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BRAS DE FER AMICAL M. Coulon affirme ne pas voir de contradiction entre les essais nucléaires du Pakistan et le dialogue de paix entamé avec l’Inde. «Les deux puissances ne se sont jamais cachées qu’elles modernisaient, chacune de leur côté, leur arsenal nucléaire.», soutient M. Coulon. En parallèle, Islamabad et New Delhi multiplient bel et bien les rencontres et déploient des efforts diplomatiques depuis plusieurs mois pour atténuer les tensions des deux côté de la frontière, au Cachemire. Ce que semble confirmer le gouvernement pakistanais. Lors de la dernière assemblée de l’Organisation des Nations Unies à Genève, l’ambassadeur pakistanais Shaukat Umer prononçait une allocution devant la communauté internationale et réaffirmait cette même journée la volonté de son pays de «maintenir un équilibre des forces conventionnelles entre l’Inde et le Pakistan». Son gouvernement ne veut pas compromettre le fragile équilibre en Asie, surtout face à la montée nucléaire de certains pays de la région. Il dit espérer que «l’Inde acceptera les initiatives du Pakistan pour rétablir un sentiment de confiance mutuelle […] d’éviter une course à l’armement nuisible, de modérer les acquisitions d’armes et de maintenir un rapport de forces raisonnable avec le Pakistan.» Indifférence de l’Inde Aucune inquiétude apparente du côté indien. La réaction du gouvernement s’est limitée à un communiqué laconique du cabinet du premier ministre Manmohan Singh, à l’effet que l’Inde continue de maintenir son arsenal militaire en conformité avec sa doctrine nucléaire. Les journaux n’en ont pas fait leurs choux gras. Le quotidien Indien The Hindustan Times a publié dans son édition du même jour une dépêche de l’Agence France Presse faisant état de la nouvelle. Il apporte toutefois un éclairage intéressant; l’article rapporte que, selon les experts, les derniers tests visaient principalement à démontrer aux critiques de l’entourage du président que le Pakistan n’allait pas reculer dans le développement de son programme de missiles et ses avancées vers le nucléaire, malgré les liens étroits qu’il entretient avec les États-Unis. New Delhi était déjà au courant des activités de son voisin. À cet égard, le président Musharaf avait confié à son homologue indien, en juillet dernier, ses intentions de procéder dans les prochains mois à de tels tests nucléaires. Pour Jean-François Courtois, chercheur associé au Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, il y a pourtant lieu de s’inquiéter. «Le pouvoir militaire du général Musharaf ayant remplacé le gouvernement civil, le Pakistan demeure instable politiquement et, par conséquent, le pouvoir est morcelé en plusieurs factions», soutient le professeur. Les armes nucléaires sont cachées sur plus de 65 territoires en sol pakistanais. Une des préoccupations majeures pour le gouvernement concerne le contrôle de ses installations afin qu’elles ne puissent pas tomber aux mains des différents groupes terroristes qu’abrite le pays. Le Pakistan, un allié des États-Unis Pour comprendre les enjeux derrière l’initiative d’Islamabad, il faut la situer dans un contexte beaucoup plus large que les relations indo-pakistanaises. Selon M. Courtois, depuis les attentats du 11 septembre, le Pakistan est devenu l’un des principaux pays alliés des États-Unis dans sa guerre contre le terrorisme. Depuis, le pays s’est vu accorder le privilège d’accéder aux renseignements américains sur les plans de fabrication d’armes nucléaires. L’Inde a vivement réagi à la suite de cette alliance, devenant ainsi défavorisée des suites d’un potentiel déséquilibre. Pour les États-Unis, cette alliance vise uniquement la lutte au terrorisme et ils ont réaffirmé leurs intentions de ne pas s’ingérer dans les affaires concernant les deux nations. La communauté internationale peu inquiète Mais qu’en est-il de la réaction internationale? Les deux experts consultés sont divisés sur la question. Pour Jocelyn Coulon, on ne peut pas parler d’un tollé généralisé contre le Pakistan. «Le conflit entre les pays voisins est sous contrôle. Les Russes sont historiquement habitués à vivre avec le danger. Les Chinois, eux, ne voient pas une menace directe dans le geste pakistanais.» M. Coulon rajoute que «même durant les années 1980, les Chinois leur auraient fourni une partie de l’expertise nécessaire à fabriquer des bombes et des ogives nucléaires.» Comme les Américains appuient Islamabad, il semble y avoir un consensus tacite sur la question. Quels seront les impacts des essais sur la crise au Cachemire? Encore une fois, la situation n’est pas contradictoire. M. Coulon rappelle qu’au plus fort de la Guerre froide, les Russes et les Américains négociaient constamment pour limiter et freiner la course aux armes nucléaires. Ce qui a mené d’ailleurs à la ratification par 187 pays du Traité international de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), en 1968. Concernant la révision du TNP, prévue aux cinq ans, une conférence sera organisée en 2005. Jean-François Courtois y relève des éléments d’inquiétude. «Face à la prolifération nucléaire des trois dernières années, il n’y a pas eu de volonté politique de la communauté internationale pour s’attaquer au problème», soutient-il. «Depuis le début des discussions en 2002 et jusqu’à maintenant, les pays membres de la conférence ne se sont toujours pas entendus sur l’ordre du jour», ajoute M. Courtois. «Il y a eu prolifération des armes nucléaires en 2003-2004, sur le continent asiatique. La Russie a déjà versé 1 milliard de dollars en appui au programme nucléaire iranien. La Corée du Nord et la Libye développent également leur arsenal» rajoute-t-il. Tous les pronostics sont bons. Mais pour l’instant, il faudra attendre de savoir si l’Inde décide de répliquer et de procéder à ses propres tests. Les prochaines semaines seront déterminantes s’il s’agit de s’inquiéter ou non.. |
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