COULEURS TERRE
La tête qui dépasse - Gaia
Linda FATIGBA

La formation musicale Gaïa est un groupe de jeunes Québécois amoureux et auteurs d’une musique originale d’inspiration brésilienne. À quelques mois de leur véritable premier album, Sacha, Élie, André et Kullak se laissent découvrir.

La diversité du groupe Gaïa est représentative du côté multiculturel de la ville natale de la plupart de ses membres. Cinq des six membres du groupe ont en effet vu le jour à Montréal et y ont grandi pour une bonne part. Leurs origines brésilienne, portugaise ou péruvienne est pour eux l’occasion de se mettre ensemble pour créer une musique de touche particulière, mais aux accents brésiliens évidents.

Une musique sauce brésilienne

La plupart des six membres du groupe Gaïa ont connu des influences brésiliennes et portugaises traditionnelles dans lesquelles ils se retrouvent mieux, d’où leur répertoire. Ils abordent des thématiques variées, mais surtout avec un clin d’œil pour le social, même si certaines de leurs chansons sont plus axées sur la contemplation de la nature. «Nous faisons de la musique socialement engagée. C’est un équilibre très difficile d’écrire un texte et de le rendre de façon observatrice plutôt que moralisatrice comme le fait Gaïa. Quand tu le fais d’une façon observatrice, les gens finissent par observer avec toi. » De père Libanais et de mère Portugaise, Élie Haroun est né au Canada. Guitariste, auteur-compositeur et chanteur de Gaïa, il tient à préciser la forme de musique qui intéresse le groupe. Pour André Faleiros le bassiste, Brésilien et Québécois d’adoption, « le mot qui résume les deux côtés des textes qu’on a c’est ‘’humaniste’’.» Quant au Péruvien d’origine, Kullack Viger Rojas, « en plus des contextes sociaux du Brésil et d’ailleurs, nous chantons l’amour.»

À écouter Sacha Daoud le batteur de Gaïa, on comprend que ce n’est pas par hasard que les six membres du groupe évoluent ensemble. Chacun de son côté a d’une manière ou d’une autre reçu «l’appel» de ses racines ou de ses contacts. «Depuis l’âge de 17 ans, je m’intéresse énormément à la musique brésilienne. Je l’ai étudiée sous ses multiples facettes, autant à la batterie qu’à la percussion. Le groupe Gaïa est un lieu où je peux épanouir ce savoir, expérimenter mes connaissances de la pop brésilienne et l’adapter à un contexte moderne.» Si Sacha Daoud a été très tôt en contact avec la musique brésilienne bien qu’étant né à Montréal comme la majorité du groupe, Élie Haroun, lui, l’a découverte grâce à l’amitié. Élie Haroun, André Faleiros, et Sacha Daoud ont commencé les premières répétitions en 1996 avant d’être rejoint d’abord par Kullak Viger Rojas et ensuite deux autres membres de Gaïa. Il s’agit du guitariste Alexis Messier et de Martin Lizotte, claviériste-chanteur, les deux Québécois pure souche de Gaïa qui n’ont pu être au rendez-vous. Gaïa évolue au Québec, mais ne chante quasiment pas en français. Pourquoi ce choix? « Plusieurs producteurs nous ont demandé de faire du matériel en français de façon plus exhaustive, mais nous ne l’avons jamais fait parce que ce n’est pas naturel, pas parce qu’on n’aime pas le français. Le français ne vit pas aussi bien dans des styles de musique comme on fait. » Cet avis d’Élie Haroun explique pourquoi le véritable premier album du band sera en portugais.

Une galette toute chaude

Le premier véritable album du groupe Gaïa est prévu pour début 2005. A la suite de deux albums «essais», bleu et jaune, sortis respectivement en 1998 et 2001, Gaïa est fier de publier après huit ans d’existence son premier opus. «Nous avons passé beaucoup de temps en pré-production. C’est un processus assez long étant donné qu’on est un groupe démocratique et que toutes les idées partent sur un même pied.» Sacha Daoud se réjouit du produit qui l’attend, lui et tous les Gaïa qui ont dû travailler fort pour sortir quelque chose de spécial qui se démarque de ce qui se fait au pays. «Notre album sera réalisé par Ramachandra Borcar qui est un extraordinaire musicien avec d’origine anglophone. Il est sur un autre spectre culturel que notre groupe. Sa mère vient du Danemark, son père vient de Goa, alors, il a déjà cette sensibilité multi-ethnique. Actuellement nous avons mixé huit pièces. Il nous en reste sept. J’ai très hâte de voir la réception de nos fans et du milieu musical en général au Québec parce que c’est un album en portugais fait par des Québécois.»

Bien que le groupe Gaïa ait du mal à catégoriser sa propre musique, tous les membres sont d’accord pour dire qu’ils produisent un son près de la musique du monde, avec des composantes jazzies, funky-rock et pop très fortes. Selon Élie, Kullak, Sacha et André, l’une des forces du groupe, c’est dans la sincérité et la solidarité. «Nous avons hâte de monter sur les planches avec notre album pour voir où est-ce que ça va nous amener parce que c’est notre premier vrai album.» Selon Élie Haroun, «la force du band, c’est vraiment de jouer live. Ce qui est important sur l’album d’un groupe comme le nôtre, c’est la qualité de la prise, c’est-à-dire la qualité de la cote d’origine. Cet objectif est réussi, même si on a enregistré pour la plupart séparés, le feeling live y est grâce à la qualité d’enregistrement et grâce au réalisateur Ram Borcar. Il n’a pas façonné notre musique, il l’a plutôt aiguillonnée, ce qui fait que notre produit reste sincère.»

Pour Gaïa, c’est un album très authentique représentant beaucoup ce que sont les membres artistiquement, et leur amitié, car avant d’être musiciens, ils étaient des amis. Comme ils se plaisent à le dire, il y a beaucoup d’humanité investie dans leur travail, vu les sujets abordés. Sur cet album, il y aura quand même quelque chose en français avec un invité dont le nom reste à déterminer. Quel sera le titre phare? Il n’y en aura pas vraiment. L’album sera éponyme. Le concept du groupe est d’avoir des albums consécutifs qui se distinguent par leurs couleurs dans le fond comme dans la forme. «Que ce soit l’album rouge, le bleu, le blanc, les couleurs sont universelles, alors que les langues le sont et ne le sont pas vraiment. Il y a un côté d’égo dans les langues en ce sens qu’une langue se distingue d’une autre pour plusieurs raisons. Nous voulons essayer d’unifier en y allant avec des choses plus universelles, les couleurs, les émotions.» Cette position d’Élie Haroun est partagée par le groupe dont les membres montrent leur attachement pour les valeurs humanistes et naturelles. Ainsi, Kullak Viger Rojas avoue sa dépréciation de l’intolérance pour avoir grandi dans un quartier péruvien où il y avait beaucoup de violence; Sacha Daoud abhorre que les trottoirs soient arrosés en plein été et il ne cache pas sa veine écologiste. André Faleiros déplore l’attitude hautaine des riches orgueilleux et l’appauvrissement des démunis des sociétés contemporaines. Le nom «Gaïa» a-t-il un rapport assez particulier avec la nature? «C’est un peu par rapport à cette unité planétaire. C’est ce qu’ont plusieurs cultures différentes en partage. Gaïa, c’est la terre. C’est une figure mythologique, la mère de tous les dieux grecs,» confie André Faleiros. Le groupe est représentatif de cette mosaïque
des couleurs.










Article précédent | Courrier | Haut | Article suivant