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LIBERTÉ...MAIS DE QUOI? Si vous voulez être un vrai X, le premier arrêt devrait en principe se faire chez Québec Sportif, car comme le dit si bien l’annonce, «si tu veux revendiquer ton droit à la liberté d’expression, passe chez Québec Sportif, dépositaire officiel des produits Liberté». Pourrait s’ensuivre une visite d’un magasin d’informatique de la région qui annonce son solde «Liberté» sur un de ses modèles à 981 dollars, ce qui fait un très rigolo jeu de mots, ou jeu de chiffres si vous préférez, avec la fréquence de la station. Vous n’êtes pas rassasié, et bien consolez-vous car Musique St-Patrick est le marchand de musique à Québec qui appuie CHOI dans son combat. Et si jamais la tentation vous démange le porte-monnaie, ne reste plus qu’à terminer votre journée de magasinage en vous rendant dans une des succursales d’une chaîne de rôtisseries de la région, question de recevoir votre poitrine de poulet bien scellée par un autocollant Liberté. Vous rentrez donc à la maison le soir, vous faites votre dodo quotidien et vous vous réveillez d’aplomb dès le chant du coq pour aller savourer un Whopper Extrême chez le roi du burger lui-même qu’ils ont cru bon de rebaptiser le Whopper X en guise de soutien à la liberté d’expression. Satisfait de ce copieux début de journée, culinairement parlant, vous passez chez le disquaire vous procurer une copie du Liberté Fest, un spectacle qui s’est tenu cet été en guise de soutien à la cause. Et comme je sais que la période de consommation qu’est le temps des fêtes vous en fait redemander davantage, il ne reste plus qu’à vous rendre à un match du Radio X, l’équipe de hockey semi-pro de la Vieille Capitale. Si c’est votre jour de chance, comme ce fut le cas en match pré-saison, vous pourrez obtenir un billet gratuit en montrant votre t-shirt Liberté. Vous n’avez pas votre t-shirt? Pas de problème, on vous en remettra un à l’achat de votre billet. Il ne manque plus que votre numéro spécial du mois d’août du magazine Summum (propriété de Gennex Communications qui possède également CHOI), portant sur le dossier de la censure de leurs protégés, pour être un vrai X. Il serait cependant trop facile de blâmer seulement un parti dans toute cette histoire. Que penser, par exemple, du nouveau slogan «Opinions et respect» de CHRC AM qui envahit maintenant le derrières des autobus de la capitale. Côté subtilité de propos, on repassera. Le même phénomène se répète à plusieurs autres stations de radio où la déconfiture de CHOI sert trop souvent de prétexte pour soudainement prétendre à la sainteté discursive. À écouter certaines stations, on en vient à penser que la vulgarité au Québec commence et se termine avec CHOI. On observe cependant une accalmie dans ce phénomène commercial. Bien qu’il soit encore possible d’être membre du Liberté Club afin de soutenir le droit de parole de certains, la commercialisation de la crise n’est pas aussi intense qu’il y a quelques semaines. De plus, on ne peut blâmer certains d’être hypocrites, car comme le disait Jeff Filion sur les ondes de TQS, il y a de cela quelques années, ce sont les cotes d’écoute et les revenus qui priment avant toute chose. Devant toute cette histoire, et à défaut d’avoir une opinion sur le sort de la station, je me réserve donc le droit d’avoir un sourire en coin et d’imaginer un gros signe de piastre à chaque fois que l’on me parle de la sauvegarde de cette chère liberté d’expression. LA DERNIÈRE CHANCE Les 26 et 27 novembre dernier, l’UQÀM tenait un colloque sur la réforme du mode de scrutin électoral au Québec. Au menu : conférences, ateliers et débats sur un enjeu qui n’a jamais donné de résultats concrets depuis que René Lévesque s’est positionné pour une réforme proportionnelle il y a cela plus de 20 ans. Au beau milieu de cette réflexion, les tiers partis du Québec étaient réunis lors d’un atelier portant sur le pluralisme politique à l’Assemblée nationale. Incapable de percer dans le système britannique qui prévaut actuellement dans la province, les tiers partis ont misé gros sur une réforme du mode de scrutin électoral, souhaitant ajouter davantage de proportionnalité au vote actuel. Après avoir milité pendant de nombreuses années pour une réforme, les tiers partis et les mouvements citoyens se croyaient récompensés par l’engagement électoral du Parti libéral de mettre en place une telle réforme. Or, surprise! Pour reprendre les termes de Paul Cliche, porte-parole de l’Union des forces progressistes en matière de réforme des institutions démocratiques, le projet actuel «favorise le PLQ, remet le PQ à sa place et rend justice à l’ADQ. Pour les tiers partis, le projet est désolant.» Correction partisane Retour sur ce qui a filtré jusqu’ici des plans du ministre délégué à la Réforme électorale du Québec, Jacques Dupuis. Le Québec conserverait le même nombre de sièges, soit 125. Cette fois-ci, 75 députés seraient élus de façon traditionnelle pour représenter des circonscriptions élargies. Les 50 députés restants obtiendraient des sièges grâce à une compensation proportionnelle au vote obtenu par chacun des partis. Or, c’est ici que le bât blesse : à contre-courant de presque tous les pays ayant adopté un système électoral avec compensation, le Québec instaurerait une compensation dite régionale et non nationale. En clair, un tiers parti obtenant 10% du vote national (ce qui représenterait 5 députés sur les 50 offerts par une compensation nationale) pourrait bien n’avoir toujours aucune représentation à l’Assemblée nationale. En vertu d’une compensation régionale, les tiers partis devraient ainsi dépasser le seuil de 10 % dans une région donnée afin de mettre la main sur un des sièges disponibles. Lors de son allocution dans le cadre du forum, le sous-ministre André Fortier a soutenu qu’un parti tel l’UFP pourrait toujours obtenir des députés dans la région montréalaise. La réponse de Paul Cliche était sans équivoques. «Pourquoi les gens du Saguenay n’auraient-ils pas le droit de voter pour un tiers parti? En allant de l’avant avec ce projet, il va y avoir une correction proportionnelle seulement à Montréal». Même si les tiers partis ne s’entendent pas tous sur un modèle à privilégier, ils s’accordent sur la nécessité d’en finir une fois pour toute avec le vote stratégique. Selon Alexa Conradi, porte-parole d’Option citoyenne, le système actuel majoritaire permet une certaine stabilité politique, mais il ne faut pas oublier le fait que 30% des personnes ne votent plus. «La question numéro un que l’on se fait poser à Option citoyenne est la suivante: vous êtes géniaux, mais qu’est-ce qu’on fait avec le vote stratégique? Même si la réforme n’est pas une panacée, il faut redonner un espoir démocratique aux gens.» Un argument souvent reproché au système proportionnel demeure celui du manque de stabilité du gouvernement et de l’absence de consensus résultant de la multiplication des orientations politiques. Pour Paul-André Martineau, membre du Parti vert, cet argument ne tient pas la route. «Durant les années 1990, l’Ontario a vécu tout sauf un consensus : le gouvernement conservateur de Mike Harris affrontait le NPD. Pourtant, c’est le système actuel qui a permis cette situation. Je crois qu’un gouvernement de coalition a plus de chances d’être consensuel.» Le droit de menacer Seul participant apolitique au débat, Jean-Pierre Derriennic, professeur agrégé au Département de science politique de Université Laval, soutient que l’enjeu principal de cette réforme ne réside pas dans la multiplication à tout prix des tiers partis. «Avoir de grands partis modérés et banals, c’est normal. Il faut que des idées différentes soient diffusées à l’intérieur d’un même parti. Ce qui est crucial par contre, c’est que les petits partis puissent être en mesure de menacer les grands partis.» À ce sujet, il n’est pas tendre envers la réforme actuelle, n’hésitant pas à qualifier de «scandaleux» le non-respect du principe d’égalité entre tous les citoyens et affirmant que la discrimination sur une base régionale ne possède aucune justification. «Soutenir que nous allons faire une compensation régionale, c’est simplement dire aux citoyens que nous allons procéder à une compensation mais qu’elle sera moins efficace.» Conflit d’intérêts? Sentant que la réforme d’un mode de scrutin était une question importante pour la population, le gouvernement de la Colombie-Britannique a remis le dossier dans les mains des citoyens. «On nous dit que les citoyens ne connaissent rien et ne sont pas efficaces… mais cela leur a pris seulement dix mois pour obtenir une proposition de réforme, qui fera bientôt l’objet d’un second référendum», explique Paul Cliche de l’UFP. À titre de comparaison, le ministre Jacques Dupuis a promis initialement un dépôt de projet de loi pour le printemps 2004 en souhaitant que la réforme soit appliquée dès les élections de 2007. Depuis ce temps, le projet de loi s’est transformé en avant-projet de loi, la date de dépôt a été remise aux fêtes et l’horizon de 2007 est écarté. Québec n’a toujours pas donné d’indications comme quoi les travaux sur la réforme du mode de scrutin pourraient inclure des citoyens. |
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