LA PROCHAINE FLAMBÉE DES PRIX?
Consommation de riz
Véronique WILBEAUX

(Syfia Belgique) La production mondiale du riz pèse plus de 600 millions de tonnes. C’est moins que la consommation. Les stocks fondent et l’on peut s’attendre à une hausse du prix. Le défi pour les pays d’Afrique : réduire leurs importations massives et augmenter la productivité.

Depuis le début des années 1990, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : la croissance des rendements des rizières diminue et elle est inférieure à la croissance démographique. Ils le feront encore durant la Conférence internationale de recherche sur le riz, qui se tiendra au Japon, du 4 au 7 novembre. Les chiffres de la Food and Agriculture Organization (FAO) le confirment : d’ici 2030, la demande totale en riz sera supérieure de 38% à la production actuelle, ce qui nécessite une augmentation de la productivité de 1% par année. Le rapport trimestriel du US Department of Agriculture (USDA) de février 2004 note que «la consommation mondiale continue de dépasser la production et que les réserves mondiales devraient chuter d’environ 20%». Dès le début de l’année 2004, la FAO annonçait une hausse du prix de la tonne de riz. Celle-ci était déjà passée, de 76$ en 2001 à 82$ en 2003.

Grande céréale, petit marché

Le riz est pour l’essentiel consommé là où il est cultivé. Seuls 5 à 6% de la production mondiale sont commercialisés sur le marché international (à titre de comparaison : 20% pour le blé, 18% pour le maïs). Cela en fait l’un des plus petits marchés de grandes céréales.

Mais dans beaucoup de pays en développement, le riz est de loin la culture vivrière la plus importante. Selon Jacques Diouf, directeur général de la FAO, «près d’un milliard de foyers en Asie, en Afrique et en Amérique dépendent de la riziculture. Elle représente leur principale source de travail et de vie». En faisant de l’année 2004 l’Année internationale du riz, les Nations Unies ont voulu rappeler que celui-ci est la nourriture de base de plus de la moitié de la population mondiale. En moyenne, il ne représente que 10% de l’apport d’énergie alimentaire pour l’ensemble du continent africain, mais ce chiffre passe à 50% à Madagascar et à 35% en Côte d’Ivoire. Un Malien consomme en moyenne 43 kg de riz par an, un Sénégalais 72 kg et un Malgache 140 kg. Dans ce pays, le riz constitue d’ailleurs l’élément fondamental d’une politique nationale d’autosuffisance alimentaire. La hausse du prix du riz de ces derniers mois ajoute à la pauvreté.

En Afrique, le riz est également un produit politiquement sensible. En juillet dernier, des émeutes ayant pour but de protester contre la flambée du prix du sac de riz de 50 kg ont secoué les grandes villes guinéennes.

L’Afrique importatrice

Pour nombre de pays africains, le riz est considéré comme l’une des productions à promouvoir en priorité pour améliorer la sécurité alimentaire. Une probable hausse des prix mondiaux viendrait assombrir l’avenir des gros importateurs. Actuellement, le continent produit 15 millions de tonnes de riz paddy (non décortiqué) par an. Pourtant, le taux d’auto-approvisionnement a fortement chuté. Au Sénégal, la production locale couvre à peine 20% des besoins nationaux, le reste étant importé. L’Asie reste la principale région importatrice mais, selon la FAO, l’Afrique est en passe de combler la différence. L’Afrique subsaharienne importe déjà 6,5 millions de tonnes de riz par an, essentiellement de basse qualité. Le manque d’eau, les faibles performances technico-économiques empêchent souvent l’autosuffisance en riz des pays en développement.

À ces explications s’ajoute la pression exercée par les exportateurs au moyen d’un riz bon marché et facilement disponible qui incite largement les pays du Sud à s’approvisionner sur le marché international plutôt que d’appuyer la production locale. Permettre aux pays producteurs de protéger leur marché intérieur serait une solution, mais elle ne cadre pas avec la tendance néolibérale dominante. Dans le cas du riz, l’aide alimentaire a aussi des effets pervers : le riz ainsi exporté permet d’écouler à bas prix d’importants stocks au détriment des producteurs locaux. De son côté, l’Union Européenne a modifié, le 1er septembre 2004, son système tarifaire pour le riz, ce qui, selon l’USDA, aura un effet négatif sur les exportations de riz américain vers l’Europe. Conséquence : les producteurs américains chercheront vraisemblablement à vendre dans d'autres pays concurrençant ainsi le riz local.

Aujourd’hui, dans le monde, les rendements s’essoufflent, les sols s’épuisent. Des recherches sont menées pour mettre au point des variétés qui, tout en permettant d’augmenter les rendements, nécessiteraient moins d’intrants et moins d’eau. La conférence internationale sur le riz devrait y contribuer.

Alors que les plus gros producteurs de riz d'Afrique subsaharienne sont dans l'ordre le Nigeria, Madagascar, la Guinée; la Côte d'Ivoire et le Mali, certains pays comme le Sénégal ou le Cameroun en produisent peu, mais en importent de très grosses quantités. Des habitudes alimentaires héritées de la colonisation et liées au mode de vie urbain ont favorisé cette extraversion qui pèse lourd dans la balance commerciale de ces pays.





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