unis, à mettre de l’eau dans Le livre vaut la peine d’être lu, ne serait-ce que pour son intention à trouver la cause structurelle de l’écart des visions du monde qui s’accroît entre les États-Unis et l’Europe. Sa thèse est cependant hautement critiquable. Kagan appartient à l’école de pensée réaliste en relations internationales pour qui l’objectif premier d’un État est d’assurer sa propre sécurité dans un monde où l’ordre international ne peut exister. Naturellement, il donne peu de crédit aux organisations internationales et à la diplomatie. Il conçoit par ailleurs les pays comme des entités homogènes. Or, l’Europe n’est certainement pas un continent homogène, surtout en ce qui concerne la sécurité. La position de la Grande-Bretagne et de l’Italie sur l’Irak en est l’exemple le plus frappant. De plus, comme le militaire est l’aspect le plus important pour calculer la puissance, selon les réalistes, Kagan a tendance à surestimer la force américaine. Le pouvoir ne peut se résumer à un calcul comparatif entre l’arsenal militaire de l’un et celui de l’autre, le pouvoir économique et diplomatique pesant inévitablement dans la balance. En raison de ce biais, il conclut que les Américains peuvent sans problème agir unilatéralement à l’international, ce que semble démentir aujourd’hui le bourbier irakien. Robert Kagan, La Puissance et la faiblesse: Les États-Unis et l’Europe dans le nouvel ordre mondial, (Paris: Plon, 2003). CHRONIQUE PHILO En cette ère, que certains qualifie de post-moderne, parler de fondements, même en éthique, éveille immédiatement le soupçon. L’imposante trinité représentée par les penseurs que furent Marx, Freud et Nietzsche rend problématiques toutes prétentions au Bien et au Vrai impliquées par le concept même de fondement éthique. La pensée morale, ainsi privée d’un recours à toutes conceptions de la nature humaine, est-elle menacée de basculer, par l’effet de cet interdit de penser, dans l’abîme du relativisme? La piste commune qu’entendent poursuivre les auteurs du collectif «L’éthique à l’ère du soupçon» est celle ouverte par le questionnement relatif au fondement anthropologique de l’éthique. Les réflexions qui sont présentées dans le présent ouvrage, publié sous la direction d’André Lacroix et Jean-François Malherbe, philosophes de l’Université de Sherbrooke, tentent de déterminer si l’éthique est en mesure d’éviter de devenir le lieu où se dissimulerait, derrière de subtiles jeux de pouvoirs, la promotion ou l’imposition d’une conception particulière de l’humain. La question est abordée de multiples perspectives, oscillant entre des approches phénoménologiques, analytiques, politiques, voire esthétiques. Mais tous convergent vers l’établissement d’une éthique intersubjective, constituée par des valeurs communes, établies et maintenues par le dialogue. L’éthique s’y présente comme étant non prescriptive, c’est-à-dire qu’elle ne vise pas à imposer des règles aux conduites humaines. Son rôle se limiterait plutôt en un décodage de la normativité opérant au sein même de l’agir humain. «L’éthique philosophique n’est pas un commencement premier, elle revient sur une réalité humaine, l’action, par rapport à laquelle elle s’instaure comme instance réflexive».(p.16) Il ne s’agit donc pas d’une réflexion spéculative sur d’obscurs fondements moraux, mais d’une élucidation de la rationalité sous-jacente à l’agir. Tout de même, il faut bien mesurer toutes prétentions à l’universalité qui émergent d’une caractérisation rationnelle de l’action, puisque les circonstances dans lesquelles un individu est appelé à agir sont à chaque fois singulières. L’homme se trouve ainsi pris entre la singularité de sa situation et l’universalité des modèles d’actions qui s’offrent à lui. C’est pourquoi les auteurs tentent, à juste titre, de modérer toutes les prétentions universalistes. Car l’homme n’est jamais seul, mais constamment placé au sein de relations familiales, communautaires ou sociales. Ce sera dans cet espace marqué par l’intersubjectivité, milieu proprement politique, que pourra s’établir, par le dialogue, un réseau normatif de valeurs partagées. «C’est pourquoi le dialogue devient une théorie éthique.»(p.71) On entrevoit donc ici la possibilité d’une éthique présentant le double avantage de ne pas être fondée sur une représentation particulière de l’humain et qui évite tout autant le danger du relativisme pure et simple, où chaque individu serait la mesure de sa propre norme. Ici, il faut cependant bien se demander si une telle éthique évite tout recours à un fondement anthropologique? Construire une éthique partagée n’implique-t-il pas d’accorder de l’importance aux identités individuelles? Ce fait, sans échapper à la réflexion des auteurs du collectif, ne semble pas mener à un consensus. Du point de vue phénoménologique, l’identité est ramenée à une auto-affection de soi par soi par laquelle un individu se reconnaît lui-même comme une singularité concrète tout en s’ouvrant à la nécessité du dialogue avec l’autre. D’une perspective plus politique, l’identité s’établit par un dialogue ancré dans des institutions civiles qui contribuent, en retour, à définir cette identité. L’absence d’un consensus patent laisse donc la question ouverte. C’est pourquoi, en conclusion, Jean-François Malherbe, met l’accent sur les tensions propre à l’identité individuelle. «Chaque sujet se trouve, par rapport à sa propre culture héritée, tout à la fois en situation d’adhérence et de déhiscence.»(p.164) Cette tension exige en quelque sorte que chacun puisse penser par lui-même, tout en se confrontant systématiquement aux autres, dans un processus que l’on pourrait nommer «intersubjectivité critique». C’est donc à l’individu que nous reconduisent, en bout de ligne, ces analyses. Mais à un individu qui ne peut ni faire abstraction des autres ni de lui-même et qui par conséquent se voit imposer, tel un devoir proprement éthique, le devoir de penser par lui-même de façon critique. L’éthique à l’ère du soupçon, Collectif sous la direction d’André Lacroix et Jean-François Malherbe, Liber, Montréal, 2003. Après trois ans d’absence, la formation hip hop québécoise Phénomen revient sur scène avec son deuxième album Pas Live à l’Olympia. La légende veut que ce groupe (à ne pas confondre avec le groupe ska aveyronnais du même nom) ait gravi les échelons des radios commerciales montréalaises grâce à la chanson J’veux du Cash. En effet, la chanson aurait été remise en main propre aux animateurs avant même qu’un contrat soit signé avec une étiquette. À l’époque, la formation comptait trois membres au pedigree plutôt bigarré: le DJ des Canadiens de Montréal, Vincent Aubry, Samuel Harrison, le neveu du célèbre bluesman Bob, et Renzo Fillipi qui a déjà collaboré avec l’interprète pop Kathleen. Lancé en septembre 2001, leur premier album éponyme suscite autant la controverse par ses textes crûs que les accolades par sa nomination au gala de l’ADISQ dans la catégorie «album hip-hop de l’année». Après un délai de 14 mois occasionné par la faillite de leur défunte maison de disque, Phénomen refait surface cette année. Bien que la production date un peu, l’album vaut tout de même le détour. Sans tomber dans le piège du hip hop à saveur «gangsta», l’éclectisme est évident sur ce disque. Par exemple, Arrive en ville se fera plus rock que Le réveil, qui se veut plus électro. Chanvre avec Moi emprunte des rythmes reggae alors que Le clone est dans ses feuilles verse dans la musique folklorique d’antan. À noter aussi qu’on peut y retrouver les tubes T’es mon amour, t’es ma maîtresse de Jean-Pierre Ferland et Tous les palmiers de Beau Dommage. Au niveau des textes, le groupe se veut maintenant plus engagé qu’immature. Pour preuve, on aborde autant l’hégémonie des radios commerciales sur L’appel sur les ondes que la paranoïa du 11 septembre 2001 sur Planète Colère. Mais Pas Live à l’Olympia ne se veut pas un album sérieux pour autant. Ce groupe qui s’est tout d’abord fait connaître pour sa plume juvénile chante toujours les vertus du sexe et de la marijuana sur des pièces comme Le Punnany et Sous Le Fleurdelisé. Ainsi, si vous adorez les textes de Loco Locass, la verve du collectif Atach Tatuq ou encore l’irrévérence de Black Taboo, vous devriez apprécier Pas Live à L’Olympia de Phénomen. Jean-François RIOUX Toujours inspiré par le célèbre Neil Young, l’ontarien Hayden s’élance une fois de plus avec sa guitare acoustique et parfois son harmonica pour nous faire valser dans notre for intérieur sur ses doux rythmes et ses mélodies caressantes. Sa grosse voix nous rappelant celle de J Mascis (Dinosaur Jr.), une voix abîmée, grippée, nous berce avec ses intentions qui semblent si sincères et inoffensives. Le piano est souvent l’accompagnement de Hayden lorsque ce dernier abandonne pour un instant sa guitare. L’album semble long avec ses quinze pièces. Néanmoins, l’auteur-compositeur devrait s’efforcer d’allonger quelques morceaux beaucoup trop courts (moins de deux minutes). L’artiste nous a fournis deux albums indépendants magnifiques avant de se faire finalement découvrir par l’industrie musicale. R.E.M. Le retour fort attendu d’un des groupes alternatifs les plus populaires de la planète. L’album Around the Sun a été très attendu par les fans et les médias. Cependant, il pourrait être comparé à une visite chez le dentiste car, même si on le craint, c’est juste vers la fin que l’on s’aperçoit que ce n’était pas si mal. La douce pop adulte contemporaine de la bande de vieux routiers prend son envol avec la pièce Leaving New York qui n’a rien d’exceptionnelle et nous rappelle des pièces telles que The Great Beyond. Au second morceau, le groupe montre un peu plus ses dents dans une composition contenant une base électronique délicate et soignée. C’est à la troisième chanson que les gencives se sont mises à saigner, une pièce plus ou moins intéressante qui après quelques minutes laisse croire à son aboutissement, mais ressuscite avec la voix d’un rappeur qui gâche la pièce et une partie du disque, à mon avis. L’intrusion d’un rappeur n’est pas une première pour R.E.M., sauf que celui qui accompagnait Michael Stipe sur Radio Song (Out of Time) le faisait avec plus d’originalité et de mélodie. C’est à se demander pourquoi ce Q-Tip (réel nom de l’artiste) est sur l’album et non sur une pièce bonus de CD single (ou dans une autre oreille?)! Par dessus cette rage de dent, le reste de l’album coule assez bien et est relaxant dans son ensemble. Les amateurs de Rapid Eye Movement y trouveront autant de ressemblance avec l’album légendaire Out of Time qu’avec les disques Automatic for the People et New Adventures in Hi Fi. Michael Stipe se démarque toujours aussi bien avec son unique technique de chant et sa belle voix charismatique. L’album est d’une propreté inouïe et a la sonorité digne d’un groupe qui a vendu plus de 20 millions de disques. Les membres de la formation de Athens (Georgia) démontrent encore une fois l’importante place qu’ils occupent dans le monde de la musique. Bref, il était facile d’avoir peur après autant d’attente, mais cela n’a pas fait mal et on se sent tellement plus frais après l’écoute.
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