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LES EMPREINTES DU TOURISME VERT L’insertion de Yakushima dans le Patrimoine mondial de l’Unesco, une mesure visant à protéger l’équilibre écologique du site, a eu comme effet d’augmenter drastiquement l’affluence des touristes vers l’île. L’Unesco a le mandat des Nations Unies pour la sauvegarde de l’héritage culturel et naturel du monde. L’institution donne la marche à suivre en ce qui concerne la protection et le développement de près de 700 sites à travers le monde. Même le rapport de l’Unesco sur Yakushima mentionne les dommages causés par l’affluence touristique. Beau paradoxe : des gestes visant à protéger un milieu naturel ont l’effet d’une augmentation du débit de touristes et par conséquent, de dégradation des lieux. Le tourisme représente 60% de l’activité économique de Yakushima, il n’est donc pas question d’éliminer cette injection d’investissements en bannissant les visiteurs. Pierre Mathieu, enseignant en tourisme au Cégep Montmorency, craint «un retour du braconnage et de l’exploitation abusive des ressources naturelles partout où on bloquerait la venue de touristes dans le but de sauvegarder un système écologique». Bien que la situation dans cette île au sud du Japon soit sensible par rapport à l’économie, «la question est critique dans les régions du tiers-monde qui n’ont aucune autre source de revenus meilleure que le tourisme», a-t-il rappelé. La plus grande industrie du monde: durable ? Le tourisme génère près de 10% de l’économie mondiale et emploie 10% des travailleurs de la planète. En 2003, c’était 694 millions de voyageurs qui se sont déplacés, un nombre qui s’élèvera à un milliard en 2010, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Malgré les bouleversements périodiques, tels que le 11 septembre, la crise du SRAS et la guerre en Irak, l’industrie du tourisme poursuit son expansion à une moyenne de 4 à 6% par année. L’OMT définit l’écotourisme comme étant du tourisme en milieu naturel dans lequel les voyageurs observent et apprécient l’environnement et les cultures traditionnelles d’une manière durable : en respectant la fragilité de l’écosystème et en contribuant au développement de la communauté locale. Les consommateurs de tout acabit sont de plus en plus concernés par l’utilisation des ressources naturelles, comme dans le cas des aliments biologiques et de l’échange équitable. Le tourisme ne fait pas exception puisqu’un nombre croissant de voyageurs se soucie du coût de leurs déplacements sur les communautés et les lieux visités. Pendant les années 1980, l’écotourisme a émergé afin de rencontrer la demande pour des voyages plus aventureux en milieux naturels. Cette forme de tourisme connaît une popularité sans cesse croissante, augmentant à une vitesse six fois plus grande que la moyenne du reste de l’industrie touristique. Dino Riccio, directeur des opérations chez Club Aventure, vante le fait de vendre ce produit touristique bien avant que cela devienne la mode du jour. «Nous pratiquons l’écotourisme depuis trente ans, et ce, sans avoir à utiliser ce mot pour attirer des voyageurs.» En effet, l’étiquette «écotourisme» ne se trouve nulle part dans les outils de promotion du Club Aventure. Sent-il le besoin de l’élaboration d’une définition claire de l’écotourisme afin de garantir que le produit offert ne représente aucun danger pour l’environnement et, ainsi, d’assurer un certain contrôle? «Dans notre cas, nous préférons parler de tourisme équitable. J’enseigne le tourisme au Collège Lasalle et je n’ai toujours pas trouvé de définition de l’écotourisme assez précise pour mes étudiants», a-t-il ajouté en riant. «Pour la question du contrôle, j’affirme avoir assez confiance en mes guides sur place pour respecter la nature et les communautés.» Il souhaite l’avènement d’un certain nombre de paramètres concrets pour veiller sur les produits touristiques qui se disent verts et équitables, mais ceux-ci devront être suffisamment flexibles pour s’adapter aux différents territoires explorés. Selon plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) telles que Rethinking Tourism et Tourism Concern vouées à la protection écologique et culturelle, les projets d’écotourisme sont trop souvent autoproclamés par des promoteurs de voyages qui ont un intérêt à capitaliser sur ce marché profitable et en pleine expansion. Ces ONG réagissent face aux abus qui iraient de la détérioration des ressources naturelles, de la mauvaise gestion des rebuts aux déplacements forcés de communautés locales et de l’implantation d’emplois mal rémunérés. Depuis le Sommet international d’écotourisme de Québec en 2002, une série de déclarations d’intentions a été formulée à l’égard d’une meilleure conduite de la part de l’industrie touristique, mais elles sont sans force contraignante et ne sont pas suivies d’effets. Les porte-parole de Tourism Concern affirment que l’industrie touristique a appris le langage du tourisme durable, mais a effectué très peu de changements dans ses pratiques. Ils indiquent que l’écotourisme dépend, plus que toute autre activité, de la qualité de l’environnement et de la santé de la communauté explorée, mais qu’en général, l’investissement est caractérisé par un développement rapide et à court terme dommageable. Un potentiel de développement sans précédent Il demeure qu’un produit touristique respectant les règles de la durabilité, conservant la richesse naturelle tout en favorisant l’autogestion et le développement de la communauté locale, pourrait être la voie du salut dans de nombreux coins du tiers-monde. Les supporters du modèle de l’écotourisme le vante comme une manière de générer du profit à partir de ressources naturelles sans avoir recours à des industries polluantes. Une analyse sommaire des rapports des ONG voués à la défense de l’environnement et des cultures traditionnelles indique qu’ils ont aussi une certaine foi en l’écotourisme et le tourisme durable pratiqués correctement. Un voyage certifié 100% écolo ? Jusqu’à ce jour, une définition universelle et précise de l’écotourisme reste à formuler. Martha Honey, directrice exécutive de l'International Ecotourism Society et du Centre pour l'écotourisme et le développement durable confirme que le point crucial depuis le Sommet mondial de l’écotourisme est l’élaboration d’une certification commune à l’ensemble du globe. «Un certain standard doit absolument être élaboré. Il y a trop de petites certifications. Juste en Europe, on en compte entre 60 et 80.» Elle confirme le fait que, de plus en plus, les pauvres du monde voient l’écotourisme comme un outil d’enrichissement, mais que le manque de clarté concernant ce qui est et n’est pas de l’écotourisme nuit à ce développement. «Nous comptons sur l’avènement d’une certification pouvant convenir à tous d’ici 8 à 10 ans», a-t-elle confirmé. Pour l’instant, c’est surtout aux voyageurs d’enquêter sur les valeurs équitables et durables d’un produit touristique, et de veiller à les appliquer sur le terrain. Mais selon Rosaleen Duffy, auteure de A Trip Too Far sur l’industrie touristique, les voyageurs, au niveau individuel, ne sont pas fiables pour minimiser les impacts de leurs déplacements. Le magazine National Geographic Traveler offre tout de même un guide pratique sur Internet pour le voyageur désirant mener sa propre enquête avant le départ en terres exotiques. Paul Eagles, le directeur du «Task Force» qui veille sur les pratiques touristiques dans les zones protégées de l’Unesco, demeure optimiste. «Depuis le Sommet de Québec 2002, nous avons observé beaucoup de progrès. Le marché touristique explore de nouvelles avenues plus respectueuses de l’environnement, et les consomma-teurs prennent le temps d’apprendre sur leurs impacts potentiels. Ils sont plus disciplinés et tiennent à s’impliquer dans le développement des localités visitées.» Peut-il nous indiquer quelques exemples de mauvaises pratiques ? «Non, je préfère nettement parler des bons coups. Nous travaillons directement avec les directeurs de parcs et, publiquement, notre boulot est d’annoncer des bonnes nouvelles et de monter le calibre global |
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