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La fin des Nouveautés Jean-François PAQUIN 27.02.01 La nouveauté n'aura jamais été d'aussi courte durée. Quelques mois à peine après l'ouverture du Théâtre des Nouveautés, rejeton du feu Théâtre des Variétés, le rideau tombe sur plus de 30 ans de burlesque rue Papineau. De septembre 1967 à janvier 2001, cette enceinte du vaudeville aura abrité de grands noms du genre. Au-delà des nombreuses querelles notamment avec l'Union des artistes et du mutisme du milieu littéraire à son endroit, que représente cette fermeture pour le monde théâtral montréalais ? L'idée de Gilles Latulippe, en 1966, était simple: acquérir un théâtre afin de donner une adresse au burlesque à Montréal. Il prit possession du Dominion, un ancien cinéma situé au 4530 de la rue Papineau. Le 23 septembre 1967, les Guimond et Ouellette s'y produisent dans le cadre du spectacle inaugural. Au cours des années 1970, une pléiade de grands noms du spectacle de variétés s'y succéderont: Jean Grimaldi, les Baronnets, les Jérolas ainsi que Guilda tiendront tour à tour l'affiche. À cette époque, le théâtre était ouvert sept jours sur sept, à raison de 35 semaines par année. L'Union fait la guerre Les premiers problèmes survinrent au milieu de la décennie 1970. En 1976, en effet, l'Union des artistes réclama des redevances au théâtre des va-riétés, soit 6 % de ses recettes. De plus, selon l'Union, le théâtre ne payait pas assez ses comédiens. Le fait est qu'à l'époque, plusieurs jeunes comédiens peu connus ne pouvaient se produire qu'entre ces murs. C'est le début d'une véritable guerre ouverte entre ces deux institutions, culminant dans les années 1980. En 1985, l'Union des artistes interdit à ses membres de se produire au théâtre de Gilles Latulippe ! Enfin, au cours de la dernière décennie, le théâtre tenta de rajeunir son public grâce aux prestations sur scène des Dubois et Huard. Malgré tout, en juin 2000, contre toute attente, Latulippe ferme ses portes. C'est la fin du plus vieux théâtre de Montréal. Cette fermeture sera par ailleurs de courte durée. Le 14 septembre, nous assistions à l'inauguration du Théâtre des Nouveautés grâce à son tout nouveau propriétaire, Normand Lachance. M. Lachance était déjà connu dans le monde du showbiz. Durant les années 1970, il participait déjà aux activités du Théâtre des Variétés. Puis, au cours de la décennie suivante, il a dirigé un théâtre en Floride avant de revenir au pays et de participer au Cabaret on Ice. M. Lachance s'était fixé trois buts très précis en acquérant le théâtre de Latulippe: moderniser l'architecture de l'immeuble, agrandir la scène et rajeunir le public. Mais il eut moins de chance que son prédécesseur. Les nombreuses réparations exigées par la Ville de Montréal l'obligèrent à fermer ses portes récemment, quelques mois à peine après la réouverture. Un théâtre boudé Au fil des ans, le Théâtre des Variétés s'était forgé une clientèle bien à lui. En fait, l'établissement répondait à un besoin auquel nul autre de ses semblables ne répondait. L'humour qui y était présenté différait complètement du type humoristique en vogue à Montréal. Alors que le Festival Juste pour rire et les nombreux one man shows présentaient les monologues et trouvailles personnelles de quelques comiques, les Variétés offraient à leurs spectateurs leur propre répertoire, reproduisant les modèles burlesques s'apparentant à la Commedia dell'arte: improvisations, pièces à canevas, personnages stéréotypés, etc. Les amateurs de burlesque et de vaudeville avaient donc leur lieu de prédilection. Évidemment, le théâtre de Latulippe fut souvent snobé par le milieu littéraire. De plus, de nombreux jeunes comédiens préféraient se tourner vers le théâtre expérimental plutôt que vers le burlesque. Résultat: tout en voulant rafraîchir son public, ce théâtre ne réussit jamais à rajeunir ses représentants. La fin du burlesque à Montréal ? La fermeture de ce théâtre représente-t-elle la fin du genre à Montréal ? Selon André Bourassa, professeur de théâtre à l'UQÀM, il s'agit plutôt de la fin d'une époque, et non d'un genre. Au cours des années, le Juste pour rire a peu à peu drainé la clientèle de Latulippe afin de se l'approprier. Malgré tout, le burlesque reviendra, puisque, toujours selon M. Bourassa, il répond à un besoin que le Festival ne comble pas. En outre, certains éléments du genre ont toujours été et sont toujours présents, ponctuellement, dans l'humour québécois. Le duo Dominique et Martin, par exemple, reprend le schéma burlesque du « straight man et du blagueur », affirme le professeur Bourassa. Malgré ses nombreux problèmes (ignorance du milieu, difficulté à rajeunir ses représentants, querelles avec l'Union des artistes), il est tout de même un fait remarquable: à une exception près (Le système Ribadier, 1999), le Théâtre a toujours fait ses frais. Une bonne leçon pour ceux qui croient qu'un théâtre n'est pas une entreprise «viable», économiquement parlant. |
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