Mémoire de l'Université de Montréal
180 millions pour redorer le blason

| Mathieu ROY | 14.10.99

L’Université de Montréal veut être financée sur une base comparable à ses homologues canadiens. C’est pourquoi elle demande au gouvernement, dans le mémoire qu’elle a présenté la semaine dernière au ministre de l’Éducation, François Legault, d’accroître de 180 millions de dollars la subvention qu’elle reçoit annuellement.

Véritable plaidoyer en faveur d’un réinvestissement important du gouvernement dans l’institution, le mémoire de l’Université de Montréal s’inscrit dans un contexte plus large d’élaboration d’une nouvelle politique des universités. Outre le document de l’UdeM, le ministre de l’Éducation recevra une longue liste de revendications financières en provenance de tous les établissements universitaires québécois, chacun faisant état du sous-financement dont il souffre et des ressources nécessaires à sa relance. Au total, l’ensemble des universités québécoises revendique de 600 et 800 millions de dollars.

Intitulé Pour un complexe universitaire de calibre mondial , le mémoire de l’Université de Montréal fait état des principales lacunes héritées des compressions des dernières années, tout en précisant les termes d’un plan de relance axé sur une comparaison des institutions universitaires à l’échelle canadienne. Ainsi est-il expliqué dans le mémoire que «L’Université de Montréal et ses écoles affiliées doivent se développer de façon à retrouver d’abord leur place au niveau canadien, pour ensuite atteindre le niveau de performance de la ligue des comparables au plan nord-américain (…) L’Université de Montréal requiert des ressources comparables à celles de l’Université de Toronto comme leader universitaire dans l’ensemble canadien.»

Les données du mémoire précisent que le rapprochement avec l’Université de Toronto se justifie par plusieurs facteurs, notamment les indices de taille de l’institution, d’éventail des programmes à tous les cycles, d’intensité de la recherche et, finalement, d’importance des formations professionnelles avancées et des études supérieures.

L’Université de Montréal appartient au groupe des grandes universités publiques de recherche. C’est pourquoi elle réclame un financement adéquat, comparable à celui des universités canadiennes de même nature, sans quoi, dit-elle, « son avenir risque d’être définitivement compromis », et elle ne pourrait plus offrir une formation de qualité à court terme. Les chiffres avancés dans le mémoire tiennent donc largement compte des conditions dites «favorables» de l’Université de Toronto qui bénéficie en moyenne de 2858 $ de plus par étudiant à temps plein.

ÉLABORER UNE PLANIFICATION STRATÉGIQUE

Même si le ministre de l’Éducation n’a pas encore émis de commentaires sur les revendications des universités, il est de plus en plus certain qu’un réinvestissement important dans le réseau de l’enseignement supérieur québécois est à prévoir dans l’exercice du prochain budget. C’est pourquoi, au cours de la présente année, l’Université de Montréal établira une planification stratégique de la répartition des ressources à venir, et ce, en fonction de ses orientations.

Dans son mémoire, l’UdeM présente les grandes lignes de cette planification stratégique répartissant ainsi les 180 millions attendus selon les besoins urgents. Pas surprenant donc de retrouver 47,5 millions de dollars dans la case «rattrapage et croissance du personnel enseignant» . L’université prévoit en effet embaucher 530 nouveaux professeurs, ce qui devrait contribuer à rétablir le ratio actuel de professeur/étudiants, nettement déficient. De plus, il est prévu de faire place à 114 postes supplémentaires d’auxiliaires d’enseignement.

Certains étudiants se réjouiront aussi des 9,4 millions prévus au soutien financier des futurs chercheurs qui s’orientent vers les deuxième et troisième cycles. Pour Robert Lacroix, cette augmentation du fonds de dotation aux études supérieures se révèle «indispensable » afin d’attirer les meilleurs candidats, mais surtout pour les convaincre de rester. M. Lacroix précise qu’en comparaison avec les grandes universités de recherche canadiennes anglaises et américaines, l’UdeM n’avait pas les moyens d’offrir 15 000 ou 20 000 dollars à de jeunes étudiants prometteurs pour les inciter à rester. C’est donc à cette fin particulière que seront utilisés les 9,4 millions.

La modernisation technologique et le développement des NTIC (nouvelles technologies de l’information et des communications) constituent aussi une phase importante des objectifs de l’UdeM puisque celle-ci compte y investir près de 80 millions de dollars, des sommes réparties sur plusieurs années. Figurent dans cette catégorie plusieurs opérations, comme le perfectionnement des connections en réseaux, l’intégration des NTIC aux approches pédagogiques, l’informatisation des bibliothèques, la mise à niveau des réseaux, etc.

Outre ces objectifs précis, l’Université de Montréal prévoit aussi mettre l’accent sur l’internationalisation des activités de recherche et d’enseignement en recrutant professeurs et étudiants étrangers en plus grand nombre ainsi qu’en développant la participation des professeurs locaux aux réseaux mondiaux. Reste ensuite d’autres sommes réservées au soutien à la recherche, au renflouement des budgets des bibliothèques ainsi qu’à la rénovation et à la restructuration du campus.

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