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L'arrivée de la technologie numérique au cinéma Le film se meurt | par François VALCOURT | 14.10.99
Jusqu’à ce jour, le cinéma a été plus souvent qu’à son tour
associé aux coûts faramineux qu’il entraîne. Seules les
maisons de production disposant de millions de dollars à
leur actif étaient en mesure de produire des films exploitables
commercialement. Il semble toutefois que la tradition
cinématographique, dont l’esthétique fut la plupart du temps
l’esclave des producteurs et des lois du marché, entre dans
une nouvelle ère : la technologie numérique.
À CANNES AVEC UNE CAMÉRA DE 3000 $ Cette révolution technologique fit sentir sa présence jusqu’à Cannes. En 1998, Thomas Vinterberg remporta le prix du jury au célèbre festival grâce à son film The Celebration , tourné avec une caméra digitale. «Aujourd’hui, une tempête technologique fait rage, ce qui résultera en une démocratisation du cinéma. Pour la première fois, n’importe qui peut faire des films», est-il écrit dans les premières lignes du Dogme 95, manifeste cinématographique qu’il signa en collaboration avec Lars von Trier, connu de son côté pour des films comme Europa Europa et Breaking the waves . L’expression «démocratisation du cinéma » peut sans doute constituer un signe d’espoir pour une génération de jeunes cinéastes qui rêvent de pratiquer un art où dénicher d’importantes sommes d’argent était jusqu’à maintenant un impératif pour mener à termes leurs projets, sans compter que quelques universités et écoles de cinéma s’initient déjà aux rudiments de ces nouvelles technologies. Tourner un film en pellicule comme le font la plupart des professionnels du métier est une entreprise qui fait du cinéma un des arts les plus dispendieux à pratiquer. Le simple coût des caméras, des équipements sonores, des éclairages, de la pellicule, sans compter les sommes rattachées aux exigences du montage peuvent faire monter le prix d’un court métrage rudimentaire où les acteurs se résignent à jouer bénévolement à 40 000 $. Dans de telles conditions, il est difficile pour un cinéaste de prendre de très grands risques esthétiques sans considérer le rendement commercial d’un éventuel long métrage. Pour celui qui opte pour la technologie numérique, les idées peuvent se concrétiser plus facilement. Il lui est possible de procéder au montage d’images tournées la journée même sans être retardé par le long et coûteux processus du développement de la pellicule. De nombreux cinéastes vantent déjà les vertus de cette nouvelle technologie, mais la numérisation de l’image n’offre pas actuellement un rendement comparable à celui des caméras de format 35 mm qu’utilisent les principaux studios. Vintenberg eut peut-être l’idée téméraire de réaliser The Celebration avec une caméra Sony d’une valeur jouant aux alentours de 3000 $ tandis que Von Trier posa son choix sur une caméra légèrement plus évoluée pour tourner Les Idiots , mais ces films ne présentent pas pour autant une qualité d’image égale à celle que l’on trouve chez les autres cinéastes notoires. Un léger manque de définition peut constituer un choix esthétique pour certains réalisateurs, mais la technologie numérique se doit d’être améliorée pour que la pellicule, couramment utilisée jusqu’à ce jour, lui cède sa place. Les industries technologique et cinématographique, foncièrement conscientes de ce problème, semblent vouloir se fusionner pour faire de l’analogique un des principaux outils de production. CHEZ LES MAJORS En dépit du fait qu’une grande majorité des réalisateurs profitent des avantages de cette nouvelle technologie, un problème subsiste: travailler conjointement avec la pellicule et l’image analogique exige d’imposantes dépenses. La solution la plus évidente serait de travailler en numérique à tous les stades de production: au tournage, au montage et à la projection. C’est sur cette pensée que se sont associées les compagnies Sony, leader mondial en électronique, et Panavision, connue pour ses caméras 35 mm utilisées par les grands du métiers. D’ici la fin de l’année, une nouvelle merveille technologique devrait faire son apparition: une caméra numérique haute définition fonctionnant à 24 images par seconde. Qui serait le premier à s’en servir? Georges Lucas qui, plus qu’enthousiaste face à l’arrivée de la numérisation au cinéma, compte produire son prochain épisode de Star Wars entièrement en numérique. |