|
|
|
|
Intelligence économique: Espionner en toute légalité | par Bryan CHAUVEAU | 14.10.99
Entrée par la porte de derrière dans les entreprises, l’intelligence
économique est maintenant vitale pour survivre dans
les secteurs hautement compétitifs. Bombardier, Bell Canada,
Téléglobe et compagnie y ont toutes recours, même si elles
s’en défendent bien.
Les stratégies, multiples et frôlant parfois l’illégalité, consistent à infiltrer une compagnie concurrente, à intercepter des renseignements privilégiés ou encore à répandre de fausses informations. Sur le sujet, les entreprises sont évidemment muettes. Il est impossible de tirer les vers du nez de n’importe quelle des grandes entreprises canadiennes. Toutes nient se prêter à de telles pratiques, même si certaines d’entre elles possèdent, au sein de leurs départements, un centre de renseignements stratégiques... Gérard Verna précise que ces compagnies doivent à tout le moins utiliser l’intelligence économique de manière à se défendre contre leurs concurrents. «Il se perd des milliards de dollars en piratage informatique, mais on n’en entend pas parler. Et pour cause, c’est mauvais pour la réputation de l’entreprise touchée. Elle ne peut accuser de sa propre faiblesse sa rivale. En revanche, ces compagnies font exprès de diffuser de la contre-information dans certains de leurs fichiers. Et encore là, elles préfèrent que ça ne se sache pas. Histoire de tromper encore plus efficacement l’agresseur.» Ces techniques ne sont pas nécessairement illégales, même si elles posent certainement un problème au niveau de leur légitimité. Certaines entreprises sont allées trop loin aux États-Unis et le gouvernement américain a légiféré en 1996 en mettant sur pied l’Economic Espionnage Act , selon lequel les contrevenants seront punis sévèrement. Mais comme l’explique Spike Stockdale, concepteur chez Iron Horse Multimedia d’une série de cédéroms interactifs sur l’intelligence économique (The Fuld War Room ), il y a néanmoins moyen de faire de l’intelligence économique à l’intérieur des limites de la légalité. «95 % de l’information disponible sur les entreprises est publique. On la retrouve sur le Net, dans les communiqués de la compagnie, dans les états de compte rendus publics une fois l’an, etc. En définitive, seulement 5 % de l’information est secrète et, selon M. Stockdale, on peut bien s’en passe r». Il s’agit, en conséquence, de savoir décoder les renseignements accessibles, sans devoir torturer les coiffeurs de ses concurrents! LE QUÉBEC EN RETARD? Michel Cartier, professeur au département de communications de l’UQAM, est un «veilleur» économique et fait partie d’un réseau international d’observateurs. Sa tâche consiste à extrapoler des scénarios de développement à partir de données obtenues un peu partout dans le monde. Pour ce faire, il ne peut opérer de manière isolée. Or, c’est justement cet isolement qu’il reproche aux entreprises québécoises. «Les petites et moyennes entreprises représentent 75 % du total des entreprises québécoises, mais elles fonctionnent de façon fragmentée. Moins de 30 % des sociétés québécoises utilisent Internet, et moins de 11 % d’entre elles sont présentes sur le réseau.» Ainsi, elles se privent, à ses yeux, d’un accès privilégié à la connaissance du marché. «Une moyenne entreprise peut passer deux ans à développer un produit qui sortira six mois plus tôt aux États-Unis. Tout cela, faute d’avoir un réseau de veille économique!» Le Québec serait-il en train de manquer le bateau? C’est l’avis de M. Cartier. «Tant que le Québec n’aura pas compris que la technologie et l’économie ne font qu’un, il sera toujours en retard sur les États-Unis.» En conclusion, il n’y a qu’une façon de rattraper le retard selon M. Cartier: mettre sur p i e d «un plan d’ensemble qui conjugue la technologie, l’économie et nos priorités en tant que société» . À quand l’École de l’intelligence économique?
|