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| Pékin et les droits de l'homme Nouvelle politique du CIO: ignorer la politique Mathieu LABERGE 27.02.01 Les Jeux olympiques de Salt Lake City seront présentés dans moins d'un an. La légitimité de la sélection de la capitale de l'Utah pour accueillir les premiers Jeux du nouveau millénaire a sérieusement été entachée par de nombreux scandales de corruption et de pots-de-vin. Afin de redorer son image, le club très sélect qu'est le Comité International Olympique (CIO) a instauré de nouvelles règles de sélection pour les futures villes qui accueilleront les Jeux. Moins de corruption peut-être, mais de grands problèmes restent encore à résoudre. Toronto et Pékin sont au nombre des villes candidates pour l'obtention des Jeux olympiques d'été de 2008. Dans sa campagne de promotion, le gouvernement chinois tente de minimiser l'importance de l'aspect des droits humains et il semble bien que le CIO va lui aussi occulter cette valeur qui fait habituellement partie de la philosophie du mouvement olympique, comme le mentionne en introduction le code d'éthique du CIO: « La sauvegarde de la dignité de la personne humaine est une exigence fondamentale de l'olympisme. »Rappelons les faits. Au début de février, le président du CIO, l'Espagnol Juan Antonio Samaranch, a révélé que le rôle des 15 membres de la commission d'évaluation était « d'évaluer les capacités de chaque ville à accueillir les Jeux dans les meilleures conditions possibles pour tous les participants [...] et que le rôle de la commission d'évaluation ne devrait pas tenir compte de considérations politiques. » Cette décision ne surprend guère, car le CIO fait de plus en plus de virages à 180 degrés. On se souviendra que, en septembre dernier, alors que se déroulaient les Jeux olympiques de Sydney, le président Samaranch recevait les félicitations de la communauté internationale pour avoir réussi à réunir les athlètes des deux Corée lors de la cérémonie d'ouverture. Au même moment, le président demandait au gouvernement indonésien de libérer Mohammad Bob Hasan, membre du CIO et proche collaborateur du régime de Suharto qui purgeait une peine d'emprisonnement. La raison invoquée était que monsieur Samaranch voulait que son collègue indonésien puisse assister aux célébrations australiennes. Il va sans dire que l'exclusion de la donnée politique lors du vote de la ville hôtesse des Jeux de 2008 ne donne pas de coup de pouce à l'organisation torontoise, qui espère elle aussi pouvoir accueillir le grand rendez-vous sportif international dans sept ans et ainsi venger son échec d'avoir perdu les jeux de 1996 au profit d'Atlanta. « Nous nous concentrons sur nos forces et non sur les faiblesses des autres villes candidates », explique Mark Arsenault, directeur des communications de Toronto 2008. Très prudent lorsque le Quartier Libre lui a demandé s'il croyait que cette nouvelle demande n'avait pas été instaurée explicitement pour favoriser la capitale chinoise, Arsenault mentionne que le rôle de l'organisation torontoise n'est pas de se mêler des dossiers des autres villes, mais bien de faire la promotion de leur projet. Avec toutes les conséquences politiques qui pourraient découler d'une déclaration fracassante, on peut bien comprendre que l'équipe de la Ville Reine marche sur des oeufs. Il ne faudrait surtout pas se surprendre que le grand cirque olympique fasse un arrêt à Pékin, qui a perdu les Jeux de 2000 au profit de Sydney par deux voix au début des années 1990. L'ouverture du pays le plus populeux de la planète à l'économie capitaliste est aussi un autre facteur qui jouera en faveur des Chinois. Même si les grandes multinationales commencent tranquillement à cesser leurs commandites olympiques, la venue d'un nouveau marché de 1,25 milliards de consommateurs potentiels pourrait peut-être en convaincre quelques-unes de continuer leur collaboration avec le mouvement olympique. Si jamais la présentation des Jeux de 2008 est accordée à la capitale chinoise, les groupes de pression entendent bien continuer leurs campagnes de sensibilisation. «Ce que l'on cherche à faire, c'est d'être efficace», explique Anne Sainte-Marie, responsable des communications du bureau de Montréal d'Amnistie Internationale. « Si nous avons un tremplin médiatique [les Jeux olympiques dans ce cas-ci] qui nous permette d'attirer l'attention sur la violation des droits humains, nous allons en profiter. » Déjà en 1996, Amnistie Internationale avait mené une campagne de sensibilisation auprès des journalistes affectés à la couverture des jeux d'Atlanta à propos de la brutalité policière et de la peine de mort applicable en Georgie. Même si cette campagne n'a pas été un succès selon les dires de madame Sainte-Marie, il est fort à parier que l'organisation non gouvernementale orchestrera une nouvelle campagne de sensibilisation après une éventuelle victoire de Pékin. Les retombées économiques des Jeux olympiques sont très bonnes pour un pays. Cependant, il est bizarre que le CIO ne défende pas davantage ses principes olympiques et chevaleresques afin de faire comprendre aux autorités chinoises qu'elles auraient intérêt à modifier leur notion de liberté d'expression si elles veulent obtenir le privilège de présenter les Jeux. Comme le souligne la section «Relations avec les États » du code d'éthique du CIO: «Les parties olympiques s'attacheront à entretenir des relations harmonieuses avec les autorités des États, conformément avec le principe d'universalité et de neutralité politique des Jeux olympiques. Toutefois, l'esprit d'humanisme, de fraternité et de respect de la personne humaine qui inspire l'idéal olympique, commande que les gouvernements des pays où doivent être organisés les Jeux oympiques s'engagent à ce que leur pay respectent scrupuleusement les principes fondamentaux de la Charte Olympique et le présent code.» Belle contradiction. La ville gagnante sera connue le 13 juillet à Moscou. |
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